#341 – Photographier les cyclistes

📝 TRANSCRIPTION & RECHERCHE00:00
Rayons Libres sur Cause Commune.
L'idée c'est que toutes les personnes qui peuvent faire du vélo le fassent.
Et il y a encore de la marge.
Je pense que le vélo c'est tellement un outil qui rend libre.
Rayons Libres présenté par Jérôme Sorel sur Cause Commune.
Bonjour à tous, bonjour à toutes.
Et cette émission elle n'est pas en direct.
Et cette semaine on va photographier les cyclistes.
Vous êtes sur Cause Commune, vous êtes dans Rayons Libres.
Salut à toi, peu importe comment tu nous écoutes sur la FM Parisienne,
sur le DAB+, en streaming, via l'appli Cause Commune, en direct, en différé.
Peu importe ton mode de consommation de Rayons Libres.
Merci de nous écouter et bonjour.
Mais avant de causer et de photographier les cyclistes,
on va poser un autre regard.
Depuis dix jours, mon vélo est remisé.
Je suis privé de vélo.
Dix jours que mes journées sont gâchées, vous dites-vous.
Eh ben non, pas du tout.
Je m'étonne moi-même.
Depuis dix jours, je me déplace dans Paris à pied, beaucoup.
En scooter un peu et en métro très souvent.
C'est dans le métro que je me suis dit que l'on devrait tous et toutes s'imposer
de temps en temps de changer de mode de déplacement.
Ne pas attendre d'y être contraint comme moi, là.
Je me dis aussi que cet exercice de changer son mode de déplacement
n'a de l'intérêt que si on s'impose de laisser son écran dans sa poche.
Pour ne pas être dans sa bulle, mais plutôt observer celle des autres.
Changer de mode de déplacement, j'y vois plein de vertus.
Entre autres, aborder son environnement avec un autre rythme.
Circuler en intégrant d'autres contraintes.
Celle imposée par les plans de circulation,
celle imposée par les autres usagers,
celle que l'on s'impose parce qu'on croit qu'on est pressé.
On éprouve ainsi physiquement le « mets-toi à ma place ».
D'ailleurs, « mets-toi à ma place », c'est une proposition
que l'on entend souvent de la part des militants des vélos, du vélo.
Les automobilistes, quand ils passent leur permis,
doivent avoir un moment obligatoire sur un vélo, qu'ils réalisent ce que c'est.
On n'entend pas souvent les automobilistes réclamer la même chose
de la part des cyclistes.
En ville, pourtant, ce serait intéressant.
Oui, la cyclosphère pourra me rétorquer que ces automobilistes
ont fait le choix d'être en voiture et donc qu'ils doivent assumer.
Est-ce que la vérité n'est pas un peu plus nuancée ?
Se glisser dans le métro sans regarder son téléphone,
c'est aussi, je pense, hyper intéressant.
Déambuler à n'importe quelle heure de la journée dans ses couloirs.
Se demander, et si je ne pouvais pas marcher,
comment je ferais dans ces couloirs ?
Se demander s'il partit de chez toi cinq minutes plus tôt
ou plus tard, changerait l'expérience avec plus ou moins de monde dans la rame.
Marcher aussi dans la ville, c'est tenter de compter les vélos,
épaves et ventouses.
Je ne sais pas compter jusqu'à mille, donc j'ai échoué.
À pied comme à vélo, je ne veux pas chercher le chemin le plus court,
mais le plus agréable, chercher ce trajet le plus agréable,
écouter, regarder, observer.
Tout ça pour poser un autre regard, un regard un peu plus éclairé,
parce que l'expérience de l'autre est éprouvée.
Poser un regard éclairé et capturé, c'est le métier de mon invité.
Sa vie est de rester à l'ombre pour jouer avec la lumière de l'autre.
Il est photographe,
accrédité souvent sur les événements cyclistes ou sportifs.
Il pose aussi son œil sur la ville, ses habitants, sa nature, son architecture.
Certains tendent un micro, d'autres posent un objectif.
Comment Thomas Maheux travaille ?
Comment est-il devenu professionnel ?
Vous, auditeurs, auditrices, avez peut-être envie de lui demander selon lui,
qu'est-ce qui fait une bonne photo ?
Eh bien, je vais vous décevoir, la réponse ne m'intéresse pas beaucoup
parce qu'une bonne photo, selon moi, elle existe parce qu'il y en a eu d'autres avant,
d'autres après, un contexte, une œuvre, on pourrait dire.
Thomas vient de remporter le concours de photos du magazine suisse Cycle Magazine,
édité par Rosolis.
Et si vous ne connaissez pas cette proposition, je vous invite à vous y plonger.
Un lien avec le compte Insta de Thomas est à retrouver sur la page de l'émission,
sur notre site idem pour Cycle Mag.
Bonjour Thomas Maheux, merci beaucoup d'être au micro avec nous aujourd'hui.
Bonjour, bonjour à tous et merci à vous de m'accueillir.
Eh bien, c'est un plaisir.
La première question que j'ai envie de vous poser, Thomas, c'est quoi votre méthode à vous ?
Pour réussir à poser un regard différent sur votre environnement ?
Ouah, ça c'est compliqué.
C'est tout. Alors moi, j'ai changé de mode de transport.
D'accord.
Je pense que ce que vous avez dit au début de marcher déjà, par exemple,
c'est vraiment une bonne façon de poser un regard différent,
de regarder ce qui se passe autour de nous.
Je crois que c'est quelque chose qui m'anime beaucoup d'ailleurs.
S'il y a bien quelque chose chez moi qui anime ce que je fais, c'est la curiosité.
Et si je peux en revenir à ce mode de transport,
je pense que marcher et aussi faire du vélo,
c'est un bon moyen de changer sa vision des choses des fois.
Oui. Et alors comment vous faites aussi pour vous renouveler ?
Parce qu'au photographier un cycliste, il n'y a rien qui ressemble plus à un cycliste qu'un autre cycliste.
Ça, c'est une bonne question.
Et j'en reviens à ma curiosité, c'est que ça va faire 10 ans que je fais ce métier-là.
Et en fait, j'essaie pas de copier ce que les autres font, mais je m'inspire.
Je regarde ce qui se fait et je vois comment moi, je peux changer ma façon de voir les choses aussi.
Et surtout, j'essaie de faire d'autres choses.
Je crois que ça, c'est le plus important.
Il y a eu une période où je faisais beaucoup, beaucoup de photos de cyclisme.
Et il y a un moment, je me suis dit, il faut que je fasse autre chose,
parce qu'en fait, sinon, je vais faire toujours la même chose et je vais un peu me perdre dans le métier.
Et donc, pour moi, avoir fait d'autres sports, c'est ce qui amène aussi un œil.
Donc encore une fois, on revient à la curiosité, c'est voir de nouvelles choses pour se permettre d'évoluer.
Mais alors justement, c'est important, vous le dites, aujourd'hui, je photographe, c'est mon métier.
Aujourd'hui, on est clair, vous vivez de ce métier-là, de faire des photos.
C'est ça, c'est mon métier, c'est de l'an de 2026, donc c'est la 11ème année où je suis en compte.
Après, sur ces 11 années, il y a eu deux, trois années qui ont été un peu compliquées, le Covid.
Alors non, j'étais déjà bien installé à ce moment du Covid, mais on va dire que les deux ou trois premières années où j'ai débuté,
j'avais encore du mal à dire que c'était mon métier vraiment et que j'en vivais pleinement.
Mais aujourd'hui, c'est intéressant, ce que vous dites, c'est que, en gros, c'est long pour vous faire un nom,
c'est long pour signer, enfin, pour être reconnu dans l'univers, c'est quoi ?
C'est long, c'est un mix de plein de choses, en fait, c'est ça qui est intéressant.
On me demande souvent comment j'ai fait pour en arriver là, c'est une bonne question et je pourrais pas vous donner une réponse
parce que c'est juste des rencontres, des photos, c'est des choses qui s'empilent au fur et à mesure et qui permettent d'en vivre.
Mais j'ai pas de recette magique, j'aimerais bien pouvoir dire à quelqu'un, un jeune qui me demande comment devenir photographe,
bah, fait des photos, en fait, et travailler.
Ouais, c'est exactement ce que j'ai fait, moi, parce que c'était pas du tout à la bas,
enfin, j'avais pas prévu d'être photographe dans ma vie, j'avais pas prévu grand chose, on va dire, et c'est arrivé très tard grâce au vélo.
Et ouais, c'est juste faire des photos, se montrer, enfin, montrer son œil.
Et évidemment, je vais me jeter une fleur en me disant, du coup, c'est que mon travail est beau et ça aide aussi.
C'est pas juste faire des photos pour faire des photos, ça se passe pas comme ça.
Mais ouais, c'est ça, c'est juste travailler et donner, enfin, moi, j'ai vraiment donné beaucoup, beaucoup pour en arriver là.
Et alors, justement, vous dites, vous avez pas prévu grand chose, c'est-à-dire que vous n'avez pas fait une formation d'art graphique ou de photographe ?
Pas du tout, non, parce que la photo, c'est vraiment arrivé très tard, j'étais au lycée, fin de lycée, quand j'ai commencé à faire des photos.
Je faisais du vélo, en fait, et je sais pas pourquoi, j'allais voir le Tour de France tous les étés, enfin, à un certain moment, je prenais des photos,
puis un jour, je me suis mis à prendre des photos et j'ai bien aimé ça et j'ai commencé petit à petit.
En gros, j'ai fini mes études, j'ai eu mon bac, j'ai fait un BTS, donc rien à voir dans la vente, c'était vraiment des études.
Mais ça vous sert aujourd'hui pour vous vendre, non ? Ce BTS ou pas ?
Alors pas pour, ouais, un peu pour me vendre, mais surtout dans la gestion d'une société et tout ça, ça m'a beaucoup aidé au début.
Mais après, c'était vraiment des études un peu, ouais, je savais pas quoi faire de ma vie, du coup, j'ai fait ce bac pro et au passage, ça a rien à voir.
Mais je conseille fortement les filières professionnelles aux personnes qui peuvent nous écouter parce que ça m'a quand même bien aidé dans la vie derrière.
Et ouais, ça m'a rien à voir, mais je me suis lancé après, en fait, j'ai fini mes études pour avoir ce bagage.
Être sûr, parce que c'est pas un métier facile, photographe, on est indépendant et on sait jamais de quoi demain est fait.
Par exemple, vous cotisez à la Maison des artistes ?
Non, moi, j'ai fait une société normale, je suis pas un artiste.
Et donc, vous avez une société dans laquelle il y a une personne, c'est vous ?
C'est ça et c'est tout. Et c'est moi qui gère tout.
Et alors comment ? C'est intéressant parce que vous dites aussi, pour ceux ou celui ou celle qui a envie de devenir photographe à son compte ou pour une agence de presse,
peu importe, il y a un moment donné, il faut aussi savoir se poser derrière des chiffres et calculer et dire est-ce que c'est rentable ou c'est pas rentable ?
J'imagine qu'au début, il y a cette question qui vient tout le temps, c'est est-ce que je fais ces photos parce que le sujet est intéressant et puis ça va me donner de la visibilité
ou est-ce que non, je les fais pas parce que derrière, ça me rapporte rien ?
C'est beaucoup de questions qui sont compliquées. Je pense qu'au début, on a juste envie de travailler et de gagner de l'argent et on prend ce qu'on peut prendre.
Après, moi, j'en suis à ma 11e année et il y a un moment où on se pose la question de savoir est-ce que ce qu'on prend en photo, c'est quelque chose qu'on aime vraiment ?
Il y a beaucoup de questions qui rentrent et il y a toujours ce conflit. En tout cas, moi, je l'ai toujours ce conflit après autant d'années de se dire,
et encore plus maintenant, c'est est-ce que ça a un sens ce que je fais ? Est-ce que je prends en photo ce que j'aime ?
C'est beaucoup de questions, mais il faut aussi manger à la fin du croix. Et quand on est indépendant, c'est plein de questions qu'on se pose.
Et ce qui est parfait, c'est quand c'est la lignée entre ce que vous aimez faire et ce que attend vos clients ?
C'est ça. Quand c'est comme ça, c'est le bonheur.
On est dans le monde idéal. Est-ce qu'aujourd'hui, être photographe dans le milieu du vélo, ou en tout cas dans le monde du sport, c'est compliqué ? Les places sont chères ?
Je pense que ça devient de plus en plus compliqué. Les places sont chères, forcément. On ne peut pas avoir des centaines, des milliers de photographes.
Après, avec les réseaux sociaux, j'ai vraiment vu plein d'étapes sur la photo. Quand j'ai commencé, j'ai eu la chance. C'était un peu les réseaux sociaux arrivaient et c'est ce qui a permis de remettre le métier de photographe en route, je pense.
Pour le dire, un Facebook ou un Instagram, c'est un vrai levier, un vrai accélérateur ?
Aujourd'hui, je pense qu'on est beaucoup à travailler. Nos photos vont servir à Instagram, principalement.
C'est pas un peu malheureux que vos photos, que vous avez, j'en sais rien ?
Des fois, je me fais la réflexion maintenant. Après, encore une fois, c'est que j'ai un recul là-dessus. Vu que la photo, ce n'était pas quelque chose, je n'ai pas fait des études et j'avais moins.
J'ai toujours eu conscience de ça. C'est que je n'ai pas eu, au début, cette sensibilité de photos, d'artistes. Encore une fois, c'est quelque chose qui est arrivé très tard.
Mais c'est vrai que maintenant, aujourd'hui, je me le dis et je le vois aussi dans ma façon de travailler. C'est que des fois, en fait, on travaille tellement, on fait tellement de choses qu'on ne regarde même plus nos photos, on livre nos photos, on se n'enchaîne sur quelque chose d'autre.
Et on perd un peu la dimension artistique, je pense. Et c'est cette année où j'essaie justement de retrouver ou de trouver, en tout cas, je prends vraiment conscience de la dimension artistique qu'on a dans notre travail.
Et ce n'est pas juste faire des photos pour prendre un casque en photo et que le sponsor soit content. Après, j'ai toujours eu cette démarche de raconter une histoire, mais je crois que là, j'essaie vraiment de la retrouver en tout cas.
Mais c'est une question que je voulais aborder en deuxième partie d'émission, mais on peut le faire tout de suite. Vous, ce que je dis en introduction, vous gagnez ce concours de photos pour Cycle Magazine.
À quel moment vous dites « tiens, je vais candidater », et puis surtout, comment vous choisissez la photo que vous avez envie d'envoyer et de mettre en avant, parce que vous en avez des dizaines de milliers des photos ?
C'est très compliqué. Déjà, candidater, c'est pour le coup. Je fais très peu de concours parce qu'au final, on est obligé de s'y inscrire.
Donc en fait, oui, on va gagner un concours, mais si on ne s'y inscrit pas, on ne gagnera jamais.
Et en fait, j'ai un peu de mal avec les concours, je vais en faire deux. Il y en a un autre où c'est Marc Gunther, où en gros, c'est un photographe qui est décédé d'un cancer et du coup, il faut un concours en hommage à cette personne.
Donc là, je trouve que ça a du sens et Cycle Magazine, c'est un magazine que j'aime beaucoup, que je trouve dans le vélo et vraiment intéressant.
Donc pareil, je me suis dit « ok, j'y vais, je vais participer ». Et le choix de la photo, comme vous dites, on a tellement de photos que c'est compliqué.
Et en fait, moi, je fonctionne juste, je me pose et je me dis « quelle photo me vient en tête ? ». Et c'est cette photo qui est venue en tête, donc c'est de ces deux petites filles à Oman.
Et je me suis dit « bah, j'y vais, parce que si elle me vient en tête, je sais que si ça me vient en tête d'un coup, c'est que c'est la photo qui va me toucher le plus ».
Et c'est ça, vous allez choisir la photo qui vous touche le plus et malgré tout, même si vous, comme vous dites, vous livrez les photos et vous enchaînez sur autre chose et vous ne prenez pas le temps de les regarder, malgré tout, à chaque fois, sur une série, il y a au moins une photo où vous dites « ah, celle-là, quand même, elle dit quelque chose ».
Quand ça revient en tête, je me dis « bah, si ça revient naturellement comme ça, c'est que c'est un signe, en fait, c'est que je ne fais pas un mauvais choix ».
Oui. Avant de lancer la pause musicale, quand même, pour les auditeurs et auditrices, parce qu'on est à la radio, moi, j'ai vu cette photo, ils ne la voient peut-être pas, alors on va leur donner envie d'aller la voir, cette photo, et d'acheter peut-être le cycle magazine le prochain.
Est-ce que vous pouvez quand même décrire cette image en quelques mots ?
Oui, en fait, c'est une photo qui a été prise pendant le tour d'Oman en 2024, et ces deux petites filles, donc j'imagine deux sœurs, qui sont sur le bord de la route, qui se tiennent la main et qui regardent le peloton déchirer.
Et ce que je trouve fort, c'est les deux regards, elles regardent chacune d'un côté, enfin pas du même côté, et j'aime beaucoup avoir figé ce moment-là, j'ai le peloton qui passe en accéléré derrière, donc je trouve que c'est un beau moment de ces deux petites filles.
Et surtout, j'ai vraiment un coup de cœur pour cette course, j'aime beaucoup aller à Oman pour faire cette course, et pour ce pays en tout cas. On va peut-être avoir une petite pensée pour eux d'ailleurs aujourd'hui.
Oui, j'imagine que ça ne doit pas être facile, et surtout que c'est un pays qui est plutôt neutre là-bas, c'est vraiment un pays intéressant, je divague un peu, mais c'est vraiment un beau pays, et j'ai fait plusieurs fois cette course, et de plus en plus de monde allait sur le bord des routes,
et c'est vraiment pour ça que je crois que je touche cette photo, c'est de montrer que les gens, ce n'est pas juste faire des courses de vélo là-bas, pour faire des courses, Oman, il y a vraiment quelque chose, et les personnes viennent sur le bord de la route, et ces deux petites filles, je trouve, enfin, ouais, je...
Oui, oui, et alors, moi ce que je trouvais intéressant dans cette photo, c'est que le sujet, vous y allez pour le tour d'Oman, mais le sujet principal, les cyclistes, ils passent en filigrane derrière, le sujet, c'est ces deux petites filles qui effectivement se donnent la main et ne regardent pas du tout en la même direction.
C'est, enfin, je trouve, c'est un moment posé dans un moment un peu brut, parce qu'un peloton qui passe, c'est quand même quelque chose d'un peu, entre guillemets, violent dans l'action, on va dire, et ces deux regardes de petites filles, enfin, je, ouais, je...
Oui, oui, le peloton passe d'une manière un peu furtive. On va se faire la pause musicale, vous êtes avec Thomas Maheuxx, cher ceux qui nous écoutaient, on va s'écouter This is the place de Joshua Idén, on se retrouve pour la deuxième partie de Rayons Libres, oui, vous êtes au bon endroit, Rayons Libres, This is the place, les frérots.
C'est tout sur le rythme et la lave, le rythme, le rythme et la lave.
Rayons Libres, première diffusion le lundi 6 avril, le lundi de Pâques avec Thomas Maheuxx, photographe professionnel, il travaille beaucoup, mais pas que dans le cyclisme, c'était This is the place, est-ce que vous vous dites, vous Thomas, quand vous cherchez votre spot, la place où vous placez pour capturer vos sujets, là, là, j'ai un post-stop pour faire mes photos.
Oui, c'est un travail en amont, déjà, d'essayer de repérer des endroits qui peuvent être intéressants. Après, ça dépend aussi des façons de travailler. Par exemple, si je travaille avec une équipe, souvent on est en voiture, on fait des coupes, et donc en amont, c'est plus facile. On est un peu plus restreint, donc on sait déjà où on veut aller. Après, des fois, je travaille pour des organisations, là, on est en moto dans la course, donc là, ça peut dépendre de beaucoup de choses. On a nos spots, on se dit, ok, c'est là qu'on veut aller.
Mais c'est aussi intéressant de se garder un peu de suspense, on va dire, et faire confiance au moment, c'est ça, parce que d'avoir ces spots, c'est bien, mais du coup, des fois, on est juste fixé sur ces spots et on ne regarde pas forcément ce qui se passe autour de nous, alors qu'il peut y se passer un moment. Par exemple, je reviens à la photo du concours, c'était pas prévu, le spot était pas prévu, donc des fois, c'est aussi important de toujours regarder ce qui se passe autour de nous, enfin, en tout cas, quand on est en moto, pour s'adapter à la situation et trouver le...
le spot, notre spot qui va faire la photo.
En fait, vous êtes presque un photographe animalier à l'affût, quoi.
Ouais, c'est ça, faut toujours être un peu à l'affût. En tout cas, quand on est en moto, ouais, faut, enfin, moi, j'ai toujours, je me débarrasse vite, je fais mes photos, je remonte sur la moto et j'essaye de vite trier ce que j'ai à faire, d'envoyer des fois des photos en live et de le faire rapidement pour, justement, toujours regarder ce qui se passe autour de nous et essayer de trouver quelque chose d'un peu différent.
C'est pas le moment de poster sur les réseaux, quoi.
C'est ça.
J'ai l'intuition ou même plutôt une sorte de conviction personnelle, tellement je suis nul, moi, pour prendre des photos, que photographier un vélo, c'est compliqué. Comment en dessiner un, d'ailleurs, c'est un peu capturer du vide, non, un vélo ?
Ouais, il n'y a pas que le vélo, il y a le vélo, mais il y a surtout la personne dessus.
Et c'est vrai que moi, j'aime beaucoup, là, on parlait des paysages, par exemple, de trouver le spot, mais moi, j'ai souvent dit, je pourrais faire le départ et l'arrivée d'une course et je serais le plus heureux parce que le vélo, donc il y a le vélo, ça, c'est sûr.
Mais il y a la personne qui est dessus, il y a ces émotions, il y a plein de choses à faire ressentir et c'est vraiment moi, je pourrais être heureux à faire que des départs et des arrivées, surtout des arrivées pour les émotions qu'il y a, pour la souffrance, pour la souffrance, le soulagement, la victoire, la tristesse, enfin, c'est plein de choses qui sont vraiment, qui sont très belles à immortaliser, donc c'est plein de choses différentes.
On a beaucoup parlé de l'œil, entre guillemets, l'œil artistique, mais votre matériel, vous avez appris comment et il y a quand même beaucoup de techniques aussi, malgré tout, vous avez continué à apprendre, vous n'avez pas fait de formation de photographe, malgré tout, à un moment donné, il faut quand même apprendre à prendre une photo et à gérer la lumière et la vitesse.
Je reviens un peu à ce que j'ai dit tout à l'heure quand on me pose la question comment être photographe. Là, pareil, pour tout ce qui est matériel, je ne suis pas une référence, c'est que moi je prenais mon boîtier, je tournais les boutons, je voyais ce que ça faisait et puis voilà, en fait, j'adaptais à ce qui se passait avec les boutons.
Empirique !
Il y a plein de gens qui parlaient technique et tout et même encore aujourd'hui, moi je suis là, je tourne le bouton à droite, ça fait ça, je tourne à gauche, ça fait ça. Je ne suis vraiment pas une bonne référence et ce n'est pas que je ne veux pas aider les gens, c'est que j'ai tellement appris sur le tas et que je suis un peu brut là-dessus.
Mais c'est bien aussi. On parlait au début, c'est ce que vous dites, vous dites, moi au départ, j'allais voir le Tour de France, c'était quoi ? Vous y alliez voir le Tour de France avec vos parents ? C'est vos parents qui vous ont initié au goût du vélo ?
Oui, alors mon père était cycliste quand il était plus jeune à son niveau, pas un niveau professionnel, mais du coup, le vélo a toujours fait partie de ma vie un peu et tous les étés, j'allais chez mes grands-parents et on allait voir le Tour de France parce qu'ils habitent en Isère, du coup, on n'était toujours pas loin d'une étape où d'un moment, ça allait passer à quelques, à moins une heure, une heure et demie chez eux. Donc tous les ans, on allait au moins voir une fois le Tour de France, j'habitais pas loin avec mes parents du départ de Paris-Roubaix.
Donc Paris-Roubaix, c'est vraiment ma course favorite et du coup, j'habitais à 30 minutes de Compiègne du départ, donc pareil, ça rythmait un peu la vie quand j'étais plus jeune.
Et aujourd'hui, le vélo, vous avez encore le temps de pédaler soit au quotidien, soit pour faire du sport, soit pour sortir, soit pour être avec les copains. Il est encore dans votre quotidien ou presque ou pas du tout ?
Alors pas du tout. Du coup, après quelques années, je m'étais racheté un vélo et je l'ai mis de côté parce qu'en fait, travailler dans le vélo, refaire du vélo et tout, ça m'avait un peu, je commençais à plus prendre de plaisir.
Mais là, je crois que j'ai encore envie de retourner sur un vélo, mais plus avec une envie de voyage, de découvrir parce que c'est quand même magique le vélo, jusqu'où ça peut nous emmener.
J'avais ici Micro-Sophiane Celi il y a quelques mois et qui disait, je suis monté sur un vélo pour voir où était ma limite et puis il la cherche encore.
Justement, puisqu'on parle de voyage, quand vous photographiez une étape du tour, un peloton en gravel, un trail en course à pied ou un persis comme on peut le voir sur votre compte Instagram, Arnaud du Plottiste,
ou encore la Formule 1, qu'est-ce qu'il y a en commun dans l'exercice de la prise de photos de tous ces sujets-là ?
C'est une bonne question.
Ça fait deux bonnes questions, je suis content.
Qu'est-ce qu'il y a en commun ?
Moi, c'est plus la performance sportive en elle-même. Après, en commun, c'est compliqué de trouver des choses en commun. C'est marrant parce que quand j'ai commencé à faire de la Formule 1,
des fois, je faisais mes réglages et tout, comme si je prenais un cycliste qui passait à 50 km heure.
Quand je voulais faire un filet et je me suis dit, Thomas, tu es un peu bête, ça va beaucoup plus vite.
Il faut tourner plus le bout de la bouche.
C'est ça. Du coup, c'est quelques petites choses à revoir. Mais après, encore une fois, moi, comme je m'intéresse beaucoup au côté humain et à l'humain dans mes photos,
je garde mon œil là-dessus sur les à côté, sur montrer des choses qu'on ne voit pas forcément.
Je sais plus, garder mon œil et l'amener sur tous les différents sports.
Ça vous est arrivé d'avoir une commande sur la Formule 1 ou sur un autre sujet et de sortir une série ?
Il n'y a rien d'exploitable parce que vous vous êtes passé à côté au début peut-être ?
Oui, j'ai sûrement déjà eu des moments comme ça où des fois, c'est aussi un manque d'information.
Mais justement, parce que vous êtes briefé malgré tout aujourd'hui.
Oui, on est briefé. Mais des fois, il y a des briefs où on est briefé sans être vraiment briefé.
Après, j'ai souvent eu la chance d'avoir des clients où on prend pour ce que je fais et du coup, de pouvoir juste faire ce que j'ai envie.
Moi, je fais beaucoup de reportages, je fais très peu de shootings pures, par exemple du commercial, etc. Parce que ce n'est pas quelque chose qui m'anime.
Je reviens toujours aux mêmes choses, c'est que j'aime les moments vrais, les moments humains ou j'aime pas tout ce qui est faux.
Je fais un peu des shootings et c'est vrai que c'est quand même très agréable de pouvoir dire à la personne, refais ce que tu viens de faire, je me suis loupé.
Mais j'aime bien cette petite adrénaline de faire quelque chose où ça va se passer une fois et tu ne pourras pas demander.
Des fois, je ne veux pas demander à la personne de refaire quelque chose, je ne demanderai jamais à un sportif de lever les bras parce qu'il a gagné.
Je veux juste photographier ce qui se passe et laisser les choses se faire. C'est vrai que je suis un peu spécialisé là-dessus.
Des fois, il peut manquer des choses et c'est plus des trucs où on va me dire que ça manque. Par exemple, il fallait prendre les sponsors sur le côté et je vais être là, je ne sais pas.
Mais ça arrive, c'est des choses qui arrivent parce que des fois, il y a tellement de sponsors que c'est compliqué, mais ce n'est pas la partie la plus excitante.
J'espère que mes clients ne vont pas m'écouter.
Mais si, parce que c'est aussi une façon de... Ce qui est important, c'est de l'histoire que vous allez raconter, non ?
Oui, exactement. J'ai fait l'Eco Trail à Paris il y a deux week-ends et j'ai vraiment fait ce que je voulais.
Alors, j'avais ces petites commandes de sponsors, mais j'ai fait que les arrivées et j'ai pris un vrai plaisir et je me suis un peu retrouvé dans cette journée parce que j'ai vraiment fait ce que je voulais.
Je prenais le temps de faire ce que j'avais envie et c'était vraiment cool. Et c'est des moments qui font du bien quand on est photographe.
Faire du bien, ça va être le sujet d'Abel Guggenheim aussi. Abel, c'est notre photographe à nous. Attitré, il photographie la place du vélo à Paris et ailleurs.
Il la raconte ici au micro. C'est le moment d'Abel Guggenheim on t'écoute Abel. Bonjour.
Je vous parlais la semaine dernière du déplacement groupé à vélo d'Emmanuel Grégoire et de ses supporters, juste après l'annonce de sa victoire à l'élection municipale parisienne.
Plus exactement, je commentais l'énorme écho médiatique de ce déplacement. Cet écho a d'ailleurs continué à s'exprimer tant dans le camp d'Emmanuel Grégoire que dans celui de ses adversaires.
Plusieurs articles détaillent l'organisation de ce déplacement, un peu comme si le fait d'avoir préparé l'itinéraire, réservé quelques vélibs, pris contact avec la préfecture de police,
relevait d'un véritable complot dévoilé par de courageux journalistes et enquêteurs. Dans un article paru dans l'Express, la philosophe Julia de Funès utilise une tactique critique classique.
Évoquer des qualités prétendues pour mieux les nier. Le vélo incarnerait une forme d'égalité, il donnerait à voir un élu ramené au niveau commun, il suggèrait que gouverner consiste à être un individu parmi d'autres,
il installerait une impression de normalité. Elle explique alors qu'à son avis c'est faux et démagogique que Gouvernet suppose une dissimitrie, puis détaille l'égalitarisme que met en scène le vélo entre donc en contradiction avec la verticalité structurelle,
propre à tout pouvoir qui doit arbitrer puis trancher pour le plus grand nombre. Le paradoxe est frappant, le responsable politique à vélo veut apparaître comme tout le monde, précisément au moment où il ne l'est plus en devenant élu.
Il est cependant vrai qu'à l'inverse sur internet, un certain nombre d'influenceurs vélos alimentent effectivement une image mystique quasi religieuse du vélo, objet magique qui par sa seule présence apaiserait la ville,
la rendrait avenante et quasi égalitaire, niant par exemple les difficultés avérées de la cohabitation entre cycliste et piéton à Paris, ne voulant pas voir que la transformation rapide de la physionomie et de l'organisation générale de nombreuses rues ne s'assimilent pas si rapidement qu'on pourrait le souhaiter.
Mais c'est Emmanuel Grégoire lui-même qui remet la balle au centre dans un entretien très intéressant et pas seulement du point de vue du vélo ni même des déplacements dans le Nouvel Observateur. La question lui est posée directement.
Après votre victoire, vous avez choisi l'arrivée à Velib à l'hôtel de ville, au risque de renforcer l'image des bobos à vélo à Paris ? Il répond, ce n'est pas bobos, c'est la vie de tous les jours. Ça ne me viendrait pas à l'esprit de critiquer quelqu'un qui habite en province et prend sa voiture. Ce n'est pas donneur de leçons, le vélo est simplement devenu une mobilité du quotidien à Paris, à la fois banale, propre et pratique dans une ville comme la nôtre. Je veux le prendre dans un déplacement sur trois, les deux autres étant en métro.
Mais le plus important est évidemment qu'en plus d'en être ainsi un pratiquant régulier sans préjugé, il démontre sa parfaite connaissance du sujet, qui est capable, par exemple dans une interview à France Info, de parler aussi bien des aspects tant réglementaires que de sécurité, de la mise en place des contre-sens cyclables à Paris et ailleurs que de l'historique des aménagements cyclables à Paris et qu'il le fasse en n'en mettant pas d'aborder le problème des inséminités des cyclistes. À lundi prochain.
Abel Guggenheim, Thomas Maheux, une dernière question. Il y a quelque chose que vous n'avez jamais fait, que vous aimeriez vraiment faire ?
Non, parce que mon objectif c'était de faire Paris Roubaix pour un magazine et ça arrivait très vite.
Voilà, vous pouvez partir en paix, prendre votre retraite sur votre vélo. Merci beaucoup auditeur-auditrice. Ça y est, ce Rayons Libres est terminé, restez évidemment sur 93.1 FM.
On est sur Cause Commune, il est 14h30 si vous écoutez la première diffusion. N'oubliez pas, le vélo est une chance. Je pense que ce serait dommage de ne pas l'enfourcher.
En souriant, on sait jamais si Thomas est par là. Faites-moi penser à rentrer le ventre d'ailleurs. Merci Thomas Maheux pour votre présence et je vous dis à bientôt.
Merci à vous, à bientôt.
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