Mylène Juste, « Lumière rouge, vie d'insurgé·e », en direct sur Cause Commune. Les premiers jeudi du mois, je tend le micro à mon invité travailleuse du sexe. Agissez en direct au 09-72-51-55-46. Chers auditeurs, bonsoir et bienvenue à ce 33ème « Lumière rouge, vie d'insurgé·e ». Je suis Mylène Juste, travailleuse du sexe, dite tradie de rue depuis plus de 20 ans. 25 ans presque, un quart de siècle. Et comme chaque premier jeudi du mois, avec ma complice en régie Corinne, nous tendons le micro à mon invité travailleuse du sexe. Bonsoir Corinne, nous sommes en direct sur la radio Cause Commune 93.1. Et vous aurez les images en différé sur YouTube la semaine prochaine. Dès que possible, asap comme on dit. Alors, montée de la pensée fasciste, diabolisation, instrumentalisation, guerre, les politiques déconnent à plein régime, non ? Les dominants craignent tellement de perdre les privilèges, dont ils n'ont même pas conscience, pour la plupart, qui sont prêts à se compromettre avec le fascisme. Ils étaient de tous les mépris envers les souffrances, que leur prévalence, prédominance, supériorité et de classe en gendre, sur les terres et les corps meurtris, exploités et colonisés pour leur confort, voici qu'ils s'associent à l'extrême droite pour tirer à boules et rouges sur un des rares partis des gens. Le parti des gens entre guillemets, vous voyez. J'aime dans ce contexte utiliser le terme prévalence car il induit un rapport à la maladie. Et oui, le racisme, le fascisme, le classisme sont des maladies à combattre ouvertement et même radicalement pour le bien de l'humanité, car ces conséquences sont le mépris, l'exploitation et la maltraitance jusqu'à la mort du vivant. Où nous conduira cette pure folie matinée de calculs, de privilégiés ? Le monde est un endroit dangereux à vivre, non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire, disait Einstein. Je l'ai déjà cité, mais décidément, elle est plus que jamais d'actualité. Je vais me permettre de parler à la première personne dans cet édito pour expliquer jusqu'où peut mener l'activisme pour les droits des personnes exerçant le travail sexuel. Je m'oppose au déterminisme social tout en le subissant. J'aborde le conformisme et le suivisme tout en étant, sur différents aspects, bien obligé d'abdiquer à cause du fonctionnement du système. Je ne sais ni créer, ni inventer et je suis consciente que rester en marge et ne rien faire n'est pas un luxe, que je ne veux ni ne peux me payer. Donc je suis activiste dans mon domaine. C'est, il me semble, tout ce qui me reste en option si je veux passer du stade 1 au stade 5 sur la pyramide de Maslow. Mon activisme pour les droits et l'image des TDS m'a conduit à l'intersectionnalité et dans cette intersectionnalité traumatique j'ai dû me pencher sur différentes thématiques et en l'occurrence le féminisme. Et je souhaitais aborder ce pilier fondamental de nos luttes intersectionnelles en l'illustrant avec le thème de l'injustice épistémique qu'il m'a été offert de creuser et de mettre en relation avec mon combat et celui de mon invité largement concerné avec l'ouvrage Théorie féministe de Camille Froid de Vaud-Metterie écrit en collectif de sachante et experte. L'injustice épistémique, quésaquique. Je pense que bon nombre de nos auditeurs y sont concernés ou l'ont vécu au moins une fois dans leur vie et quel plaisir quand le travail universitaire et intellectuel pose des formules et mots sur ce vécu. On s'y retrouve, on comprend enfin. Ça peut aussi permettre l'acquisition d'outils pour comprendre et affronter l'adversité. La définition basique est courtée et vulgarisée. Une personne subit une injustice épistémique si elle n'est pas adéquatement crue ou comprise parce qu'elle appartient à un groupe social non dominant. Imaginons un agent de police qui ne croit pas le témoignage véridique d'un témoin noir parce que le témoin est noir. On ne le croit pas, c'est un déficit de crédibilité. Ou une femme qui ne peut faire reconnaître comme telle son expérience de harcèlement sexuel car le terme n'existe pas encore, on ne la comprend pas, c'est un déficit d'intelligibilité. Dans les deux cas, le déficit est indu, il survient à cause de biais. La personne noire n'est pas crue car son interlocuteuriste a des biais conscients ou non sur les personnes noires. La femme n'est pas comprise car les ressources conceptuelles collectives qui servent à interpréter l'expérience sociale de diverses personnes ont un accès inégal à l'élaboration des ressources qui sont principalement produites par les hommes et les groupes dominants et qui négligent ou éclipsent l'expérience des femmes et des groupes non dominants. Imaginez à quel point les TDS, les travailleurs du sexe, ne sont pas crus parce que TDS et cette injustice épistémique est l'arme perfide, directe, frontale et violente des abolitionnistes pour étouffer notre parole et faire passer des lois. L'injustice épistémique TDS est souvent le « il y a