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#84 – La démarche IA de la Région Ile-de-France avec Antoine Carette

📝 TRANSCRIPTION & RECHERCHE00:00
Parlez-moi d'IA.
Mesdames et messieurs, bonjour.
Je suis un super ordinateur Karl,
cerveau analytique de recherche et de liaison.
C'est une machine qui ressent les choses.
On nous raconte n'importe quoi sur l'IA.
Alors, qu'est-ce que tu en dis, Kit ?
Moi, je n'en dis rien du tout.
La créativité, elle reste du côté de l'humain.
Parlez-moi d'IA, présenté par Jean-Philippe Clément.
Bonjour à toutes et à tous.
Aujourd'hui, nous reprenons notre tour d'horizon des collectivités locales
qui testent et déploient des outils IA au sein de leurs services
avec le témoignage d'une première région.
Eh oui, la région Ile-de-France qui est partie très tôt
dans cette exploration des nouveaux outils IA.
Un bon retour d'expérience en perspective.
Alors, accordez-vous 30 minutes pour interroger une nouvelle fois
le phénomène d'intelligence artificielle sur ces aspects sociaux,
culturels, éthiques, techniques, politiques et bien sûr, territoriaux.
Cause Commune 93.1 FM.
Et vous êtes bien sur Cause Commune.
La voie des communs, la voie des possibles.
Vous nous écoutez sur le web cause-communocingulier.fm,
sur nos app mobiles Android et iPhone,
bien entendu sur la bande FM à Paris 93.1 et le DAB Plus pour toute la France,
en podcast sur votre plateforme de podcast préférée.
Merci, Monsieur Olivier Grégo, notre directeur d'antenne,
de nous permettre cet espace de liberté,
de nous mettre ces si beaux outils entre les mains.
Chers auditeurs, nous n'avançons que grâce à vous et grâce à votre grand pouvoir,
celui du partage et du like.
Si vous appréciez Parles-moi d'IA,
vous pouvez nous aider en likant et partageant notre émission.
Nous aiderons aussi vous lire dans les commentaires.
C'est notre seule récompense finalement.
Et cela nous fait connaître car ça manipule les algorithmes.
Et c'est cool de manipuler un algorithme.
Vous écoutez Parles-moi d'IA.
Cet épisode est une nouvelle fois réalisé en partenariat avec l'AFNOR
dans le cadre de son livre blanc,
IA et Collectivité Territoriale,
qui fait le point sur les stratégies et les méthodes
afin de déployer une démarche IA au sein de l'organisation.
Vous pourrez retrouver le lien de cette initiative dans la description de cette émission.
Nous repartons donc à la découverte d'une démarche IA d'une collectivité.
Cette fois, nous allons nous intéresser à une région
avec toutes ses spécificités de compétences et de politiques publiques.
Notre guide est au cœur de la démarche
puisqu'il est depuis janvier 2022 directeur de la donnée au sein de la région Ile-de-France.
Bonjour Antoine Carrette.
Bonjour Jean-Philippe.
Bienvenue dans le studio de Cause Commune de bon matin, forcément.
Ceci dit, vous avez un peu de chance parce que
le locaux de la région, c'est pas si loin que ça.
Exactement, on est installé à Saint-Ouen depuis 2018.
Alors du coup, parlez-moi d'IA, Antoine,
et on va commencer par une étrangeté que j'ai remarquée.
Vous êtes en poste depuis janvier 2022.
Vous avez donc vécu en direct la déferlante Tchadipiti de novembre 2022.
Vous êtes à l'heure actuelle le pilote de la démarche IA de la région.
Et votre intuitif il est de poste reste sagement directeur de la donnée.
Donc voilà, ni vous ni personne à la région Ile-de-France
n'a voulu vous accoler le petit sigle IA à cette fonction et à ce titre.
Oui, ça aurait été une facilité
parce que ça permet d'asseoir finalement par le titre
une prééminence sur un sujet.
Moi, j'aimerais bien rester sur les principes.
Et quand en fait on parle d'IA et l'IA interesse questionne la société,
fondamentalement, on parle d'un ensemble de technologies
qui transforment de la donnée, donc finalement d'un objet assez technique.
Moi, ce qui m'intéresse, c'est d'en faire des solutions pour répondre à des besoins.
Donc c'est faciliter la vie des Franciliennes et des Franciliens.
C'est faciliter la vie des agents de la région dans leur travail quotidien.
C'est ça le sujet.
Et si je comprends bien, ce que j'ai compris de notre entretien préalable,
c'est que finalement vous restez droit dans vos data
et vous considérez que c'est là quand même la data, la base de tout ça.
Complètement, il n'y a pas d'IA utile
s'il n'y a pas de data nettoyée, propre et gouvernée.
Qu'est ce qui vient déclencher la démarche IA à la région Ile-de-France ?
Alors, c'est extrêmement simple.
C'est l'arrivée de Tchad GPT qui a été le choc culturel pour toute la société,
octobre ou novembre 2022.
Et puis juste derrière, la présidente qui nous demande
comment on utilise cet outil nouveau
au service de la transformation numérique de la collectivité.
Donc très vite, on fait finalement une réaction rapide,
une compréhension assez rapide qu'il y a quelque chose qui est en train de se passer
et qu'il va falloir, si ce n'est tout de suite monter dans le bateau,
en tout cas, regarder et essayer d'anticiper.
Exactement.
Et finalement, c'était un nouvel outil dans une boîte à outils
qui était déjà assez fournie.
En fait, on a depuis des décennies des super outils et qu'il ne faut pas dénigrer.
Oui, vous partiez d'où, en fait, finalement ?
Alors, très vaste question.
En résumé, repartons pas non plus
jusqu'au début du système d'information de la région Ile-de-France.
Très vaste question et peut-être pour rebondir sur le fait
que je suis le premier à témoigner côté bloc régional dans les collectivités.
C'est vrai.
Ça a du sens, parce que finalement, les IA de première génération,
les IA prédictives, les IA plus industriels,
elles sont entrées dans le service public depuis déjà des décennies
au travers des délégations de services publics, souvent,
donc souvent par les délégataires plutôt que par les collectivités,
à la région Ile-de-France où on n'exploite pas de services directs.
Il y a Ile-de-France Mobilité, qui est une entité propre et qui est partenaire
et qui s'occupe des mobilités.
Au conseil régional d'Ile-de-France, le métier principal,
c'est soutenir des projets par un cofinancement, c'est la subvention.
Et donc, la subvention, ça ne génère pas du big data
et donc pas des IA prédictifs de première génération.
C'est l'IA génératif, quand elle arrive, qui percute nos pratiques
administratives et de bureaux pour éventuellement nous aider à les réinventer.
Alors du coup, faisons un petit tour d'horizon de la collectivité justement.
Une région comme la région Ile-de-France, c'est combien d'agents ?
Alors, c'est 1800-2000 agents au siège et 9000 agents dans les lycées.
D'accord, oui. Ah oui, ça quadruple le chiffre, OK.
Exactement et avec des enjeux très différents.
Au siège, on va être sur de l'activité de bureaux.
Dans les lycées, on va être sur des activités plus physiques,
mais par rapport aux besoins qu'on a par rapport à l'IA.
Il y a également des besoins pour le lien avec l'ECRI justement,
pour améliorer l'inclusion numérique.
Et du coup, comment vous les envisagez ?
Qui est-ce qui, pour vous, sont les acteurs de premier niveau pour la démarche IA ?
Est-ce que vous avez un profil type d'agent que vous avez souhaité accompagner
ou faire rentrer dans la démarche ?
Alors, on a commencé, je peux commencer au prémisse, début 2023,
notre première phase, finalement, la préfiguration de ce qui est devenu le programme IA ensuite,
ça a été d'explorer.
Quand la présidente nous demande comment est-ce qu'on met en place l'IA à la région
au service de la transformation de l'action régionale,
on n'avait pas de réponse toute faite.
Immédiate, oui, bien sûr.
Donc la proposition qu'on lui a faite, c'est une démarche d'expérimentation sur plusieurs cas d'usage.
Et là, on a ciblé des personnes qui, parmi nos collègues,
avaient déjà exprimé des besoins pour lesquels on n'avait pas le bon outil.
Finalement, la visseuse électrique, elle n'existait pas encore.
On a été sur huit cas d'usage spécifiques et à ses métiers,
et donc avec des petits groupes d'utilisateurs métiers.
Sur quel cas d'usage, du coup ?
Alors, je vais vous donner quelques exemples.
Par exemple, ma région près de chez moi, qui est aujourd'hui sur Internet,
et qui est vraiment un outil de médiation avec les citoyens.
L'objectif, c'est de permettre aux citoyennes et aux citoyens
de visualiser quel est l'impact concret de l'action de la région sur leur vie.
Et donc, typiquement dans le métier de la subvention,
la région permet la réalisation de projets qui sont localisés sur le territoire.
J'habite dans telle ville, dans telle commune.
Quels sont les projets autour de moi qui, sur les thématiques qui m'intéressent,
ont été réalisés grâce au soutien de la région ?
Ça, c'est un premier exemple.
C'est-à-dire basculer de la logique administrative,
où finalement, on prépare des documents juridiques qui sont soumis au vote des élus
pour permettre la réalisation de ces projets, en informations pour les usagers.
Donc, ce n'est pas la même langue.
Et en quoi l'IA intervient dans ce processus et dans ce cas d'usage ?
Parce que justement, l'IA, c'est un très bon outil pour traduire et faire de la médiation.
On part d'un prisme technico-juridique, administrativo-juridique.
Ah, il traduit.
Et l'IA générative est très adaptée pour essayer de se mettre sous l'angle,
enfin dans le prisme de l'usager, c'est-à-dire je suis habitante ou habitant du territoire.
Qu'est-ce qui a été réalisé près de chez moi dans des termes compréhensibles
et pas un dossier de 200 pages qui est peu accessible ?
Très clair.
Et d'autres cas d'usage au tout début de vos tests ?
Alors, un cas d'usage très interne, par exemple, c'est le tech assistant.
C'est comment est-ce qu'on...
L'assistance informatique qui souvent...
Alors, pour 80% des tickets, des demandes classiques, il n'y a pas de problème.
La personne qui en face identifie assez vite comment répondre à vos besoins.
Pour 20% des tickets qui sont plus exotiques, qui n'arrivent qu'une fois par an,
là, un cerveau humain n'a pas la capacité de comprendre facilement
à quelle procédure, à quelle documentation je dois relier cette demande.
Et c'est des tickets, généralement, qui rebondissent pendant des mois.
Donc là, l'IA générative, elle va être également très très bonne
pour ingérer le millier de procédures de documentation sur les outils qu'on a à la région
et faire le lien entre une demande et cette documentation.
Donc, en fait, accélérer la résolution des...
Un peu en mode RAG quoi.
RAG, c'est-à-dire vous lui donnez des documents et il se base sur ces documents-là
pour répondre à la question.
Exactement.
Donc, la première fonction de l'IA générative, finalement,
c'est la médiation, la traduction, le fait de transcrire d'un prisme à un autre.
La deuxième, c'est ingérer une masse documentaire énorme et la rendre plus accessible.
Donc vous démarrez sur ces cas d'usage-là, un peu, voilà, en exploration.
Et donc, vous nous avez évoqué votre fort soutien,
finalement, d'entrée de jeu de la présidente de la région de France.
Est-ce qu'au sein de l'administration aussi, vous vous sentiez soutenu
et vous vous sentiez effectivement accompagné ?
Oui, très soutenu, très porté.
Donc ça, on a la chance.
Il faut le reconnaître et c'est important de le souligner.
Quand ça arrive, un alignement stratégique très clair
et très confortable pour nous pour avancer.
Est-ce que vous avez, là, je pose un peu des questions génériques,
on l'a déjà posé parce que ça peut donner des inspirations.
Est-ce que vous avez eu besoin d'un événement un peu fédérateur,
un peu de lancement ou finalement, non, ça s'est fait assez naturellement ?
Ça s'est fait assez naturellement.
Au départ, en réponse à la demande de la présidente,
on pensait partir sur deux cas d'usage.
Et puis finalement, comme mon DGA en a parlé à ses homologues,
tout de suite, il y a eu un certain engouement.
On a été sur une petite dizaine de cas d'usage.
Après, il y avait une question de capacité à faire quand même
où on ne pouvait pas tout explorer en même temps.
Donc là, si on reprend un peu, il y a cette phase d'exploration,
on y reviendra après plus en détail.
Mais est-ce que vous arrivez à organiser après coup, finalement,
quelles ont été les grandes phases de votre démarche ?
Exactement, ça a été un an à chaque fois à peu près.
Donc cette phase d'exploration sur 8 cas d'usage démonstrateurs.
L'objectif, là, c'était d'apprendre en faisant
et d'avoir un retour d'expérience qu'on a eue,
qui nous a permis de passer de 2023 à 2024 à une phase 2,
qui était ce qu'on appelait l'industrialisation.
Poser une gouvernance, poser des...
Questionner les principes d'usage, donc tout ce qui est chartes, etc.
On va y revenir.
On va y revenir et développer un outil d'accompagnement
au développement des usages.
Donc ça, c'était phase 2.
Et puis là, on ouvre phase 3, qui est le déploiement
à tous les agents d'usages de la collectivité.
Donc là, on est fin de la phase 1.
Mais déjà, en fait, 2022, 2023, vous avez été très rapide
pour commencer l'exploration, finalement.
C'est aussi peut-être pour ça que vous êtes la région
dont on entend le plus parler sur ces sujets-là,
c'est que vous avez déjà pas mal d'avances.
Et du coup, l'idée de passer à une phase un peu plus constructive
au-delà de l'expérimentation, juste l'expérimentation,
ça voulait dire quoi en termes de groupes de travail ?
Combien de groupes de travail ? Comment ils étaient constitués ?
Est-ce que c'était beaucoup d'agents ?
Est-ce que vous avez cherché la quantité ?
Est-ce que vous avez cherché la qualité ?
On n'a pas cherché la quantité.
En tout cas, c'était pas du tout un objectif.
Et sur chacun des cas d'usage, on a eu une petite équipe
de 5 personnes entre nous, côté transformation numérique.
Et puis le métier, il n'y a pas besoin de plus.
Et puis, à chaque fois, une startup en face.
À l'époque, donc il faut se remettre en 2023.
Le marché des solutions IA, il n'était pas du tout mature.
Il n'y avait pas de solution sur étagère.
Et donc, à l'époque, celles et ceux qui la faisaient le mieux,
c'était les startups qui étaient en pointe dans l'écosystème français et francilien.
Vous avez essayé d'aller chercher les acteurs régionaux aussi
pour finalement favoriser aussi leur éclosion à eux aussi.
Ça faisait partie.
En tout cas, c'était cohérent avec la compétence de développement économique
et de soutien à l'innovation de la région.
Et travailler avec des intégrateurs, en fait,
on voyait bien qu'ils étaient dans le même apprentissage que nous.
Donc, il n'y avait pas de valeur ajoutée à le faire.
Finalement, ça a été aussi une occasion pour nous de travailler en direct avec des startups.
Finalement, d'apprendre aux startups qu'est-ce que la commande publique,
puisque ça, c'est un vrai enjeu et on pourrait faire tout un podcast sur ce sujet.
Surtout sur l'innovation, effectivement.
Exactement.
Et puis nous, d'aller très vite dans l'état de l'art.
Et de ne pas être dans de la pseudo IA, c'est-à-dire tout ce qu'on nous vendait à l'époque,
qui a été rebrandé IA, mais qui, en fait, n'était pas de l'IA générative.
Oui. Et du coup, vous pouvez citer des noms de startups ?
Tout à fait.
C'est encore des entreprises avec lesquelles vous travaillez ?
Exactement.
Il y a la plupart des entreprises où on travaille encore avec elles.
Donc, il y a B-Want, Lighton.
Lighton qu'on connaît bien, puisqu'on a reçu ici Laurent Dodé.
Voilà, tout à fait.
Letria et puis des… Alors, enfin voilà.
Chacune a un peu sa spécificité que vous avez pu creuser dans les cas d'usage en question.
Exactement.
Et puis c'est des solutions qui ont fait évoluer leur feuille de route en deux ans et demi,
trois ans, de manière très intéressante.
Et finalement, le fait de travailler ensemble les a aidés à identifier aussi du besoin.
C'est ça, oui.
C'est important pour les startups en construction de comprendre comment le client a envie de
travailler avec sa solution.
OK.
Donc là, on est toujours dans la phase d'expérimentation.
Il y a la fameuse question de savoir si à ce moment-là, au moment où on passe de la
phase d'expérimentation à quelque chose d'un peu plus généralisé, est-ce qu'on
essaie de concrétiser un peu à la fois les objectifs de la démarche et, vous avez
parlé de chartes, en tout cas de grandes règles du jeu interne, comment vous vous
êtes organisé là-dessus ?
Alors, au départ, on va dire qu'on est dans un cadre qui est favorable à l'innovation.
Le message stratégique qui est passé par la présidente, c'est tester, expérimenter,
allez-y, innover.
Et donc, la posture qui est adoptée immédiatement par la direction générale, c'est s'est autorisé,
c'est permis, c'est même encouragé.
Ce ne veut pas dire de faire n'importe quoi et donc ça, on a renforcé tous les dispositifs
d'accompagnement, la protection des données, sensibilisation dans cette phase, mais on
n'a jamais fermé l'accès à TchadGPT, etc.
D'accord.
Et d'ailleurs, quand on a participé au programme en partenariat avec Laboria, le laboratoire
de sociologie, du travail autour de l'IA, de l'INRIA et DataCraft autour du Shadow AI,
c'est-à-dire le développement des pratiques.
Et en fait, ce qui est assez intéressant, c'est qu'on se rend compte que les collectivités,
les organismes même privés qui ont interdit l'usage de TchadGPT, finalement, en termes
de développement de la pratique, ça a été…
Catastrophique.
Voilà.
C'est-à-dire qu'il n'y a pas eu moins de pratiques dans leurs organisations que dans
celles qui ont dit « c'est autorisé », mais on encadre…
Il valait mieux accompagner qu'essayer d'endiguer le tsunami.
Exactement.
Donc ça, c'est la phase 1.
C'est la première question.
Mais du coup, il y a une charte ou pas ? Ça se concrétise dans quoi finalement ?
Exactement.
On avait une charte des usages numériques, informatiques et data qui existaient depuis
un certain nombre d'années et qu'on actualisait régulièrement.
Ah oui, d'accord.
Et à ce moment-là, donc 2023, on me demande, enfin il y a une forte demande de « il faut
faire une charte IA ». Fondamentalement et de la même manière qu'est-ce qu'on
change le titre de direction de la data pour dire direction de la data IA, moi j'étais
assez bien avec cette charte des usages parce qu'en fait les usages, ça reste les mêmes.
Oui.
Alors ce qu'on a accepté de faire, parce qu'on peut comprendre qu'il y a eu besoin
de contextualiser quelque chose, on a fait une annexe à la charte qui contextualise
les principes de la charte.
Les principes, c'est la protection des données, c'est la souveraineté, c'est la confidentialité,
etc.
La sécurité.
Tout ça, ça ne change pas.
On a fait une annexe à la charte qui nous a permis aussi, en 2024, dans cette phase
d'élaboration, de dialoguer avec les syndicats.
Donc ça a été aussi, c'est une manière d'ancrer de manière formelle.
Ah c'est à ce moment-là que vous avez fait un peu rentrer les organisations syndicales
dans la réflexion avec vous.
Absolument.
D'accord.
Il n'y avait pas eu de demande de leur part avant.
Particulière, oui.
Avant, je pense qu'il y a une question aussi de maturité de la société.
Bien sûr, comme tout le monde.
Mais en tout cas, finalement, c'est passage obligé en CST, c'est l'occasion d'échanger
et finalement de voir s'il y a des convergences ou s'il y a des sujets d'attention.
Passons à la phase 2.
Phase 2, donc un peu de généralisation finalement, de commencer à généraliser les choses.
Et puis un début aussi de réflexion sur l'accompagnement plus global des agents.
Comment vous avez structuré les choses sur la phase 2 ?
Alors en même temps, d'ailleurs que cette charte, c'était cette phase-là, le premier
pas qu'on a fait, c'est on sort d'une phase 1 expérimentation qui est un peu pointilliste
mais volontaire.
C'est-à-dire qu'on a huit cas d'usage, c'est huit bulles les unes à côté des autres.
Nous, on y voit la cohérence, mais c'était des petits projets les uns à côté des autres.
La phase 2 d'industrialisation, elle impliquait pour nous une conviction très forte, c'est
qu'il fallait vraiment collaborer entre la transformation numérique et le pôle RH pour
que ça se...
Que ça infuse.
Que ça infuse.
Exactement.
Et finalement, que tous les impacts organisationnels soient bien inclus dans la question de l'évolution
de l'emploi, etc.
Et donc, c'est le premier acte qui a été posé, c'est la gouvernance et la collaboration
renforcée et quasi quotidienne à certains moments entre la fonction RH et la fonction
de transformation numérique.
Et dans cette phase-là, une des premières idées qui a émergé, c'était...
Alors, il y avait beaucoup de demandes de formation de la part des agents sur l'IA,
mais qu'est-ce que ça veut dire se former à l'IA ? Est-ce qu'on allait devoir transformer
tous les agents publics en data scientists ? Evidemment, c'est un peu provocateur, mais
non, c'est pas la réponse.
Donc finalement, répondre à la question quelle compétence on va chercher à développer parmi
les agents autour de l'IA, c'était pas une réponse évidente.
On a quand même testé deux ou trois formats de formation avec des organismes différents.
De quel type ? Quelle formation de quoi finalement ?
Alors, c'était formation au point d'initiation, c'est quoi, l'IA, etc.
Et puis cette expérience, elle a été assez terrible pour nous, c'est-à-dire qu'on
a participé, nous, en tant que participants pour voir un peu quel était le discours
porté par ces organismes et on s'est dit, c'est pas ça qu'on veut, il y avait des
grosses bêtises.
Alors la plus marquante peut-être, c'est un prompt, c'est une tonne de CO2, c'est
assez anecdotique, mais ça reflète finalement le discours qui était pas calé et qui, dans
une phase d'ébullition, était pas acceptable.
Ça permet de limiter les prompts, du coup.
Non, mais c'est-à-dire que bien sûr, l'impact environnemental, c'est un sujet, c'est un
sujet sérieux.
Mais si on dit n'importe quoi justement et que les chiffres, on n'y prête pas attention,
on va juste dégoûter tout le monde de l'IA alors qu'en fait, il y a une vraie utilité
et une vraie valeur ajoutée à l'IA.
Alors qu'est-ce que vous avez fait comme choix de filmant de contenu ?
Exactement.
On a voulu internaliser, donc on a pris le parti de se mouiller et donc de nous mobiliser
fortement pour cet accompagnement du développement des pratiques et donc on a constitué une
académie avec un objectif qu'on s'est fixé qui était assez ambitieux, c'est d'accompagner
sur un semestre, début 2025, le premier semestre, 10% des agents du siège et un groupe d'agents
des lycées pour 10% pour que ce soit assez massif.
C'est quoi ?
C'est 300 personnes ?
200.
200.
C'est déjà pas mal.
Je les calcule mais c'est très bien 200.
Et donc on a constitué 17 groupes d'une douzaine d'agents en essayant de les recouper
alors en inter-service pour pas que c'est de l'endogamie, mais tout en identifiant
des thématiques communes ou des intérêts communs dans la pratique et puis on n'était
pas du tout dans une logique de formation mais d'accompagnement au développement des
pratiques.
C'est plus académie au sens de lieu de partage accompagné.
Dites-nous ce que vous avez déjà fait, on va vous montrer peut-être comment vous
voyez le faire aussi autrement, l'enrichissement, le partage entre pairs en plus.
Absolument.
Alors sur chaque session, on donne quelques éléments de nourriture, d'information, d'éléments
de contexte, etc. de démos de voilà, on vous met dans les mains un outil et voilà comment
vous pouvez faire.
Mais ensuite, le vrai travail se fait entre les séances dans l'appropriation personnelle
et finalement chaque séance est l'occasion de présenter ce qu'on a fait, qu'est-ce
qui a fonctionné, qu'est-ce qui n'a pas fonctionné.
La principale réponse que j'apportais dans les sessions moi-même aux questions comment
il vaut mieux faire entre ça et ça, la réponse c'était tester les deux, il n'y a pas de
mal.
Comparer.
En réalité, c'est 8 à 10 heures, on va dire, d'accompagnement pour chacun des agents
qui a participé.
Mais si on l'avait fait en one shot sur une seule journée ou deux jours, on n'aurait
pas eu l'effet de maturation et d'exercice personnel.
Là, on voit qu'il y a des personnes qui sont devenues des stars et c'est assez chouette
de les avoir vues s'épanouir et finalement aujourd'hui, on a cherché aussi à avoir
une communauté d'ambassadeurs et de développeurs de la pratique.
Est-ce que l'académie IA a des outils de prédilection et elle vise des outils de prédilection
ou encore une fois, ça reste très général, vous pouvez utiliser ce que vous voulez tant
que vous expliquez comment vous l'avez utilisé, tant que vous avez conscience de comment ça
s'utilise.
Vous aviez ciblé ?
Alors, on a identifié la nécessité pour la collectivité de déployer des outils maîtrisés.
Ça, très clairement, c'est un besoin.
L'usage de l'IA générative, c'est quelque chose qui est tellement naturel et tellement
fluide pour les usagers internes comme externes, qu'on a tendance assez facilement à glisser
à lui raconter tout, c'est-à-dire lui mettre potentiellement tout type de documents, tout
type d'informations, de données et donc aller dans des données qui sont classifiées, qui
sont confidentielles.
Donc, on ne pouvait absolument pas se satisfaire, enfin ça a été une conviction assez rapide
de solutions non souveraines.
Trop généralistes et non souveraines, d'accord.
Voilà.
Donc, on a dès la phase 2, justement, identifié quelles solutions pouvaient porter les usages
bureautiques, on va dire, en tout cas de productivité du quotidien.
OK, on a fait quel choix, quel choix du coup ?
Alors aujourd'hui, c'est Biwant, la solution de la start-up Biwant.
On a identifié quelle était la solution qui nous semblait la plus prête à déployer
avec un modèle qui nous permettait de passer à l'échelle, puisque mine de rien, il y
a une question de coût et de budget.
On va y venir.
Voilà.
Donc ça, c'était un enjeu.
Et la solution Biwant aujourd'hui, c'est celle qui a porté l'Académie IA et qu'on
pourra élargir aujourd'hui à l'ensemble des agents.
Bon, vous m'avez tendu une perche.
C'est quoi le budget de la démarche IA de la région Ile-de-France ?
Alors, clairement, je parlais tout à l'heure de portage dès 2023.
Ce qui a rendu l'action possible à cette échelle, ça a été un acte très direct
et très fort de la présidente, ce qui nous a dit tout de suite.
Je vous donne un million par an pour ce programme-là.
C'est clair et net.
C'est clair et net.
Donc, c'est à la fois conséquent, mais ça a tout de suite permis de passer à une
certaine échelle, là où il y a un certain nombre de collectivités qui ont bricolé
avec les moyens du bord.
Nous, on a cette chance-là, on en a fait des choses qui aujourd'hui sont nombreuses
et à l'échelle.
Mais donc, on a cette possibilité au départ d'un million.
Très bien.
Il y avait ce besoin.
En fait, en dessous, on n'aurait pas pu traiter autant de cas d'usage, on n'aurait pas pu
aller aussi vite.
Aujourd'hui, dans la nouvelle phase dans laquelle on vit en 2025 et 2026, c'est plus
flou le budget qui est alloué à l'IA.
Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, la plupart des éditeurs qui intègrent des fonctionnalités
d'IA dans les outils, ce qui est à la fois une super opportunité, mais aussi plein de
risques parce qu'on a vu apparaître typiquement dans des lecteurs PDF tout bêtes, des fonctionnalités
d'IA.
Et tout de suite, avec nos responsables RGPD et cybersécurité, on a dû courir pour
éteindre les feux, pour bloquer ces fonctionnalités là, pour le coup, non souveraines et non
maîtrisées.
De la même manière qu'avec les assistants, prise de notes dans les réunions, je ne sais
pas si vous en avez vu apparaître dans les réunions en visio à distance.
Il n'y a plus une visio qui est fait sans un individu qu'on ne connaît pas et qui s'appelle
quelque chose d'IA et qui vient écouter tout ce qu'on raconte.
Exactement.
Et ça, pour le coup, on mène la chasse immédiate et définitive.
Ah oui, d'accord.
Ça, c'est intéressant.
Vraiment, vous êtes pour la désactivation de ce genre d'outils complémentaires parce
que vous ne les maîtrisez pas finalement.
Exactement.
En fait, il y a un principe simple, une réunion, il y a 95% de chances pour qu'il y ait des
éléments confidentiels d'information, des données qui soient partagés.
Donc, hors de question, qu'un outil externe non maîtrisé, non contreactualisé rentre
dans la maison.
Et donc, cette démarche, finalement, c'est quoi les grandes perspectives que vous vous
donnez sur cette démarche désormais pour essayer d'être dans la conclusion de notre
échange ? Comment vous voyez les prochaines étapes ?
Alors, c'est simple et encore une fois, donc, ouverture d'une phase 3, le directeur général
des services annonce le déploiement de l'IA et de l'usage de l'IA à l'ensemble des agents
du siège et donc de l'accès à l'outil, ce qui veut dire passage à l'échelle de l'académie
vers de la formation et vers des dispositifs un peu plus industriels.
Ça veut dire qu'on vise 100% des agents qui ont prometté au moins une fois dans leur
vie.
Aujourd'hui, il reste 15% des agents qui ne l'ont pas fait sur notre dernier baromètre.
Oui, on a mis en place un baromètre de la perception et de l'usage de l'IA en interne.
On a fait notre deuxième édition à l'été, donc on a encore 15%.
Là, l'objectif, c'est que ces 15%, il n'est jamais pas promté, qu'ils aient découvert
au moins.
Et puis, un deuxième objectif, c'est 50% des agents du siège qui soient en usage quotidien,
c'est-à-dire ce n'est pas obligatoirement chaque jour, mais en tout cas dans un volume
d'usage, on va dire autour de 5 proms par semaine, c'est-à-dire quelque chose qui
devient raisonnée.
Je sais quand j'en ai besoin, je sais quand ça m'est utile et donc je pratique.
Comme d'autres outils numériques, je l'utilise au quotidien ou régulièrement.
Exactement.
C'est passé de la mode finalement où l'IA, c'est quelque chose plein de paillettes à
quelque chose de beaucoup plus raisonnée, où je suis conscient que l'IA, ce n'est pas
une baguette magique, mais que c'est très puissant, que ça peut m'aider et que je ne
vais pas être remplacé, mais que je vais savoir maîtriser un outil, voilà, c'est ça
qu'on vise.
Vous aviez là un conseil, un message à faire passer à des homologues, pas forcément du
public, mais aussi du privé qui se lancent ou qui vont se lancer dans une démarche
IA, avec tout le recul que vous avez désormais, qu'est-ce que vous leur diriez finalement
?
Déjà, c'est de viser la valeur réelle, c'est de se donner des objectifs, c'est tout
bête et ça n'a rien à voir avec l'IA, c'est pas nouveau, mais il ne faut pas l'oublier
et il ne faut pas que les paillettes de l'IA conduisent à faire des choix qui sont, on
veut faire de l'IA pour de l'IA.
Si la techno devient un objectif, on a tout perdu.
Donc ça, c'est le premier élément, c'est qu'est-ce que j'ai besoin d'améliorer ? Où
est-ce que c'est important et où est-ce que ça a du sens de renforcer le service public,
premier élément.
Deuxième chose, c'est d'oser et de chercher à y mettre les moyens, parce que la transformation,
elle ne se fait pas à coût zéro, elle ne se fait pas à énergie zéro, donc voilà,
c'est tout l'importance d'avoir des objectifs et du sens en lien avec le projet d'administration.
Donc ça, c'est le premier élément.
Écoutez, déjà, c'est deux conseils très importants pour la suite.
Écoutez, c'est l'heure de conclure, Antoine, ça va vite, cette émission, vous l'avez
vu.
Nous, on a réussi quand même à balayer toute la démarche IA de la région Ile-de-France,
merci beaucoup pour ce partage.
Merci beaucoup, Jean-Cyléphe, avec plaisir.
Et puis, merci à vous, chers auditeurs, cette émission, c'est la vôtre, donc n'hésitez
pas à user de votre grand pouvoir en likant et en partageant et en commentant cette émission.
Et puis, on se retrouve très bientôt sur 93.1.
A bientôt.
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