INFORMATIONS
S'inspirer de la ruralité pour (s')aménager

📝 TRANSCRIPTION & RECHERCHE00:00
Eh bien, bonjour ou bonsoir à tous.
Vous ne savez jamais trop à cette heure-ci de la journée ce qu'il faut dire.
On va commencer, du coup, cette table ronde qui s'appelle « S'inspirer de la ruralité
pour aménager, s'aménager ». Déjà, mille merci d'être venus en nombre.
On va essayer de garder une grande partie de plage de questions-réponses, parce que
je devine que vous êtes venus avec des questions pour nos invités, donc on s'arrête à garder
une bonne partie là-dessus.
Peut-être quelques mots avant de commencer. Moi, je m'appelle Samuel Chabré, je suis
chroniqueur pour un média qui s'appelle Pioche Magazine, qui parle de culture et d'écologie.
Je suis aussi arrivé ce matin d'un petit village qui s'appelle Ambierle, qui est à côté
de Rouen, où on a confondé avec mes parents et d'autres, un tiers-lieu paysan.
Donc voilà, c'est pour ça qu'on m'a fait venir pour présenter un tout petit peu ça.
On s'est dit, bon, au moins, ce sera un peu le local de l'étape avec les autres personnes.
Ce qui est assez marrant, peut-être, dans la mini-histoire, un peu le petit off de cette
table ronde, c'est qu'on avait un petit peu oublié ce sujet-là. Donc d'un coup,
boum, on l'a un peu rassemblé dans une seule et même table ronde.
Pareil, peut-être pour poser un tout petit peu le décor. Moi, ce qui est marrant, quand
j'ai lu S'inspirer de la ruralité pour aménager, ce que j'ai trouvé marrant, c'est déjà,
je me suis dit, tiens, à nouveau, il y a ce sujet-là qui revient un peu comme une antenne.
On sait que c'est vieux, comme le système industriel et la création des métropoles,
cette espèce de, est-ce qu'il y a un urbain, est-ce qu'il y a un rural, qu'est-ce qui
est le rural, qu'est-ce qui est l'urbain ? Et on aime cette question-là, surtout,
depuis qu'il y a la montée du RN, on voit bien que ça excite un petit peu plus les gens.
Peut-être aussi, pour commencer, pour poser un tout petit peu le décor, moi, effectivement,
j'avoue que ça m'a fait un petit peu rire. Je me moquais quand même quand j'ai vu la
ruralité, parce que bon, entre moi, le petit blé d'où j'ai grandi et d'où je viens depuis
ce matin, qui est à côté de Roane, au nord de la Loire, entre l'invité qui était là
tout à l'heure, qui parlait de la Côte-Basque, entre, on va dire, la Picardie et entre la
Haute-Savoie, ce qu'on voit bien, c'est qu'il n'y a pas une ruralité, mais il y en a plusieurs.
Ça, c'est quand même hyper important de le dire. Alors, on sait bien que, vu de Paris,
il y a la Provence et puis il y a... Et donc, du coup, on sent bien que c'est presque le
même continuum un peu médiatique à chaque fois, la même facilité de venir lisser une
partie de cette espèce de grand ensemble où vit à peu près un tiers des Français.
Ça, déjà, c'était un petit peu important de pouvoir le noter. Par contre, quand on
sort de la vision un petit peu fantasmée de cette ruralité avec ces gens qu'on ne connaît
pas, qui vivent, etc., ce qui est un petit peu intéressant de noter, et ça, c'est
la Cour des comptes qui le dit dans un récent rapport, c'est que c'est un des endroits,
enfin, ce sont des territoires, ils parlent des territoires ruraux, où il y a eu la plus
grande déprise, enfin, on va le dire, le plus grand recul, c'est les mots de la Cour
des comptes, donc ça me fait toujours un peu rire, de services publics. Voilà. Et donc,
du coup, finalement, quand on creuse un tout petit peu cette question, et c'est peut-être
un peu la question qu'on va traiter avec cette table ronde-là, non pas tant d'une spécificité
d'une ruralité fantasmée, mais de se dire, bah tiens, ces territoires-là, ils posent
un certain nombre de questions, et où les acteurs et actrices qui sont là apportent
un certain nombre de réponses ou, en tout cas, viennent questionner un peu plus fort
la façon qu'on a eu de construire une partie de la société française. Parce qu'effectivement,
on le voit bien, il y avait encore un article dans le monde, là, d'une spécialiste justement
de la ruralité au monde qui s'appelle Camille Bordenet, qui écrivait encore sur la désertification
médicale et notamment la fermeture massive des pharmacies. C'est la dépendance à la
voiture. Ça, je pense qu'on l'a vu, tout le monde l'a vu avec les Gilets jaunes. Voilà,
donc en fait, il y a un certain nombre de questions, on va dire, radicales. On pourrait même presque
dire d'ailleurs que ça fait partie des endroits où on peut observer, peut-être encore un
peu mieux qu'à d'autres endroits en France, peut-être que dans certaines métropoles,
les limites d'un modèle qui a été choisi. Voilà. Et ce qui est intéressant, c'est
que, ben, que ce soient les limites du système agro-industriel, que ce soit la difficulté
à se loger sur la côte basque, tout d'un coup à avoir accédé à la propriété privée
ou que ce soit des endroits qui sont désertifiés parce qu'il n'y a plus rien et tout ferme.
Et ben là, on a trois acteurs et actrices qui sont là ce soir et qui, chacun, chacune,
un bout du problème. Donc, je suis très heureux d'animer ça. Pardon, c'était une longue
intro, mais au moins, comme ça, on a fixé un petit décor. On a William. Tiens, on va
voir aussi où est-ce que vous en êtes si vous connaissez un tout petit peu. Qui connaît
Terre de Liens ? Levez la main. Ouais, c'est ça, on est quand même sur un public un peu
de gauchiste. OK, d'accord. Et ben, donc, William de Terre de Liens. Terre de Liens,
pour celles de ceux qui ne connaissent pas, et ben, c'est un acteur. Donc, vous allez
voir, c'est intaculaire. Terre de Liens, c'est un petit empire, on ne peut pas le dire
comme ça, mais c'est un peu vrai quand même. C'est à la fois une fédération, c'est à
la fois un fonds de dotation, c'est à la fois et j'ai jamais eu la troisième structure,
une fondation, pardon, et une foncière. Et donc, du coup, vous allez voir, il y a plusieurs
structures, comme vous pouvez voir, en plus, assez bon sur la structure, mais en tout cas,
qui posent la question qui est absolument cruciale pour une partie, effectivement, des territoires
ruraux, qui est comment est-ce qu'on installe les agriculteurs ? Là, juste une statistique
comme ça pour vous la donner. Et elle a déjà commencé, ça fait déjà un moment,
j'ai l'impression de la répéter. C'est la moitié des agriculteurs vont partir
à la retraite. Et en fait, ce qui se passe massivement, c'est que leurs fermes partent
à l'agrandissement. Donc, si vous n'êtes pas fan du modèle agro-industriel, dites-vous
qu'en ce moment, il est en train de s'accélérer d'une façon exponentielle. Et Terre de Liens,
c'est un des éléments de réponse. Et donc, on reviendra un petit peu là-dessus sur comment
ce que vous avez mis en place et quelles questions vous venez poser. Après, on a sur la question
de la, justement, un peu de cette question de la désartification à plein d'endroits,
et bien enfin, dans un village vivant, Gaël, qui vient, pareil, poser la question de comment
on réinstalle des lieux. Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce que ça veut dire de
les réinstaller en accord avec les territoires sur lesquels on les réinstalle ? C'est quoi
les typologies, du coup, d'activités qu'on doit recréer à ces endroits-là ? Mais pareil,
tu vas revenir un petit peu là-dessus. Et en plus, vous êtes une foncière en coopérative,
donc on verra quand même que ce n'est pas anodin. Et enfin, si la question de ce logé
est cruciale, que ce soit parce que tout d'un coup, il n'y a plus d'accès aux fonciers
ou que ce soit parce que, pareil, il y a des endroits qui sont déserts. Donc, comment
est-ce qu'on reprend et comment est-ce qu'on finance une partie des endroits qui sont désertifiés ?
Et bien, ça, c'est la question que vient posée Amole G, qui est un endroit... Vous
êtes en asso, vous ? Vous êtes en coopérative ? Asso. Une association de militants qui posent
la question de dire, tiens, à nouveau, la question de l'habitat collectif, comment
on le fait, comment on le construit, qu'est-ce que ça veut dire le construire au XXIe siècle.
Voilà, ça, je vous ai présenté. On va commencer avec une question. Déjà, vous pouvez peut-être
les applaudir bien fort parce qu'ils sont tous venus un peu loin pour animer ce temps-là.
Et moi, la première question, parce que moi, j'ai un peu répondu, mais ça, c'était
finalement ma propre opinion. Pour vous, est-ce qu'il y a une spécificité des ruralités,
justement ? Est-ce qu'il y a une spécificité, est-ce qu'il y a des choses où finalement,
effectivement, quand on y est, quand on y habite, quand on y travaille, on voit des choses qu'on
ne peut pas voir, par exemple, dans les métropoles ? Comment, ce qu'il veut, c'est une question
assez sympa.
C'est parti. Donc, bonjour tout le monde. Moi, c'est Angeline de l'association Amole G.
Pour la ruralité, tu en as parlé, l'éloignement des services, les enjeux de mobilité et aussi
la dynamique d'isolement. Nous, on le voit aussi. Il y a des études qui le montrent
que l'isolement, c'est un vrai enjeu sur le monde de logement, ce qui fait que nous,
on a voulu aussi construire un modèle de ruralité où on va répondre à des enjeux en pensant
collectif. Donc, voilà, si on a des difficultés pour se déplacer, pour accéder aux services,
on va penser ensemble, on va réfléchir ensemble. Et le petit modèle que nous, on propose, c'est
habiter collectivement un foncier qui est mis à disposition et avoir une dynamique de
solidarité. On va notamment partager des espaces. On va aussi rendre tout ça, ça va être quelque
chose de vivant. Il va y avoir vraiment une dynamique vivante au sein du projet. Et puis,
c'est un projet qui va se diffuser sur son quartier, sur son village, sur son territoire.
Donc, c'est aussi une spécificité de nos projets. Ils sont intégrés sur une commune,
mais il y a une dimension aussi d'intégration plus large pour répondre à des dynamiques
de territoire. Ça, on va y revenir parce que justement,
c'est une spécificité d'ailleurs de vos trois projets. C'est comment tu, enfin, autant
parfois ce qui est proclamé dans des métropoles de l'urbanisme participatif, de dire oui,
on fait participer les gens autour de nous, etc. Là, on va voir que c'est pas non seulement
quelque chose que vous proclamez, mais c'est carrément une nécessité. William, peut-être
pareil sur cette question, est-ce qu'il y a une spécificité rurale ?
Il y a des choses communes qui traversent les espaces ruraux et les espaces urbains.
Par exemple, la déclinaison de la crise du logement, elle se traduit aussi dans les
espaces ruraux avec soit la vétusté du parc immobilier, soit le manque de logements sociaux
aussi qui n'est pas assez fort et qui peut aussi être une problématique pour les paysans
eux-mêmes qui s'installent, etc. Par contre, une des grandes spécificités
de l'espace rural, c'est qu'il y a ces fameux ENAF, les espaces naturels, agricoles et forestiers
qui ne sont pas dans les espaces urbains et qui, du coup, sont les supports de l'alimentation
sur lequel nous on s'intéresse et qui, par ailleurs, connaissent une régulation foncière
très spécifique avec, par exemple, la SAFER qui peut exercer un droit de préoption si
bien que le foncier est régulé en termes de montants qui peuvent être pratiqués en
termes de ventes, ce qui n'existe pas forcément dans l'espace urbain. Les montants des loyers
aussi du fermage sont très encadrés par l'arité préfectorale et donc il y a à la fois une
très forte régulation sur ce secteur, sur ces ENAF et à la fois, en même temps, il
n'y a pas autant d'investissements qu'il y a dans le logement avec des milliards qui
sont concédés. Donc en fait, on a des politiques quelque part très distinctes qui vont s'appliquer
sur ce foncier. Et après, par rapport à Terre de Lien, il y a une innovation qui a eu lieu
en milieu rural sur laquelle on s'est appuyé, une innovation centrale qui étaient les groupements
foncier agricole, qui étaient des structures juridiques qui peuvent acquérir du foncier
et le gérer et qui ont permis de faciliter des installations au milieu agricole, mais
qui posaient un certain nombre de problèmes. Le fait qu'on ne puisse pas faire d'appels
publics à l'épargne pour pouvoir rassembler des apporteurs de capitaux, le fait que les
apporteurs de capitaux dans les GFA, en fait, avaient une responsabilité trop forte juridiquement
dans ces GFA, et si bien que ça pouvait être potentiellement désincitatif. Et puis par
ailleurs, l'autre limite, c'était que quand un apporteur de capital dans ces GFA qui achetait
des fermes partait, il était difficile de le remplacer. Donc ce qu'on a mis en place
du côté de Terre de Lien, la foncière puis la fondation, essaie de répondre à ces problématiques
en faisant des appels larges publics à l'épargne, en essayant de limiter la responsabilité
des apporteurs de capitaux et en essayant de favoriser la rotation des apporteurs de
capitaux pour pouvoir stabiliser le patrimoine acquis qu'on achète et on achète des fermes
sur le très long terme. Ce que tu veux dire, c'est qu'en fait, vous avez pris quelque
chose qui était préexistent, qui était finalement quelque chose d'assez intéressant, mais que
par contre, vous l'avez emmené à un autre endroit, notamment, c'est vrai que Terre
de Lien, pour le coup, et vous avez été en plus extrêmement militant là-dessus, vous
avez été chercher le côté citoyen militant autour des fermes. Je trouve que c'est quelque
chose que vous avez vraiment poussé et amené encore à un niveau avec, et peut-être qu'on
y reviendra d'ailleurs, je veux dire, avec des, comment vous l'avez construit pour
pouvoir vraiment se dire, tiens, ça dépasse le seul cadre qui nous est donné.
Oui, après, ce qui est intéressant dans Terre de Lien, c'est qu'à la fois, on s'est inspiré
d'initiatives en milieu ural, comme c'est le GFA solidaire qu'on a essayé de changer
de faire, de changer d'échelle la logique et on s'est inspiré du milieu urbain avec
des acteurs comme Habitat Humanisme, par exemple, qui avaient monté la foncière solidaire
et sur laquelle on s'est aussi inspiré. Donc en fait, on est en permanence dans des
discussions, des dialogues urbains-ruraux et par ailleurs, on fait apporter du capital
à des urbains dans les espaces ruraux pour favoriser des acquisitions foncières. Donc
du coup, on essaye aussi de créer ces formes de solidarité interrégionales, interespace,
autour d'une alimentation de qualité et saine.
Pour continuer un peu du point de vue de l'immobilier en milieu rural, il y a effectivement certaines
spécificités dont tu parles déjà un peu, mais sur le bâti, c'est souvent des bâtiments
qui sont dans des états de vétusté assez importants et donc il y a nécessairement d'assez
importants investissements à faire pour les rénover, pour les réhabiliter et pour autant
les capacités des communes ou des porteurs de projets qui viennent nous solliciter pour
être accompagnés pour revitaliser les centres-bours ne peuvent pas vraiment se permettre. En plus
de ça, un autre enjeu, c'est qu'il y a assez peu d'investisseurs qui vont investir pour
rénover ce bâti parfois ancien parce qu'en fait, c'est des opérations qui sont à des
échelles toutes petites et qui ne permettent pas d'avoir un amortissement sur des périodes
courtes comme c'est le cas dans la plupart des modèles immobiliers en milieu urbain et
pour autant, en fait, on voit que c'est des endroits dans lesquels il y a beaucoup d'initiatives,
il existe de la coopération, il existe vraiment une énergie à refaire commerce, mais avec
des difficultés vraiment fonctionnelles qui nécessitent de prévoir des modèles immobiliers
pour pouvoir étaler un peu plus longuement l'amortissement des investissements qui ont
été faits au départ pour répondre à cette double problématique.
Pareil, ce que tu veux dire à cet endroit là, c'est que comparativement à quand on
va dans une grande ville, en fait, il y a beaucoup plus de difficultés à aller chercher
des fonds pour pouvoir rénover une partie ou même lancer une activité parce qu'en
fait, justement, il y a moins d'intérêt rapide là de pouvoir avoir une activité
rémunératrice très forte. C'est ça en gros, ou je caricature trop, non ça va ?
Non, c'est peut-être un peu résumé, mais c'est auquel le dire comme ça. L'immobilier
classique se base sur une revente à assez court terme qui permettrait d'amortir les
investissements là où ce n'est pas vraiment possible dans le milieu rural puisque la valeur
de revente, elle est relativement faible et surtout, c'est des modèles qui se basent
sur le fait que les occupants de ces lieux vont pouvoir payer un loyer qui est assez
élevé pour amortir ces investissements là où c'est difficilement faisable dans des
toutes petites communes avec des activités économiques qui peinent parfois à avoir
un modèle économique qui tient. Et du coup, je vous repose un petit peu la question parce
que vous avez commencé à y répondre mais pas tant, et du coup, je vais peut-être la
poser différemment. S'il n'y a pas de spécificité, par contre, est-ce qu'il y a des choses et
des problématiques qu'on voit dans ces territoires ruraux qu'on ne voit pas du coup en ville
qui sont vraiment spécifiques ? Là, il y avait ce rapport de la Cour des comptes qui
disait qu'il y a quand même pour le coup vraiment une spécificité des territoires
ruraux où on voit une déprise et une disparition très rapide d'une partie des services publics.
Est-ce que vous, il y a des choses auxquelles vous vous êtes confrontés, des choses que
vous avez vues qui pour vous sont importantes de noter là et qui disent bien sûr que c'est
quelque chose qui se passe, alors outre bien sûr le modèle agricole qui se joue dans une
grande partie de ces territoires-là, mais est-ce qu'il y a d'autres choses à l'intérieur
de ces questions-là que vous auriez envie de noter et qui est important ? William, je
te sentais à deux doigts de prendre le micro. Je voudrais rebondir sur ce que tu disais
en démarrage, c'est qu'il n'y a pas qu'une seule ruralité et qu'il y a plusieurs ruralités,
et en fait, nous, on est quand même confrontés à ce phénomène de manière assez imposante,
c'est-à-dire qu'en fait, il y a une forme de dualisation des modèles agricoles, vous
savez, avec un modèle agro-industriel qui a plutôt tendance à s'intensifier, à se
concentrer et à se spécialiser. Et ensuite, il suit un peu cette triple tendance, et puis
un modèle plutôt paysan qui cherche la déspécialisation, la complémentarité entre les ateliers agricoles,
qui limite l'intensification et la concentration, etc. Et donc, effectivement, ça a façonné
les espaces ruraux de manière très distincte, avec effectivement des espaces comme l'île
de France qui s'est très spécialisée vers la série des cultures, avec des structures
très concentrées, si bien qu'il y a peu, finalement, la population rurale, elle est
très peu agricole, et ensuite, on a d'autres espaces, l'Ardèche, l'Ariège, la Drôme,
où il y aura un peu plus quand même d'agriculteurs, même si ça reste une population minoritaire
dans toutes les situations. Enfin voilà, et donc du coup, c'est vrai que c'est assez
structurant pour nous sur la manière d'intervenir dans ces territoires, parce qu'en fait, par
exemple, on a un accès au foncier facilité dans les espaces où il y a des gens qui ont
la volonté de transmettre leur ferme en aériture paysanne, en aériture biologique. Nous, pour
intervenir sur un marché foncier, sur une très grande structure agricole d'exploitation
réalière, c'est un alignement de planètes qu'il faut qu'on rencontre, qui est beaucoup
plus complexe à reproduire. Si bien que ça interroge…
Et pourquoi c'est plus complexe à reproduire ?
Alors justement, d'une part, parfois ces sociétés agricoles, elles transfèrent l'usage du foncier
par des transferts de part sociale sur lesquels il est plus compliqué d'intervenir. Je ne
veux pas rentrer trop dans les détails techniques. Il y a aussi le fait que ceux qui transmettent
leurs fermes n'auront pas forcément la volonté de transmettre à des fermes en aériture
paysanne. Donc il y a des chocs idéologiques qui sont à l'œuvre et qui ont un effet
social sur le marché foncier. Mais cependant, on se retrouve confronté au fait qu'il y
a des très grandes structures agricoles qui sont vendues sur le marché et de l'autre
côté, la demande, les gens qui veulent s'installer, une bonne pourcentage d'entre eux, souhaitent
s'installer sur des petites structures agricoles. Donc il y a inadéquation entre l'offre et
la demande. Si bien qu'il y aurait un enjeu à avoir une énorme politique publique de
restructuration de ces grandes fermes pour éviter qu'elles ne nourrissent que la concentration.
Et donc là, qu'est-ce que ça veut dire la restructuration ? Ça veut dire re-réfléchir
l'organisation parcellaire, ça veut dire re-réfléchir l'organisation juridique de
la structure agricole et sur laquelle on pourrait faire des acquisitions. Enfin, ça fait partie
des chantiers qu'on a au sein de Terre de Léa.
Oui, moi ce que j'avais peut-être envie de mettre en lumière par rapport à ce sujet
du foncier, c'est aussi que parmi ces ruralités, je suis grandement d'accord avec le fait
qu'il y ait plusieurs ruralités, il y a les cultures différentes. Nous au sein d'Amolégé,
donc on apporte un modèle qui est assez alternatif. On voit bien qu'il y a des territoires qui
sont accueillants ou qu'il y a une pensée du foncier comme bien commun.
Desquels ?
Je vais vous raconter. Donc nous, notre association, elle a émergé en Ardèche, à Rocle, mais
ensuite on est parti en Bretagne. On a bien compris que c'est un territoire très accueillant.
Aujourd'hui, on accompagne plus de 30 projets. La plupart sont en Bretagne. On se développe
notamment sur des territoires comme l'Ardèche, la Drôme, la Savoie, ce territoire, sur
d'autres territoires. Il y a quelque chose qui est plus difficile. Moi, j'habite en
Gironde. La notion du foncier est assez particulière en campagne. Les grands vignobles, donc le
foncier, il est plutôt dans une manière individualisée. Il y a vraiment cette entité. Après, il
y a la nature aussi qui opère et qui fait que certains territoires sont moins accessibles
pour penser à un foncier collectif. Donc il y a vraiment cet enjeu-là aussi de la
nature, du faire autrement, qui n'est pas la même dans nos ruralités.
Ça a à voir aussi avec la couleur politique. De toute façon, on va en avoir parlé parce
qu'il va quand même y avoir les élections municipales dans pas longtemps. Est-ce que
suivant la couleur politique, vous êtes plus ou moins bien accueillis ou ça joue pas du
coup pour le moment ?
On travaille avec des petites communes qui ne s'identifient pas le plus souvent comme
étant d'un parti politique. Mais bon, c'est des personnes qui sont engagées sur les sujets
de l'écologie, du bien commun. Ça clarifie un peu dans l'idée avec qui on travaille.
Je tire le fil un peu de la spécificité. Il y a quand même un chiffre que l'on peut
donner maintenant. C'est qu'il y a 62 % des communes en France qui n'ont plus de commerce
et 64 % des communes qui font moins de 1500 habitants, qui n'ont même pas de magasin
d'alimentation, de proximité. C'est quelque chose qui est quand même relativement structurant
dans la manière d'habiter son territoire et de vivre ensemble. C'est vraiment ce qu'on
essaie d'adresser avec Village Vivant. C'est comment est-ce qu'on permet à ces modèles
de commerce d'évoluer vers potentiellement des lieux qui sont un peu plus hybrides, qui
ne sont pas le commerce classique comme on a pu toujours le connaître avec la plupart
du temps un couple qui arrive à payer que l'un ou l'une des personnes dans le couple
et travaillent 70 heures par semaine. Comment est-ce qu'on réinvente un petit peu ces modèles-là
de commerce, de proximité pour pouvoir avoir de réels territoires vivants et ces services-là
de proximité ?
Est-ce qu'on regarde ces spécificités-là ? Vous pouvez peut-être un peu plus décrire
parce qu'on a commencé un tout petit peu à l'aborder, mais justement, comment vous
vous êtes structuré et quelle est la réponse ? Parce que forcément dans la façon peut-être
d'adresser la question, vous avez eu une façon d'y répondre et notamment, on est
dans un événement autour des foncières de l'OMS, donc comment vous vous êtes structuré
et comment cette structuration-là, c'est déjà aussi une réponse aux endroits où
vous avez pu être, je pense à terre de lien, bien sûr que du coup, ce que tu as commencé
à énoncer comme partie problématique, bien sûr que tout d'un coup, dans la galaxie
de structures que vous avez créé, ça fait sens, tu vois, les unes avec les autres.
Peut-être revenir un petit peu quand même à chacun, chacune là-dessus, qu'on puisse
se dire, tiens, il y a quand même eu une façon de se concevoir qui est particulière.
Peut-être je peux revenir sur les espèces de grands principes que terre de lien a essayé
de mettre en œuvre dans sa déclinaison organisationnelle, qui ont été des principes philosophiques
et qui se sont traduits dans tous les aspects de son organisation.
D'une part, il y avait la logique conservatoire, c'est-à-dire d'extraire les terres du marché
spéculatif, de faciliter la transmission des fermes en tant qu'unité cohérente.
Et donc du coup, on est un acteur spécifique du portage foncier qui, en fait, ne cherche
pas à revendre les terres et du coup, ne fonde pas son modèle économique sur l'inflation
des terres et la revente potentielle qui pourra générer un bénéfice économique, mais au
contraire, essaie de les extraire de ce marché.
Et donc ça, ça a attiré philosophiquement aussi des apporteurs d'épargne et de dons
pour répondre à ce projet philosophique de conservation de la terre, de préservation.
Et ensuite, il y a la logique d'organisation collective sur qu'est-ce qu'on va faire de
la terre.
Toutes les fermes qu'on achète, on signe un bail rural environnemental, donc il y a
une sorte d'accord entre le propriétaire collectif qui est terre de lien et le fermier
sur que va devenir la terre, qu'est-ce qu'on va faire de la terre et on met des clauses
environnementales.
Et donc du coup, ça a su attirer aussi des gens qui savaient que leur argent entre guillemets
était en sécurité parce qu'on savait qu'il y avait un usage vertueux qui était fait
de la terre.
L'autre grand principe, c'est qu'on est un mouvement citoyen, une grande partie du
capital vient des citoyens, on n'est pas d'investisseurs institutionnels, très partiellement.
Et on a une logique citoyenne qui ne va pas que dans l'apport du capital, mais qui
va aussi dans la déclinaison du projet, puisqu'on est décliné en organisation régionale
aussi qui œuvre sur le terrain et qui font de l'appui à des candidats à l'installation,
qui font du plaidoyer politique, qui font aussi de l'appui aux collectivités territoriales
autour de l'accès à la terre et du foncier comme bien commun.
Donc en fait, c'est ces principes philosophiques qui se sont déclinés et qui décrivent un
peu l'organisation qu'on a eue et qui a été mobilisatrice, si bien qu'il y a eu des millions
qu'on a récoltés et il y a des milliers de personnes qui se sont engagées dans le
projet, je pense, au titre de cette philosophie politique.
Pareil, qui va rebondir par rapport à ça.
Amolégé, c'est né notamment d'un tour d'Europe de certains de nos co-fondateurs
qui ont essayé d'aller creuser la thématique de l'écolieu et de voir comment ça fonctionnait
et quels pouvaient être les enjeux.
Ils sont revenus avec une conclusion que c'était chouette, les écolieux, mais en fait, il fallait
quand même avoir l'argent à un apport originel pour se lancer dans un projet.
Donc originellement, on vient un peu de ce monde de l'accompagnement de collectifs d'habitants
qui veulent se lancer.
Et puis, on a fait des premiers accompagnements, donc ça, c'était il y a six ans, et en fait,
quand on était confrontés à un enjeu, c'était chouette.
On avait des habitants, mais on n'avait pas de terrain, donc on n'avait pas de foncier.
Donc on s'est dit, on va prendre les choses dans l'autre sens.
Donc là, on a été toqué à la porte et des mairies qui avaient des terrains, des fonciers.
Et c'est comme ça que se structurent nos projets, c'est qu'on a des mairies en ruralité
principalement qui mettent à disposition des terrains et les mettre en location pour
un groupe d'habitants.
Donc là, on sort un peu aussi d'une dynamique.
C'est facile.
Ce qu'on n'arrive pas à se rendre compte, c'est, est-ce que quand vous êtes allé voir
plein de mairies, vous avez eu plutôt des oui, plutôt des non, des doutes, tu vois,
peut-être dans le processus, si tu peux un tout petit peu revenir, pour qu'on arrive
à se rendre compte de où est-ce que ça en est, quoi.
Tu vois, c'est quand même des modèles qui sont ce que tu disais, qui sont internatifs,
tu vois.
On a quand même une chance incroyable, c'est que c'est plutôt les mairies qui toquent à
notre porte.
À partir du moment où on est rentré dans cette dynamique de se dire, ok, c'est les
mairies, on a eu un partenaire aussi formidable en Bretagne qui s'appelle Brudet, qui a un
réseau d'élus sur le sujet de la transition écologique.
Ça nous a ouvert beaucoup de portes et après, depuis, c'est vraiment les élus qui viennent
vers nous.
Donc ils ont compris en fait qu'il y avait besoin d'une alternative au lotissement classique,
que lotissement classique d'un point de vue d'intégration paysagère, c'était pas forcément
qualitatif, qu'il n'y avait pas de dynamique de lien social, donc en fait qu'il fallait
penser les choses autrement.
Voilà.
Je crois que ça répond à ta question.
Gaëlle, toi, Paris.
Village Vivant, c'est une coopérative d'immobilier rural et solidaire et c'est là tout la spécificité
de ce modèle.
Il y en a beaucoup dans le monde des foncières, j'arrive pas à m'en rendre compte.
Des coopératives, non, pas forcément, mais c'est là où le modèle est intéressant,
c'est que, un peu comme le disait William tout à l'heure, mais de toute façon, il
y a beaucoup de choses qui rapprochent terre de lien et Village Vivant dans le modèle,
c'est que l'idée, c'est de pouvoir faire en sorte de faire appel à l'épargne citoyenne.
Donc, on fait des levées de fonds citoyens qui vont permettre de financer des projets
d'acquisition et de rénovation.
Donc, ça pose un peu ce principe de se dire que finalement, au travers du modèle coopératif
et donc d'une gouvernance partagée qui nous permet de solliciter toutes les parties prenantes,
donc les sociétaires et les investisseurs, sur la gouvernance de la coopérative, on
propose un modèle qui, finalement, fait en sorte d'aller vers des biens qui sont communs
à toutes ces personnes qui ont investi dans la coopérative et qui peuvent avoir leur
voie ou chapitre dans les décisions d'orientation stratégique de la coopérative.
Et peut-être pour parler un peu du modèle aussi, donc finalement, nous, une fois qu'on
est propriétaire de certains des bâtiments, on a à cœur de développer une relation
avec les porteurs de projet qui y sont installés et qui développent leurs activités, une
réelle relation de coopération et de partenariat qui va un peu plus loin que le lien bailleur-locataire
assez classique et qui, en gros, favorise le fait que ces porteurs de projet, ils vont
pouvoir développer leur activité économique qui est leur champ, s'appuyer sur nous,
surtout de la partie gestion de l'immobilier, gestion du foncier, mais aussi un peu au-delà,
c'est-à-dire qu'on va pouvoir les accompagner dans les premières années, en tout cas de
leurs activités, un peu sur tout autre sujet aussi, ou en tout cas les rediriger et se
permettre de faire appel à d'autres partenaires qui sont spécialisés sur les sujets, donc
soit de l'alimentation, soit d'autres.
Est-ce que tu me lisez au téléphone, en fait, vous n'êtes pas uniquement sur une relation
« tiens, ok, on vous a donné les moyens de… », vous êtes quand même proches,
c'est pareil, c'est pas si courant que ça, de se retrouver avec cette relation de proximité
pas d'égal à égal, mais quand même, il y a quelque chose de cet ordre-là qui se met
en place.
Oui, tout à fait.
En tout cas, où on se nourrit de leurs expériences à eux en tant que porteurs d'activités économiques
et à qui on peut aussi transmettre beaucoup de choses qu'on aura observées chez d'autres.
En fait, le principe de la coopérative permet aussi de tous, eux, les mettre en lien au
travers de différents temps forts, que ce soit les âgés ou d'autres formats, et on
se rend bien compte que c'est des choses qui sont très précieuses pour ces porteurs
de projet, qui parfois se sentent quand même sacrément isolées dans leur activité face
à des problématiques, soit de liens avec les collectivités, et donc de pouvoir faire
groupe avec toutes les personnes qui font partie de la coopérative, c'est assez riche
pour leurs activités.
Et pareil, en vous entendant depuis le début, et je sais que c'est une question qui a été
posée à cet événement, c'est est-ce que le foncier, finalement, est-ce que le foncier
c'est une question technique ou politique ? Et j'ai l'impression, enfin je n'ai pas
l'impression parce qu'on vous a tous su au téléphone juste avant, que vous, vous avez
déjà tranché depuis un moment, voire même que vous avez une façon plus ou moins assumée
un rapport militant, je veux dire, c'est-à-dire que c'est pas, vous avez une vision politique
qui est quand même relativement claire pour chacune de vos regards, et que vous vous allez
pousser et vous allez prendre part, même parfois en sortant du change secteur de lien, vous
allez déjà participer à des mouvements, à des tribunes, etc. Est-ce que c'est exact
pour vous de dire que vous êtes justement, que vous, la dimension politique, elle est
au cœur de vos projets, voire même militant, ou est-ce que vous êtes d'accord, pas d'accord,
tu veux ? Vas-y, vas-y, vas-y, Virginie, comme ça on va casser la routine.
Non, non, c'était très bien, cet ordre aussi, ça m'allait très bien. Oui, complètement,
on est militant. Je pense qu'au début, au sein de Hamo Léger, on n'était pas tous
en accord pour le nommer, et puis après, au travers de différentes discussions, on a
compris que le militantisme, il pouvait juste avoir différentes formes. Nous, on est militant
dans l'action, dans le, c'est peut-être pas la bonne explication, mais dans le faire,
faire autrement, et dans le démontrer qu'il y a d'autres façons de faire. Donc voilà,
nous on visibilise un modèle qu'on a concocté en s'appuyant sur différents éléments qui
existent depuis longtemps, et pour montrer que c'est possible, et au travers de premiers
démonstrateurs, on peut y s'aimer ensuite un nouveau modèle de société qui est basé
sur le fait que, oui, le foncier, on le pense en commun. Nous, nos communes, elles restent
propriétaires du foncier sur le très long terme, elles le mettent en location via des
baux, le bail amphithéotique, le bail réel solidaire, vous avez peut-être entendu parler
de ces types de baux, donc elles gardent la maîtrise sur le long terme, la commune.
C'est quoi peut-être juste les baux, si tu peux, pour des personnes qui connaitraient
pas ? Alors le bail amphithéotique, c'est un très
vieux bail agricole, si je me trompe pas. Comme le bail réel solidaire, c'est des baux
qui vont de 18 à 99 ans, et qui permettent dans le cadre de nos projets de dissocier
en fait la propriété du sol, de celle du bâti. Donc en fait, on va être locataire
du terrain, mais propriétaire de son habitat. Et ça, c'est des modèles qui existent depuis
longtemps. Ça a été lancé dans les années 60 avec les Community Land Trust aux États-Unis.
Ça s'est développé au Royaume-Uni, en Belgique, en Pays-Bas aussi. Et aujourd'hui, c'est
visibilisé avec le BRS via des offices foncier solidaire, donc bail réel solidaire, office
foncier solidaire. J'ai perdu le fil de ma pensée. Mais voilà, on pense le foncier
en tant que bien commun. Donc ça, c'est un projet politique fort. Et puis nous, on se
dit aussi que derrière tout ça, on va permettre aux habitants d'avoir un peu moins de pression
avec des projets qui sont plus accessibles, puisque la location du terrain, c'est moins
cher que l'achat d'un terrain. C'est assez simple. Et donc en fait, ces habitants, ils
vont avoir moins de pression sur leur habitat, le fait de se loger. Et ils vont aussi avoir
plus de disponibilité pour être acteurs de leur territoire localement, se positionner
dans des associations, participer à des dynamiques politiques aussi pour certains qui ont envie
d'être acteurs. Et ça, c'est un vrai projet politique, c'est se dire voilà, on peut
agir.
Oui, tu veux dire de ne plus être enchaînés parce qu'on voit bien, je veux dire, c'était
la question juste avant, qui a été transversale dans toute la tableau de l'impression où
tout d'un coup, le logement, c'est devenu un tel problème et ça reprend une telle part
dans tes revenus, etc., qu'en fait, tu es assigné économiquement. C'est à ça que
tu fais référence.
Oui, c'est ça. C'est très compliqué aujourd'hui. J'ai l'impression aussi que des personnes
qui n'avaient pas de difficulté à se loger à un moment se retrouvent dans une situation
délicate. Et puis certains qui ne peuvent même pas réfléchir à changer de logement,
ce n'est même pas une option. Donc voilà, on a envie de sortir un peu de ça aussi,
de permettre des projets plus accessibles financièrement pour les habitants des territoires
ruraux notamment.
Bien, je suis à la tête du coup.
Oui, bien sûr, ces sujets sont éminemment politiques et on se positionne, rien que le
fait de dire qu'on va se servir de la finance solidaire comme outil et comme levier pour
sortir l'immobilier de logique spéculative, c'est quand même un parti pris. Après, nous,
on a aussi un peu tendance à faire beaucoup de plaidoyer auprès de l'État entre autres
et d'institutions publiques parce qu'autant dans le logement, il existe aujourd'hui des
moyens de financer du logement solidaire avec les bailleurs sociaux, etc. Mais pour l'activité
économique, il n'en existe pas vraiment en fait ce qu'on pourrait appeler des prêts
long terme qui permettent d'avoir accès à de la ressource financière à des taux assez
bas. Il n'en existe peu et pourtant, on peut quand même partir du principe que le dernier
commerce d'un village, la boulangerie, qui en fait devient le lieu de vie, le lieu de
convivialité, le lieu de rencontre dans un village avec assez peu d'habitants, c'est
d'intérêt général et qu'il pourrait y avoir un soutien sur le fait que ces commerces-là
soient préservés.
Mais qui, pareil, feraient sortir sûrement de la logique de marché, c'est ça.
Oui, sur cette tension entre technique et politique. Effectivement, comme dit Gaël,
d'être affirmatif sur le fait qu'on est dans une logique non spéculative, le fait
d'être affirmatif, nous, de notre côté, sur un modèle agricole en particulier qui
est paysan, on est bien entendu dans une démarche qui a un caractère politique affirmé et
dans nos racines aussi, on est né parmi les fondateurs, il y a Relier qui est une association
d'éducation populaire. Donc il y a toujours eu cette logique aussi de donner à savoir,
de donner la capacité d'agir à des gens qui ne pouvaient historiquement ou initialement
pas agir sur la question du foncier. Alors la question du foncier, pourquoi on est en
difficulté à agir dessus quand on est un citoyen lambda, c'est d'une part par rapport
à la technicité du vocabulaire, des logiques, etc., que ce soit les règles de transaction
à des biens, que ce soit les PLU, les SCOT, les documents d'urbanisme, que ce soit les
politiques d'accès au foncier, telles que, voilà, avec les logiques de préemption de
la safaire, le contrôle des structures, ce genre de choses. Tout ce cadre est très très
complexe et donc, du coup, nous, on a un enjeu à le rendre compréhensible à des gens qui
rejoignent Terre de Lien et qui n'étaient pas historiquement du milieu agricole et qui
ne connaissaient pas ça. Et ça, ça leur donne du pouvoir d'agir, ça leur donne un rapport
réflexif sur ces sujets. Et l'autre pouvoir d'agir, c'est aussi le fait de pouvoir donner
de l'argent à Terre de Lien qui va acheter des fermes par ailleurs. C'est aussi de redonner
une capacité d'agir politique sur le foncier. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, enfin, depuis
quelques années, on a développé un pôle qui est un pôle plaidoyer, qui est porté
par la fédération dans cette galaxie fondation, fédération et foncière et réseau associatif.
Il y a un pôle plaidoyer politique qui s'appuie sur le fait qu'on a éprouvé le cadre de
ces politiques publiques et qu'on voit toute leur lacune et qu'on est en mesure sur la
base de ce qu'on a expérimenté et de ce que l'on voit très concrètement se mettre
à l'œuvre sur le terrain qui ne va pas dans le sens de ce qu'on essaie de pousser et
on essaie de construire des plaidoyers politiques. Par exemple, s'assurer que dans les règles
d'arbitrage de transfert d'usage du foncier, ça aille dans le sens de l'installation,
de l'écologisation des pratiques, harmoniser les transferts d'usage entre la propriété,
le transfert de parts sociales et les transferts de baux pour que ça aille dans le même
sens et que ça aille dans le sens de l'installation et d'un renouvellement des générations d'agriculture,
etc. Mais tout ça est très fastidieux. On s'en rend compte à mesure où on met ça
en œuvre, mobiliser des nouvelles alliances pour pousser des agendas, convaincre des acteurs
politiques et des décideurs. Donc, effectivement, tout ça est minament politique.
Oui, parce que ça, c'est une question qui pourrait s'adresser à vous trois. C'est-à-dire
que quand même, ce qu'il faut pouvoir dire et c'est terre de liens, pour le coup, c'est
particulièrement criant. Tu sais, il y a cette espèce de chiffre, mais tu vas le redire
mieux que moi. Tu vois, c'est le nombre de fermes que vous arrivez, le nombre de paysans
paysannes que vous arrivez à installer, de fermes que vous arrivez à reprendre et le
nombre de fermes qui disparaissent chaque année. Je ne m'en rappelle plus, mais le
rapport, il est de... Combien à peu près, tu peux me le dire, pour ne pas que je me
plante au niveau des chiffres, combien vous avez réussi à installer de paysans paysannes
ou que vous réussissez à installer chaque année et combien partent et disparaissent
à peu près ? Oui, entre une quarantaine et cinquantaine
de fermes, entre 40 et 50 fermes qu'on arrive à acheter chaque année, on a réussi à en
acheter plus de 450 jusqu'en une vingtaine d'années, qui représente entre 12 et 13
milles hectares. Et effectivement, c'est à la fois peu, comme tu dis, par rapport à
la disparition des fermes qui sont passées de plusieurs... Je ne sais plus les chiffres
exacts en tête, mais plus d'un million dans les années 80 à 300 000, à 300, 400 000
aujourd'hui. Donc, on voit que la disparition, elle est très rapide. Et effectivement, c'est
pas nos acquisitions qui permettent de contrebalancer ce qui est à l'œuvre. Donc, effectivement,
par contre, on est la démonstration qu'on peut faire autrement. Et la démonstration
est aussi, comme je dis, en testant ce cadre de politique publique qui n'est pas adéquate
pour favoriser le renouvellement des générations, on essaie d'en proposer aussi un autre,
même si aujourd'hui, on est dans une logique au niveau du plaidoyer un peu défensive au
regard de la loi du plomb, plus que propositionnelle, malheureusement. Donc, il faut espérer qu'il
y ait un moment politique un peu plus opportun pour pouvoir, par exemple, proposer une réforme
foncière ou ce genre de choses. Moi, j'ai encore plein de questions. Mais vu que vous
êtes venu en nombre un soir, est-ce qu'il y a des questions, est-ce qu'il y a des choses
qui sont pas claires, des choses avec lesquelles vous n'êtes pas d'accord, des témoignages
parce que vous-même, vous êtes venu de loin pour cette table ronde ? Ah oui, monsieur,
c'est une première question. Je vais vous lancer ce mic. Enfin, je ne vais pas le lancer,
mais je vais vous le filer plus fort. Moi, je trouve que la ruralité pose une question
sur la société. On est dans une société qui se fracture de plus en plus. Une défracture
qui est historiquement assez ancienne entre urbain et rural, elle est importante et elle
s'amplifie. On l'a vu au niveau des Gilets jaunes, mais on le voit aussi au niveau du
vote réfractaire avec ce sentiment d'abandon des zones rurales. Mais en fait, c'est quel
avenir on veut ? Je pense qu'on peut pas juste réfléchir juste la ville ou juste l'espace
rural et que c'est un dialogue entre les deux, que l'espace rural fonctionne avec
la ville et que c'est un rapport à décider qu'est-ce qu'on veut. Est-ce qu'on veut
que les espaces ruraux, c'est juste des espaces de ressources au service de la métropole
ou est-ce qu'on veut une coopération entre les espaces ruraux et la ville ? Ça, c'est
le premier point. Le deuxième point, je trouve que les espaces ruraux, ils ont cette capacité
à être multiples et immenses. On a 55 000 communes et dans chaque commune, il y a plusieurs
hameaux et donc on peut faire presque 100 000 expériences différentes de façon d'habiter,
de façon de cultiver et qu'il n'y a pas un modèle et qu'on peut s'adapter à tous
ces territoires. Une autre, ça a été abordée aussi à un moment, c'est le rapport au politique.
C'est-à-dire que quand on est dans une petite commune de 120 habitants, on peut aller toquer
à la porte du maire et c'est hyper pratique. On peut aller lui poser des questions, le
chercher alors que dans une grande ville de 100 000 habitants, pour aller choper le maire
et lui dire ses cas de vérité, c'est pas facile. Vous voulez, alors, si il y a plein
de questions en même temps, ce qu'on peut carrément faire. Si, non, ça me va très
bien. On peut en prendre trois et comme ça, il répondra en trois questions. Là, on en
a deux pour le moment. S'il y a une autre personne qui en a une.
Il n'y a pas de question, mais par contre, sur le chiffrage, je n'étais pas alignée.
On est plutôt sur 37 000 communes en France.
38 000, il y en a peut-être deux.
Oui, tu parlais de 55.
Peut-être que ça se multiplie.
Oui, ça se multiplie vite.
Un petit décalage.
Moi, j'avais une question pour Village Vivant, mais aussi pour les autres. Vous avez parlé
un peu de votre rôle parfois d'intermédiaire avec des porteurs de projets économiques
et quelles sont les questions sur quoi ils ont besoin d'aide, qu'est-ce qui les bloquent
et travaillent au quotidien, sur quoi vous pouvez les aider. Mais c'est aussi une question
potentiellement pour les gens qui voudraient aller chez Amolégé ou des agriculteurs risques
qui voudraient s'installer.
Est-ce qu'on a une troisième question ? Ce serait formidable. On n'est pas obligé.
Moi, je décelais quand même une question. C'était la question de reprendre les espaces
ruraux comme des endroits de possibilité de reprendre quand même à la fois dans la
proximité de reprendre possession d'une partie de là où on est, d'expérimenter des choses
et dans le côté démocratique, bien sûr que c'est quand même un peu plus simple d'aller
toquer chez son mère, même moi dans le village d'où je viens, qu'à Paris, par exemple.
Un peu plus compliqué d'aller toquer chez Hidalgo.
Et donc ça, c'était la première question. Et après, la deuxième question, c'est pourquoi
les gens viennent chez vous ?
J'essaie de la reformuler comme ça. J'essaie de la reformuler en mode, pour moi en tout
cas dans ce que j'ai entendu, c'était à la fois des constats, mais c'est des constats
des espaces ruraux comme possibilité à la fois d'expérimenter un peu plus fort parce
qu'effectivement les choses sont moins contraintes. Et en plus de ça, quand même la possibilité
par la proximité d'avoir un accès démocratique plus direct. Voilà. Est-ce que vous êtes
d'accord avec ça ? Pas d'accord ? Oui, non, contre ?
Oui, d'accord complètement. Je ne sais pas à quel point il faut aborder. Après,
c'est pareil les ruralités. Parfois, il y a 50 habitants. Parfois, il y en a 10 000.
Donc c'est aussi plus difficile d'approcher les élus. Mais oui, complètement d'accord.
C'est un espace où on peut tester. Et cette notion de collectif en tant que citoyen,
on peut l'appréhender aussi avec des équipes municipales, des acteurs. Enfin, c'est facilitant.
Après, je ne sais pas si on peut opposer ça complètement à l'urbain ou je pense
que ça serait aussi envisageable. Voilà, je suis normande. Je reste sur un oui, non.
Je réponds sur la question des porteurs de projets. Ceux qui vont s'installer en agriculture
dans notre cas, quels sont leurs besoins ? En fait, leurs besoins sont de plusieurs natures.
On répond à une partie des besoins dans le sens où ils doivent déjà faire murir leurs
projets. Donc, ce signifie un peu ce qu'ils veulent faire effectivement. Ils ont des besoins
en formation théorique. Ils ont des besoins en formation pratique pour se professionaliser
sur l'activité agricole. Parfois, ils vont passer par des espaces test, par exemple,
dans des espaces test agricoles, qui sont des espaces sur lesquels on peut tester son
activité avant de la formaliser. Ils ont des besoins en termes de, au-delà du foncier,
il n'y a pas que du foncier à acheter, mais il y a aussi un cheptel, du matériel, etc.
Donc, ils ont des besoins de dispositifs de financement. Ils ont besoin d'accéder à
la terre, bien entendu, et potentiellement qu'on leur achète le foncier agricole, notamment
s'ils n'ont pas les moyens. Du coup, face à cette pluralité de besoins, il y a une
pluralité d'acteurs. Nous, terre de l'air, on travaille avec le réseau des agriculteurs
bio pour justement orienter les pratiques. On travaille avec l'ADA. Enfin, il y a plein
d'une galaxie de structures. Je ne veux pas les nommer toutes. Après, il y a eu aussi
une forme de dualisation à mesure que l'agriculture se dualisait entre une agriculture paysanne
et une agriculture agro-industriel. Il y a aussi eu une dualisation du service et de
l'accompagnement technique entre des très grosses structures agricoles sociétaires
pour faire appel à des très gros cabinets d'avocats très coûteux, etc. Du coup, les
espaces de conseil se sont éclatés à mesure que le secteur agricole lui-même n'était
pas hétérogène. Tu veux dire qu'il y a quelque chose qui s'est vraiment modifié
dans l'accompagnement de classe ? C'est-à-dire que les plus gros agro-industriels ont détourné
une partie des institutions, des choses comme ça, ou ont généré leur propre écosystème
qui les conseille mais qui ne les conseillent pas les autres. C'est ça que tu dis quand
tu parles de dualisation ? C'est juste que les besoins sur le plan technique ou opérationnel
qui se sont structurés selon si on va faire une agriculture agro-industriel ou selon si
on va faire une agriculture paysanne sont maintenant de nature très différente. Le
conseil technique, après il y a des besoins communs sur certains aspects, les règles
juridiques, etc. Là, ça va être très commun. Du coup, les porteurs de projet qu'on accompagne
vont aussi être accompagnés par la Chambre d'Agriculture à certains égards, etc. Mais
cependant, il se trouve que des fois les conseils, surtout dans certaines régions, ne sont plus
adaptés à certains publics qui pourtant seraient des acteurs de la transition des
modèles agricoles. Après, il y a toute la question de la formation initiale aussi où
les lycées agricoles parfois ne dispensent pas beaucoup de choses sur l'agroécologie,
enfin en tout cas pas assez à notre goût. Je réponds aussi à cette question. Quand
les porteurs de projet viennent toquer à la porte de Village Vivant, leur principal
besoin c'est d'être accompagnés ou même d'être dédouanés de toute la partie de
la gestion immobilière du bien dans lequel ils s'installent parce qu'en réalité ils
ont déjà toute leur partie de montage, de leur modèle économique, etc. qui est leur
métier mais par contre gérer le foncier, gérer l'immobilier c'est extrêmement compliqué
de dégager du temps et d'avoir l'ingénierie pour ça. Donc c'est là où on est soutien.
Et puis à côté de ça, je dirais que c'est aussi souvent des projets dans lesquels ils
se lancent sans savoir forcément à quelle autre porte toquer pour des financements.
On dit parfois qu'on fait aussi un peu office de déguillage vers les bons acteurs qui
vont pouvoir les accompagner financièrement au travers de Présolidaire ou avec des subventions.
Et le fait d'être accompagnés par Village Vivant de temps en temps est un peu une garantie
d'un projet qui tient la route et les aide à accéder à d'autres types de financements.
Et enfin pour parler d'un enjeu pour la plupart, il y a aussi le fait de devoir un peu faire
la preuve d'assurer une forme de continuité du service qui existait probablement auparavant
avec l'auberge du coin qui faisait les cuisses de renouilles et l'omelette au cèpes ou ce genre de choses.
Donc d'avoir un peu les outils pour proposer une offre qui soit en adéquation avec ce qui existait
auparavant et qui avait son public on va dire. Mais en même temps d'arriver à ajuster cette
offre-là en généralement agrégeant d'autres types d'activités pour des projets qui soient
plus mixte histoire d'avoir des modèles économiques qui sont un petit peu plus robustes parce que pour
donner des exemples de ce dont je suis en train de parler, un restaurant aujourd'hui dans une
commune de 600 habitants s'il n'est que restaurant il aura peut-être plus de mal à faire tenir son
activité que s'il est aussi épicerie, relais poste et d'autres en fait d'autres offres et d'autres
possibilités de faire venir un public un peu plus large et de pouvoir faire comme on l'appelle un peu
de péréquation entre les différentes activités. Ça veut dire quoi péréquation ? Le fait de
pouvoir permettre une activité qui serait pas assez lucrative par le fait qu'une autre le soit elle.
Donc enfin je peux donner deux trois exemples mais il arrive qu'une épicerie de village elle est du
mal à trouver un modèle économique robuste mais qu'en ayant trois quatre chambres sous forme de
gîte par exemple elle puisse en fait tenir ses engagements et ses valeurs de départ qui est de
proposer des produits de qualité donc bio ou alors de qui viennent des producteurs locaux mais peu
cher et pour arriver à tenir cette offre là et ben à côté il y aura une autre activité qui va
selon la saison être plus ou moins lucratif. Mais ça ça vaut d'ailleurs pour tous les trois j'ai
l'impression que vos modèles aussi comparativement à d'autres vous êtes extrêmement liés à chaque
fois avec les territoires sur lesquels vous vous implantez et que justement je l'avais un tout petit
peu abordé au départ mais la question de vous la consultation c'est pas une option c'est une
nécessité c'est à dire qu'en fait vous allez enfin par exemple vous pouvez pas vous implanter
voie mot léger sans qu'il y ait des espaces de discussion avec des maires sans des espaces de
discussion des habitants avec des commerçants. Enfin pareil j'ai l'impression quand même que ça
pareil c'est une des spécificités de vos modèles quoi c'est que pour le coup la question de démocratie
qui se retrouve à faire vivre et donc du coup les questionnements de qu'est ce qu'on veut à côté
de chez nous qu'est ce qu'on de quoi est ce qu'on a besoin j'ai l'impression qu'elles sont centrales
pareil en vous écoutant dans vos dans vos modèles. Qu'est ce que vous en pensez ? Oui complètement
nous l'individu est au centre de la démarche donc quand quand les élus ont la volonté de lancer
un projet on va partir sur une première phase d'étude de faisabilité on va voir si le projet
vraiment envisageable sur sur cette commune et l'un des volets c'est impliquer lors d'ateliers
dédiés sur lesquels on travaille sur une structure vraiment d'intelligence collective avec des
outils de communication un peu non classique où on va aller en fait s'appuyer sur les forces vives
du territoire. En fait les voisins du projet où va s'implanter ce projet d'habitat c'est eux qui
connaissent le mieux le quartier qui vont nous nous orienter sur des enjeux potentiellement qu'on
n'aura pas repéré que les élus ne connaissent potentiellement pas donc on s'appuie sur les
voisins les habitants du quartier les habitants de la commune pour co-construire et en urbanisme
il y a cette dynamique de l'urbanisme participatif qui parfois est un peu utilisé à tout va sans
qu'il y ait vraiment de consultes enfin si il y a de la consultation mais vraiment pas de la
co-construction. Nous vraiment on est plutôt engagé sur cette démarche parce que c'est des
c'est des personnes qui sont vraiment ressources pour nous et après on engage des projets avec une
mairie qui va positionner un groupe d'habitants sur le projet et donc en fait on crée un
partenariat public-privé un peu atypique qui va co-construire le projet ensemble vraiment quand
ils vont réfléchir parce que c'est un projet d'habitats participatifs quand ils vont réfléchir à la
construction d'un bâtiment commun il va y avoir une réflexion collective en termes de choix des
matériaux écologiques en termes d'intégration paysagère etc. donc ça c'est un volet mais il
y en a tant d'autres donc oui c'est vraiment important et puis ensuite ce qu'il faut visibiliser
dans ces projets d'habitats participatifs c'est que on va avoir un collectif qui va penser vision
commune on dit souvent qu'il faut créer une raison d'être quand on se lance dans un projet
comme ça collectivement en fait c'est une vision sur laquelle on va on va se mettre d'accord on va
même choisir les mots assez spécifiquement de cette raison d'être chez Amolégie on a une raison
d'être je la connais pas par coeur mais elle commence par accompagner les échos l'émergence
d'écho amos etc. que les personnes vivent de manière solidaire j'oublie des mots mais en fait
c'est le choix des mots est important donc collectivement ils vont construire une vision de leur
projet d'habitats mais c'est plus qu'un projet d'habitats c'est un projet d'habité d'habiter le
territoire donc en fait c'est assez engagé en termes de de pensée voilà pensée et structuration
éco gestion gestion collectif voilà et puis après nous c'est vrai que dans le cas des projets il y a
la mairie à les habitants puis à tous les acteurs les constructeurs parce que je l'ai pas mentionné
mais on travaille sur des projets en habitat léger des constructeurs d'habitats léger habitat
réversible des partenaires comme les CAUE les parcs naturels régionaux il ya beaucoup d'acteurs
comme ça sur le territoire qui peuvent entrer dans cette dynamique de projet voilà et c'est en tout
cas c'est vraiment très partenariat. Oui monsieur pour le micro oui sur bah c'est clair que les
logiques de contribution bénévole au projet de terre de lien elles sont structurelles quoi c'est
donc du coup ça implique de mobiliser les habitants d'un territoire après c'est ceux qui ont envie de
s'engager autour du projet de terre de lien donc c'est pas toutes les parties prenantes mais elles
essayent c'est on est organisé en groupe locaux par exemple donc on a des groupes locaux à l'échelle
d'un département ou d'une petite région agricole qui sont qui regroupent des bénévoles et qui se
donneront plusieurs missions celle d'accompagner des porteurs de projets sur le territoire celle
de toquer à la porte des collectivités locales pour les interpeller sur le fait bah vous avez des
terres publiques pourquoi est ce que vous ne mettez pas à disposition d'acteurs qui souhaiteraient
s'installer faire du plaidoyer politique local etc donc c'est clair que c'est au fondement de la
logique après il ya aussi toute la démocratie interne d'un mouvement qui est allé sur 19 régions
et qui doit du coup prendre des décisions collectives ensemble sur qu'est ce qu'on fait
des millions qui ont été collectés quel type de ferme on achète les formes de décisions collectives
voilà que de ce type qu'on doit prendre ensemble et qu'il faut faire vivre donc c'est toute une
démocratie interne qui engage des milliers de personnes tout au long de la vie du projet quoi
et après quand on essaie de quand on a une ferme qui nait sur un territoire donné dont on fait
l'acquisition on essaie d'en profiter pour faire du bruit d'interpeller les politiques localement
leur dire bon bah voyons vous voyez il est possible de faire une acquisition autrement de terres
agricoles il est possible de favoriser l'installation en agroécologie sur votre territoire c'est des
choses à démultiplier et on utilise on est si un outil qui d'engagement des collectivités
publiques puisque la fondation par exemple peut recevoir des lignes de financement de collectivités
territoriales qui sont des points d'appui ensuite après à l'acquisition foncière donc du coup on
crée aussi des conditions d'engagement des collectivités locales à travers nos propres outils
quoi oui bah je dirais que c'est important d'effectivement organiser des temps de
réflexion collective et d'embarquer les habitants et habitantes des communes dans lesquels on
travaille donc nous on le fait lorsqu'on fait des accompagnements de collectivité à réfléchir au
devenir d'un bien on organise des réunions publiques assez classiquement pour que en fait
les habitants puissent s'emparer de l'enjeu du projet et aussi quelque chose auquel on tient chez
village vivant c'est lorsqu'on s'engage avec un porteur de projet pour l'accompagner d'un point de
vue foncier et immobilier on impose en tout cas un des critères c'est que le porteur de projet
soit structuré sous sur un avec un format juridique qui soit une coopérative ou en tout cas un modèle
qui s'en approche donc des scopes ou des skics pourquoi parce que c'est une forme de garantie
que son activité elle va pouvoir perdurer au delà de des fondateurs et fondatrices du projet et qui
aura une réelle implication collective dans le projet que c'est pas voilà juste un particulier
qui met tout son risque toute sa vie dans son projet mais bien une dynamique qui va s'appuyer
sur différentes forces vives et sur la plupart du temps en fait des centaines de bénévoles ou de
sociétaires des porteurs de projets eux mêmes qui auront leur myriade de personnes à qui faire
appel à n'importe quel moment de leur projet moi du coup la dernière question que j'ai envie de
vous poser c'est quand même qu'on va voir les élections là municipal ce serait quoi si vous deviez
chacun chacune poser un peu un mot de la fin par rapport à ça c'est quoi le c'est quoi le mot
d'ordre de vous ce que vous allez revendiquer militer posé un peu par rapport au municipal
justement la question sympa c'est à dire qu'un mot question clôture en fait c'est que l'élu il
a un pouvoir d'agir fort localement à l'échelle locale il a pouvoir il a le pouvoir de proposer
une autre société notamment avec le foncier mais il y a d'autres entrées voilà nous ouais on
travaille sur ce sujet des élections on travaille aussi en commun avec d'autres acteurs de la
ruralité ou du monde de l'aménagement ou du monde des élus et on essaie de montrer qu'il y a d'autres
choses qui sont possibles et que vraiment l'élu bah c'est lui quoi qui peut changer les choses bon
ce n'est pas un discours innovant mais en tout cas on leur porte vraiment ça on a le directeur de
l'association des maires ruraux de france qui est devenu ministre de la ruralité on est hyper
content c'est quelqu'un de très engagé michel fournier donc bon qui sait ça peut essayer d'ouvrir
des des choses mais je ne vais pas forcément ajouter grand chose mais effectivement à la limite ce
serait peut-être plus un mot pour tous ceux qui sont pas élus c'est que c'est un outil formidable
et que il faut que j'ai la chance d'évoluer dans un endroit où il ya quand même pas mal de listes
citoyennes qui sont en train de se monter pour les prochaines élections et c'est assez porteur
d'espoir pour qu'il y ait des choses qui se passent qui continuent de se passer assez bien dans
certaines communes voir qui voilà change un peu aussi le devenir de certaines communes ou est sur
les élections municipales déjà il faut distinguer ce qu'on peut demander à des métropoles ou des
agglomérations et puis des communes rurales et plus agricoles mais si on reste centré sur la
ruralité on a fait on a mené une étude là avec terre de lien récemment sur justement l'intervention
des communes rurales sur les questions agricoles et alimentaires puis on a vu qu'il y avait une
typologie de communes quoi entre des communes avec un maire qui a un profil sociologique aussi
spécifique qui peut mobiliser plein de réseaux qui a des qui a une vision aussi transformatrice
sur l'agriculture et qui va monter des projets qui va savoir comment s'allie avec les communautés
de communes pour pouvoir faire valoir les projets qu'il veut mettre en œuvre etc et puis des maires
qui parfois sont agriculteurs et jouent le statu quo de manière qui peut être un peu contre
intuitive mais en fait des maires agriculteurs qui disent bah non finalement c'est pas du ressort
de la commune de mettre en place des politiques publiques mais ce sera du ressort des politiques
nationales exclusivement européennes et c'est pas notre c'est pas notre sort donc du coup et avec
un du coup un continuum de positions entre ces deux positions là avec nous bah nous comme je le disais
juste avant quoi de faire en sorte que les terres publiques puisque les collectivités disposent de
terres publiques qu'elles puissent les mettre à disposition de de gens pour qu'ils puissent s'installer
qui mettent en place du bureau et du local dans leur dans leur cantine scolaire voire des mises
en place de marché de producteurs locaux voire participent à la mise en place d'outils de
transformation locales pour favoriser les filières localement travailler sur les zones de captage d'eau
comme je disais aussi juste avant où les questions d'accessibilité alimentaire et qui globalement
aussi et ça c'est aussi une spécificité de la question agricole c'est que c'est pas une
compétence des communes des collectivités la compétence agricole est très souvent il bricole
entre guillemets avec des politiques la politique de l'eau la politique d'aménagement territorial
et la politique d'économique pour construire à posteriori une politique agricole donc ça demande
beaucoup d'ingéniosité et c'est pas c'est pas quelque chose qui leur est donné voilà des factos
quoi et donc il faut qu'ils qui qui s'y mettent entre guillemets oui j'avais envie de rajouter
quelque chose merci Gaëlle de l'avoir un peu mis en lumière donc l'élu c'est un acteur local mais
le citoyen aussi et c'est aussi le discours qu'on porte à l'échelle voilà à l'échelle avec ces
échéances des élections c'est qu'en tant que citoyen on peut aussi orienter ce qui va se passer sur
sur notre commune on a un pouvoir aussi d'agir qui est très fort et envie de peut-être visibiliser
là c'est un peu pour le mot de la fin pour visibiliser des dynamiques collectives à l'orée des
élections qui sont mises en place et dans lesquels on est tous les trois impliqués en tant qu'acteur
c'est le mouvement on fait campagne.fr vous pouvez aller regarder en fait c'est la mise en avant de
structures qui peuvent être dont les élus les citoyens peuvent se saisir en ruralité et aussi
le collectif de la transition citoyenne qui ont mis à disposition de nombreuses fiches sur différentes
thématiques le logement est lié les commerces y sont etc et donc là on peut aussi voir comment
on peut agir sur le territoire. Merci on peut les applaudir bien fort.
Commentaires
Chargement des commentaires...