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#99 – Rencontre avec Marwan Mohammed, sociologue du peuple

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Bonjour à toutes et bonjour à tous, c'est Liberté Sur Parole sur Cause Commune 93.1
sur la FM.
Pardon, Liberté Sur Parole, c'est une émission proposée et présentée par Eugénie Barbezat
et réalisée par Gilles Brésard que je remercie.
Alors notre invité du jour va nous expliquer comment passer de l'échec scolaire à la
recherche au CNRS sans trahir ni renier son milieu d'origine.
Votre livre, Marouane Mohamed, bonjour puisque c'est vous notre invité, votre livre s'intitule
« C'est pas gagné », il est paru aux éditions du Seuil et on y trouve les réponses à cette
question.
Vous êtes sociologue, chargé de recherche au CNRS et dans cet ouvrage vous nous offrez
une socio-autobiographie assez rare, soit le récit d'un déplacement social analysé
de l'intérieur, une remontada comme vous l'appelez, vous nous expliquerez pourquoi
depuis une orientation subie, un échec scolaire, je crois que c'est chaudronnier que vous
avez failli être, jusqu'au CNRS et vous racontez moins une ascension qu'un apprentissage
collectif fait de médiation, de lecture, de rencontre décisive, une manière de rappeler
que les trajectoires individuelles sont toujours des constructions sociales et que sans complices
ni alliés rien n'est possible.
Marouane Mohamed, votre histoire n'est ni un conte de fée républicain ni une revanche
individuelle, c'est une plongée dans les mécanismes de la reproduction sociale et
les ressorts fragiles mais réels de la mobilité sociale.
C'est aussi un regard acéré et décillé sur le monde associatif, celui de la politique
locale, sur les modes d'accès aux postes dans la recherche publique et la difficulté
d'être regardé comme un chercheur comme les autres quand on est racisé et qu'on a
vécu et travaillé dans une bonne lieu populaire du Val-de-Marne.
Alors cette autobiographie teintée de sociologie ce n'est pas votre premier livre, vous avez
notamment publié Islamophobie, comment les élites françaises fabriquent le problème
musulman en 2013, également Ya en brouille, sociologie des rivalités de quartier en 2023
qui renoue avec les travaux initiés très tôt dans votre carrière puisque dès 2007
vous aviez publié avec Laurent Muchelli les bandes de jeunes, des blousons noirs à nos
jours, et puis en 2011 vous publiez la formation des bandes entre la famille, l'école et la
rue.
Je crois que c'était un condensé de votre thèse celui-là, c'est ça.
Première question d'ailleurs maintenant c'est pourquoi avoir choisi d'écrire ce livre
aujourd'hui maintenant ? Est-ce que vous avez hésité avant d'exposer votre parcours scolaire
difficile, est-ce que vos motivations seront personnelles, sociologiques, politiques ?
Il y a deux démarches, d'abord bonjour, il y a deux démarches, il y a écrire et publier,
ça n'arrive pas au même moment.
Je n'ai pas choisi d'écrire sur moi parce que c'était une obligation pour obtenir
mon habilitation à diriger les recherches, qui est le diplôme qui permet de devenir directeur
de thèse, et puis ce qui permet de passer un concours interne CNRS, d'être promu,
donc c'est quand même une étape qui est importante, c'est le dernier diplôme à obtenir.
D'accord, c'est une sorte de CV, c'est quoi cette… je ne savais pas qu'on écrivait
sur soi.
L'habilitation à diriger les recherches, c'est un diplôme comme je l'ai dit pour
des personnes qui sont au moins à la mi-temps de leur carrière, pour le dire rapidement,
et en fait ça consiste en un dossier avec un manuscrit original qui était Ia tambouille,
un dossier de publication, une synthèse des recherches, un projet de recherche pour les
années qui viennent, et un mémoire réflexif.
Ah c'est ça.
Ce mémoire réflexif, il consiste en gros à utiliser les outils de la sociologie pour
expliquer comment, pourquoi et quel type de sociologue on est devenu.
Voilà.
Et c'est ce mémoire réflexif qu'on nous demande et qu'il doit faire entre 60 et 80
pages en tout cas dans l'université dans laquelle je me suis inscrit, Paris 8 Saint-Denis.
Ce n'est pas les mêmes demandes ailleurs, par exemple si j'avais passé mon habilitation
à diriger les recherches à l'école normale supérieure, le dossier était moins exigeant.
D'accord.
On demandait moins de choses.
Donc je passe… on me demande d'écrire ce mémoire réflexif, et pour être tout
à fait honnête, je ne voulais même pas m'inscrire à l'habilitation à diriger les recherches
parce que j'étais sur la fin de l'écriture de mon mémoire… de mon livre là sur les
rivalités de quartier, j'étais vraiment très fatigué, c'est fatiguant d'écrire.
J'étais épuisé et c'est ma femme qui m'a dit « t'as un mémoire original, passe
ton HDR ». Du coup au début j'étais vraiment très réticent, puis c'est elle qui a trouvé
les mots, qui a été convaincue, enfin qui m'a convaincue, pardon.
Et donc c'est comme ça que j'ai passé l'habilitation à diriger les recherches.
Et c'est comme ça que je me suis écrit ce mémoire réflexif, sauf que des 60 pages
prévues j'en ai pondu 250, donc il s'est passé quelque chose dans l'écriture.
Et s'il s'est passé quelque chose, c'est que je me suis dit « ok, il va servir à
mon jury pour m'évaluer, pour obtenir un diplôme, mais à quoi il peut servir d'autre ? »
Et c'est dans le « à quoi il peut servir d'autre ? » parce que j'aime beaucoup
mon jury, il a de très bons niveaux, mais écrire autant de pages pour 4-5 personnes,
c'est un peu frustrant, passer autant de temps.
Et je me suis dit « à qui il pourrait servir d'autre ? » et je me suis dit « peut-être
à des maroines qui commencent la sociologie ou à des maroines qui finissent leurs études
avec beaucoup de doutes, de manque de confiance, etc. » C'était un peu ça qui m'a motivé
en me disant « peut-être qu'il va circuler dans les universités pour les étudiants
pour travailler dessus.
Du coup, alors j'allais finir par ça, mais je ne peux pas m'empêcher de le dire.
Maintenant, vous êtes un peu prosélite en sociologie.
Ouais, alors je fais très attention à ce mot-là.
Mais je sais, je le dis pour rire, moi, c'est-à-dire que votre seul prosélitisme que j'ai découvert
dans ce livre, c'est votre prosélitisme en nous glissant des noms.
Toujours la bonne petite citation qui va bien, on se dit « mais faut que je lise ce bouquin
de Bourdieu, mais faut que je lise ce bouquin, ça donne envie ! »
Oui, on peut dire que oui, j'aime beaucoup ma discipline, j'aime beaucoup les sciences
humaines et sociales et j'aime beaucoup la sociologie, donc oui, j'en parle avec une
volonté de transmettre.
Mais l'idée de publier vient après, c'est-à-dire que moi, au début, je doutais, je n'étais
pas sûr de publier, les membres de jury ont lu le mémoire et m'ont poussé à le publier.
Moi, j'ai hésité un peu, voilà.
Et pourquoi ?
Par pudeur, parce qu'il y a beaucoup de choses très personnelles, parce que je n'engage
pas que moi en écrivant ce bouquin, j'engage des proches, j'engage des amis, donc il fallait
leur autorisation, j'écris pas contre les miens, donc voilà, j'étais plutôt hésitant
par rapport à ça, et puis finalement, l'idée de publier est venue au bout de quelques mois.
Au début, j'étais un peu hésitant, et puis une fois qu'elle est venue, j'en ai discuté,
autour de moi, j'avais un peu les feux verts.
Là, je me suis mis à rechercher un éditeur, c'était un autre chemin qui commençait à
le faire relire, et puis voilà.
Et il y avait déjà cette métaphore footballistique, cette idée de présenter ça comme une remonte
à date quand vous l'avez fait pour votre jury ?
Non, pas tout de suite, pas tout de suite, le foot était présent, mais parce qu'il
est présent dans ma vie, donc le foot a une place dans ce livre-là.
Et alors pourquoi vous n'êtes pas devenu zidane ?
Mais parce que je n'avais pas le niveau, tout simplement.
Oui, mais vous n'aviez pas le niveau pour faire chercheur au CNRS, et vous êtes devenu
chercheur au CNRS.
Oui, mais on peut acquérir des compétences intellectuelles par le travail, c'est plus
compliqué d'acquérir le talent nécessaire pour percer à haut niveau, même en y travaillant
beaucoup.
Voilà, ce n'est pas le même type de compétences qu'on peut acquérir, donc si j'ai envie
de devenir sprinteur, je vais vite tomber sur des limites physiques ou physiologiques
ou autres.
Et sur le ballon, non, je pense que je n'ai pas été stimulé très très tôt et j'avais
un bon niveau, un bon niveau départemental sans plus, mais c'était déjà très bien.
Après, ce qui compte pour moi, ce que j'aime dans le football, ce n'est pas le fait de
devenir pro ou toute l'industrie du football.
Ce que j'aime dans le football, c'est ce qui crée dans les relations entre les gens,
la joie qu'il peut créer, le collectif que ça implique.
Pas que de la joie, vous vous racontez aussi, et d'ailleurs je crois que c'était votre
premier pour votre mémoire de maîtrise, vous vous racontez que le football c'est aussi
de la violence potentiellement.
Oui, mais c'est d'abord de la joie, si on fait le bilan, c'est beaucoup plus de moments
plaisants que de moments problématiques. Vraiment, c'est pour ça que je reste attaché
à ce sport.
Si le ratio s'inverse, je prendrais mes distances.
Mais je suis plus attaché au football amateur, même comme outil de travail social.
Oui, parce que vous avez fondé, on y viendra, un club de football, mais c'est du futsal,
c'est autre chose que du football, mais on joue quand même avec un ballon et des buts.
Il y a des buts, on joue au ballon, il y a un collectif, il y a un public, il y a des
championnats, c'est toute une histoire, c'est toute une aventure collective aussi.
Pour vous répondre, ça a été un processus d'application sur la Montada, juste pour
aller au bout de la réponse. C'est dans le travail avec mon éditeur et dans le travail
avec mon éditeur, Vasile Estil, au seuil, que dans nos échanges, qui est venu l'idée
de tirer, donc il a joué un rôle lui en tant qu'éditeur, dans l'idée de filer la métaphore,
de filer la métaphore, de tirer les fils, de lier les fils, et donc il a quand même
pas mal contribué à ce que ça prenne cette forme-là.
Il est aussi passionné de foot, votre éditeur ?
Oui.
Oh la voilà ! Elle est là l'histoire ! Et alors, bien sûr, on va expliquer ce titre,
et puis il est quasiment expliqué sur la couverture du livre, il ne s'est peut-être pas gagné
parce qu'il y avait, je crois, la reproduction de votre vrai bulletin scolaire de, je sais
plus quel...
Fin de troisième.
Fin de troisième, voilà. Et ce titre, C'était pas gagné, comment il vous est venu ?
Ah ben il était là. C'est ce que vous vous dites, c'est une sorte de mantra, c'était
pas gagné.
Ouais, c'est surtout ce que ma mère répète à tous ceux qui m'ont connu gamin, et qui
me voient aujourd'hui, et qui lui disent, j'ai vu Marouane, machin, joli parcours, et
ma mère, elle aime bien tempérer les choses, de ne pas jouer, de ne pas en faire une question
d'égo, donc tout de suite elle rafraîchit tout le monde, et puis elle, elle a vécu
toute cette période-là et elle a souffert de mèche d'échec scolaire, ça a été très
dur pour elle, donc de dire c'était pas gagné, de prendre cette phrase-là qui vient de chez
ma mère, c'est aussi une manière de dire qu'elle a tout fait pour que ce soit gagné,
ça n'a pas été gagné, elle en a souffert, et c'est aussi une manière de rendre hommage
à ses efforts à elle.
Est-ce que vous pouvez parler un petit peu de l'enfant que vous étiez, puis de l'élève
que vous avez été aussi, et puis aussi, je me suis vraiment posé la question en lisant
votre livre, et j'en parlais encore avant cette émission avec mon réalisateur, on
se disait, demandez s'il n'y avait pas cette histoire quand même de mobilité, c'est-à-dire
que vous avez vécu dans le centre de Paris, ensuite en banlieue, en cité, vos parents
ont eu un parcours migratoire, le fait d'avoir connu, je ne sais pas si on doit parler des
racines, mais tout simplement la mobilité très jeune, et puis que la famille et cette
expérience de la mobilité, est-ce que ça prépare pas quelque part, même de manière
à la mobilité qui peut favoriser la mobilité sociale ? Je n'allais pas dire que la mobilité
géographique favorise toujours la mobilité sociale, mais il y a quand même cette expérience
de s'habituer à l'inconnu, et je pense que c'est par rapport au blé d'art français
ou pas français d'ailleurs, il y a quand même un petit atout là au départ ?
Je ne sais pas si c'est un atout de toute manière, si on regarde l'histoire de nos
familles sur le très long terme, mais c'est valable pour beaucoup de familles, c'est beaucoup
d'histoires de mobilité, que ce soit la famille qui quitte la campagne marocaine
pour aller en ville, c'est énorme comme déracinement, si on prend mon grand-père
yéménite, qui lui a vécu dans la mobilité parce qu'il était marin en fait, il était
chauffeur pour la marine marchande, donc il a beaucoup bougé avant de se fixer à Casablanca,
il est en mobilité, et puis mes parents, ma mère ne voulait pas venir en France, c'est
plus mon père qu'elle a rejoint, mais ma mère ne voulait pas venir en France, pour
ma mère, elle a venu en France à un déclassement, elle était steno dactylo, travaillée, c'était
très valorisé d'être steno dactylo, ça veut dire qu'on maîtrise la langue, et c'était
un vrai statut social, elle arrive en France, elle trouve les boulots qui sont accessibles,
elle est concierge, et concierge à l'époque, on nettoie, on distribue le courrier, on fait
beaucoup de choses.
C'était pas une vocation pour elle.
Mais dans le centre de la capitale quand même.
Mais c'est ça qui fait quand même, à mon avis, la différence par rapport à d'autres
personnes, c'est que nous on est populaire minoritaire, mais dans le centre de Paris,
et ma mère est concierge dans la galerie Vivienne, pour ceux qui ne connaissent pas,
allez-y c'est magnifique comme lui, c'est magnifique comme lui, donc moi, je grandis,
mon environnement, c'est ce passage couvert qui était le centre commercial à la belle
époque.
Bien sûr.
C'est juste magnifique, allez-y.
Oui, on est à côté de Sciences Po, on est à côté des grandes universités parisiennes,
tout ça, c'est votre, vous n'allez pas être trop dépaysé après en fait ?
Bah si, justement, mais oui c'est les écoles Vivienne, Louvois, du centre-ville, c'est
le deuxième arrondissement, j'apprends à jouer au foot au Palais Royal, tout le monde
n'apprend pas à jouer au foot au Palais Royal, même si c'était interdit de jouer au foot
au Palais Royal à l'époque, mais tout ça pour dire que, oui, il y a cet environnement
là qui ne me favorise pas, moi en tout cas, dans ma scolarité, parce que l'échec vient
comme dans beaucoup de familles populaires, par contre, me préserve pendant pas mal de
temps des transgressions de la rue ou de certaines mauvaises influences, puisqu'on
a très peu de mauvaises influences localement, je pense que la différence, elle est surtout
là.
Donc, c'est une vraie précarité au niveau du logement, c'est très petit, on n'a pas
de douche, donc on n'a pas de douche, on se douche soit chez des amis, soit au bain
public, c'est pas toujours bien fréquenté les bains publics, donc c'est pas très confortable
au niveau des conditions d'existence, et puis on est séparés, pareils, enfants, je pense
que ça explique beaucoup de mon échec scolaire, c'est que j'habitais pas au même étage que
mes parents, donc voilà, c'est ce contexte-là, bien sûr, qui a fait que j'ai passé les treize
premières années de ma vie dans un cadre très mixte socialement, et ça socialise
d'une certaine manière, ça c'est évident.
Et ensuite, vous arrivez dans le Val-de-Marne, pour le coup dans une cité à chez l'Allemagne,
c'est ça.
Et pour vous, c'est quoi, parce que là du coup, vous habitez, vous avez plus de places,
tout est différent.
On a plus de places, l'appartement est grand, on a une douche, une salle de bain, c'est
le grand luxe.
Pour nous, c'est une vraie mobilité résidentielle, juste en termes de conditions d'existence
très matérielles.
Par contre, c'est une cité populaire, classique, avec une forte proportion immigrée, énormément
de nationalités très différentes.
Comment elle s'appelle ?
La cité des Hautes-Nous, qui est déjà classée zone urbaine sensible et qui est quartier
prioritaire aujourd'hui, et en fait, c'est à peu près 6 000 habitants sur un kilomètre
carré.
Toujours aujourd'hui ?
Toujours.
La densité, des relations sociales très intenses, tout est amplifié dans la vie de
quartier.
Les interactions quotidiennes, la densité, l'intensité, l'entraide, la solidarité,
la curiosité, le bruit, tout est amplifié, puis aussi les bêtises.
Parce que là, la vie de cité, dans l'espace public, ce n'est pas l'espace public du centre
de Paris.
On voit des choses, il y a une forte attraction des choses, les tentations ne sont pas du
tout les mêmes.
Les appels de la rue ne sont pas du tout les mêmes, et ça je pense que pour un gamin
qui est en échec scolaire dont la scolarité se dégrade de plus en plus, ça ce n'est
pas neutre.
Ce qui est intéressant dans ce livre, c'est que vous n'avez pas du tout une vision angéliste
de la banlieue.
Alors vous notez ces solidarités, mais il y a aussi, vous parlez d'un certain virilisme,
vous n'êtes pas, enfin vous êtes assez lucide aussi sur ce qui a été votre environnement,
ce qui est vos amis, enfin voilà, comme dans à peu près tous les milieux que vous allez
décrire dans ce livre, vous êtes assez décillé sur la question des relations de domination
entre les grands et les petits, entre les filles et les garçons, notamment en banlieue.
Oui, ce qu'on attend d'un sociologue, c'est d'être lucide, c'est vrai, mais oui, je suis
même un peu embêté moi quand j'entends des discours sur la banlieue qui tendent soit
d'un côté soit de l'autre.
En fait, comme dans tous les milieux sociaux, il y a les deux côtés, ils interagissent,
ils sont articulés et donc tout n'est pas beau, tout n'est pas agréable à vivre au
quotidien quand on vit dans les quartiers populaires, on peut passer d'un moment de
forie collective, mais assez unique vraiment et puis juste après, ça peut devenir très
violent, très dur, très dangereux aussi.
Il y a des règles implicites de solidarité qui font qu'on ne lâche pas les copains même
quand ils vont faire des conneries ou se placer dans des situations dangereuses.
Il y a toute une économie morale, il y a tout un système d'obligations morales auxquelles
il faut se soumettre pour appartenir au collectif et même si on ne se soumet pas, ça fait pression
sur nous parce que même si on ne se soumet pas, derrière ça, si on ne suit pas, il y
a une sanction, même si c'est que verbal, mais il y a une sanction, il y a des formes
d'exploitation des grands sur les petits, des formes de domination des garçons sur
les filles.
Ce vérilisme très hégémonique dans la rue, il contribue à construire des masculinités
ou à contraindre des masculinités, même si elles ne sont pas épanouies ces masculinités,
ça fait contraindre ce masculinisme dès lors qu'il est hégémonique, donc il faut
aussi se positionner par rapport à ça et puis je raconte qu'il n'y a pas besoin
d'avoir d'appétence pour la violence pour se retrouver dans des effets de violence.
Je pense qu'on ne se rend pas compte à quel point le jeu des solidarités et la fréquence
d'apparition des violences fait qu'on a davantage de chances de se retrouver dans
des histoires et de se mettre en danger, en gros danger, que je n'ai pas eu à Paris.
Si il y a peut-être une grande différence avec Paris, c'est pas quelle classe social
appartient, c'est quoi que j'expérimente dans l'espace public, c'était plus ça
ou ça, ça jouait de manière assez forte et de l'autre côté, des solidarités, de
l'entrée, de la créativité, des expériences folles, de l'humour, beaucoup, beaucoup d'humour,
beaucoup, beaucoup de rire, beaucoup plus qu'à Paris, beaucoup plus à Paris, c'est
plus chaleureux, c'est plus vivant mais c'est aussi plus violent.
Et alors, bien sûr, vous parlez d'échecs scolaires, quand est-ce que et comment et
à quel moment vous avez compris que vous étiez en difficulté ? Est-ce que ça tient
au regard de vos parents, des enseignants, des conseillers d'orientation ou en tout
cas de celles que vous décrivez dans le livre ? Comment vous avez pris conscience qu'il
y avait une sorte de divorce qui était en train de se jouer entre vous et l'école ?
Je pense dès la fin de primaire.
Dès la fin de primaire, alors déjà, sur mon livret de fin de troisième d'orientation
vers la sixième, il y a écrit deux mots, « devrait suivre », c'est du conditionnel,
les gens ne sont pas sûrs.
Pourquoi dès la fin de primaire ? Mais parce que dès lors que…
Devrait suivre ?
Oui.
C'est-à-dire ?
En fait, ils ont estimé, quand je passe en sixième, ils ont écrit, il y a des observations
et puis il n'y a que deux mots dans mes observations, il y a écrit « devrait suivre ».
Suivre, ça veut dire passer la classe, c'est ça ?
Devrait suivre sa scolarité, devrait être au niveau.
Ah ouais.
Déjà, le conditionnel un peu vexant quoi.
Mais très réaliste en même temps.
Très réaliste.
Je veux dire, on peut le voir du côté vexant, on peut aussi le voir comme un verdict assez
réaliste par rapport à mes capacités.
Moi, je pense que dès la fin de primaire, je sens que le rapport à l'école est compliqué
parce que j'ai besoin de, un, mentir, deux, tricher.
Dès qu'on est dans une activité sociale, une activité scolaire, dans une scolarité
où on ment beaucoup à ses parents, oui, j'ai fait mes devoirs, qu'alors qu'on
ne les a pas fait aux instituts, oui, oui, j'ai eu tout bon pour avoir une bonne note
alors qu'on n'a pas appris sa leçon, ou bien tricher.
Prendre son tableau, vous avez combien ? C'est ça, à l'époque, on avait notre
ardoise Véleda, on écrivait les réponses, qui a bon, on mettait nous-mêmes nos notes,
sauf le jour où on allait au tableau, on se rendait compte qu'on n'avait pas appris,
mais globalement, j'ai eu des résultats à peu près corrects comme ça, dans l'estimation,
mais en fait, c'est pas, il y a déjà des signes de fragilité, et moi, c'est là
que je le comprends.
C'est là que je le comprends, je me dis, bon, ça va être compliqué, mais j'ai quelques
bonnes bases, une bonne école, donc les bases sont acquises, donc je peux survivre un peu
comme ça jusqu'au début du sixième, mais après, ça ne tient plus, ça ne peut pas
tenir.
Et là, forcément, au niveau des notations, on décline, et puis moi, j'arrive dans un
lycée porte-de-clichi, dans un collège porte-de-clichi, qui est quand même assez populaire.
On n'est pas très loin, dans cette région.
On n'est pas très loin d'ici, bah on est au collège de l'Orée de Balzac, on est vraiment
à côté.
Et en fait, il y a beaucoup de profs, dès lors, qui sont dans ce cadre-là, qui sont
quand même beaucoup moins naïfs que mes instituts au centre de Paris, quoi.
Donc moi, je prends souvent l'exemple d'un prof de physique et d'un prof de français,
ils avaient la même technique, c'est qu'ils surveillaient les contrôles avec des lunettes
de soleil.
Voilà.
Ah oui, c'était...
C'est technique, hein ?
Oui, ben oui.
Mais forcément, la moyenne globale de la classe était inférieure à d'autres profs.
Et par contre, j'ai eu une prof en biologie, qui était une jeune prof, qui venait d'avoir
son KPS, qui sortait de la FAQ, qui était pleine de bonnes volontés, qui voulait enseigner
dans le populaire, mais était naïve, et on avait quasiment tous vingt de moyennes dans
son cours.
C'est le cas que les collègues lui disent, s'il a cinq partout, il a vingt chez toi,
c'est pas qu'il est passionné de corps humain.
Et donc voilà, c'est comme ça que ça s'est fait, et au fur et à mesure, les lacunes
s'accumulent et ça devient...
Vous avez à un moment plus été en cours, plus été à l'école ?
Oui, bien sûr.
En fait, le corollaire du manque de travail, c'est qu'on est démobilisé scolairement.
C'est-à-dire, on est dans les murs, mais pas dans l'activité scolaire, donc on s'ennuie
en cours, donc on sèche et on fait des bêtises, on sèche, on fait des bêtises, plus on fait
des bêtises, plus on sèche.
Et donc j'ai commencé à avoir, oui, beaucoup d'avertissements de conduite et puis problèmes
de ponctualité.
Mais à l'époque, il n'y avait pas pre-note.
Oui, c'est ça.
Non mais c'est ça, c'est qu'on recevait des courriers, on recevait des courriers avec
les bulletins, on recevait des courriers avec...
J'ai eu parfois ce petit vertige, parce que tout le monde a fait ça, et pas que à porte
de cliché, y compris dans la campagne.
Bien sûr, on chopait le bulletin qui arrivait.
Exactement, on chopait le bulletin et on prend le Tipex et on fait des photocopies, on modifie,
mais à un moment donné, les gens étaient convoqués.
Mais à la campagne, c'était plus difficile d'avoir accès à une photocopieuse, mais
on y arrivait quand même !
Oui, nous on se débrouillait pour en avoir, mais bon, c'était pas viable, et puis surtout
les convocations aussi.
À un moment donné, quand ça ne va pas bien, ils sont convoqués, donc là on ne peut plus
jouer.
Qu'est-ce qui fait que vous n'avez pas commencé, je ne sais pas à l'époque, si c'était déjà
le cas un peu partout, à faire vraiment des grosses bêtises, à vous laisser enfermer
dans des trafics.
Le collège, c'est souvent aussi le moment où les petits deviennent guetteurs, ils peuvent
tomber dans des trucs un petit peu non seulement illégaux, mais surtout dangereux, et vous
avez quand même échappé à ça !
Bah on fait tous plein de bêtises, mais je veux dire, il y a une petite délinquance
qui est initiatique, mais qui n'est pas propre au milieu populaire, donc ça, on est beaucoup
à le faire, mais ça reste des bêtises avec certaines limites, les trafics non, mais parce
que ceux qui m'ont éduqué, ont parvenu à me transmettre une ligne par rapport à ça,
la question des drogues.
Et c'était parlé à la maison, par mois ils vous ont parlé ?
Et puis mes parents ils ont grandi dans un quartier très populaire de Casablanca, où
il y avait aussi beaucoup de trafics, donc même quand j'allais en vacances, la figure
du drogué, c'est une figure extrêmement disqualifiée, la figure du vendeur, elle est extrêmement
disqualifiée, donc toute l'éducation familiale, l'éducation morale, les religieuses, tout
ça, mine de rien, ça produit des effets, mais ça n'empêche pas de faire d'autres
trucs.
Et en arrivant au quartier, c'était encore plus fort !
Parce que vous aviez commencé les petites bêtises, y compris quand vous étiez encore
dans le centre de Paris ?
Oui bien sûr, mais après c'est une période où tout le monde voulait taguer, par exemple,
taguer…
C'était de l'art !
Ouais, moi ce n'était pas de l'art, c'était plutôt sale, je n'ai pas fait ça très
longtemps, il y avait des vols, c'était toute une période où ça volait, ça dépouillait,
donc c'est toutes ces bêtises-là, mais c'est beaucoup des atteintes aux biens, et
puis beaucoup de bêtises pour faire les kékés ou le cacou, pour faire les malins, mais non,
ce n'était pas une délinquance qui était violente d'une part, ou très structurée
d'autre part.
Mais du coup, à un moment, c'était quoi les rapports ? Qu'est-ce qu'ils vous disaient
vos parents ? Il va quand même falloir faire quelque chose du petit marron à ce moment-là.
Et donc du coup, comment vous voyez votre avenir ou vous ne le voyez pas du tout ? Vous avez
quoi comme modèle ?
Je pense que le marron à l'ado n'était pas bien dans sa peau, il était très inquiet,
il refoulait l'avenir, il refoulait ses doutes, il refoulait beaucoup de choses pour essayer
de vivre au maximum le présent et d'aller chercher dans les plaisirs quotidiens, les
petites gratifications quotidiennes, quelque chose pour survivre un peu, c'est très précaire
mais c'est comme ça qu'il fonctionnait comme beaucoup d'ados aujourd'hui. Comme beaucoup
d'ados aujourd'hui, il n'y avait pas forcément de modèle, les modèles étaient trop éloignés,
les modèles étaient trop éloignés.
Vous aviez des grandes sœurs, une grande sœur, une grande sœur et après des plus
petits.
Des plus petits, oui.
Moi je suis le premier garçon.
Donc il y avait ce souci là aussi, c'est que moi j'étais plus la personne qui inquietait
mes parents sur l'exemple que j'allais donner à ceux qui arrivaient derrière. C'était le
mauvais objet à un moment donné de la famille, ma sœur, elle a eu son bac, elle a essayé
d'aller faire un peu de fac, ça ne lui plaisait pas, elle a été travaillée immédiatement
mais elle bossait quoi. Elle bossait, elle avait des revenus très autonomes, elle bossait
dans une galerie vivienne notamment. Mais sinon non, moi j'étais le sujet d'inquiétude
numéro un pour mes parents et pendant très longtemps, non, je vivais jour le jour, j'étais
dans le présentisme. On laisse les années se passer, je pense très inquiet par rapport
à la suite, mais pas suffisamment désorganisé pour aller faire n'importe quoi non plus.
J'étais entre les deux.
Il y a quand même un truc qui vous enfonce un peu, c'est la manière dont vous regarde
par exemple la conseillère d'orientation. Vous racontez cette expérience plutôt violente
quand même, pas très loin d'ici, c'est toujours à porte de cliché là. On vous propose de
faire de la chaudronnerie, ce qui vous étonne un peu.
Oui, alors moi au contraire, je pense que j'essaie de ne pas avoir un regard trop sombre
sur cette conseillère d'orientation. Bien sûr c'est violent mais en fait je sais très
bien qu'on ne va pas me proposer une seconde générale et je sais très bien que je n'ai
pas le niveau pour aller en seconde générale. Je veux dire, c'est acté dans ma tête. Mon
souci c'est comment je vais l'annoncer à mes parents ou comment est-ce qu'on va passer
ce cap là de je vais aller en BEP et eux, leurs attentes c'est que tous leurs enfants
aillent en générale ou en seconde technologique mais pas en BEP qui est pour beaucoup de familles
un symbole de l'échec et ça entérine ça.
Oui parce que vos parents, c'est pas vos parents, ils ont quand même tous les deux. C'est plus
classe moyenne quand même. Intellectuellement je veux dire en termes de niveau d'études,
en termes de qualifications. Alors oui, socialement parlant, économiquement parlant c'est pas
du tout la classe moyenne à l'époque. Par contre au niveau de l'ambition scolaire, les
attentes sont fortes, notamment de ma mère qui la porte plus parce que elle c'était
une excellente élève. C'était une excellente élève qui a dû arrêter sa scolarité pour
travailler et aider économiquement ses parents. Oui mais elle a passé son vrai métier c'était
d'écrire à votre mère quand même. Oui mais c'est ça qui est important c'est
qu'il y a cette attente extrêmement forte. Ça on la sent et donc on sait qu'on déçoit
les siens et qu'on déçoit surtout sa mère et que vraiment cette attente elle est très
très forte. C'est à travers ses enfants que les choses allaient pouvoir se faire et
que cette frustration allait pouvoir être pensée un peu. Donc elle a fait beaucoup
de sacrifices et moi je viens décevoir cette attente clairement. Et votre père il est
plutôt commerçant c'est ça ? Lui à un moment donné il se met dans le commerce comme son
père. Mon grand-père est devenu commerçant, mon père devient commerçant et lui oui quand
il devient commerçant le niveau économique s'élève un petit peu mais la disponibilité
se réduit fortement. C'est ça le problème des petits commerçants c'est qu'ils ont
un peu plus de revenus mais ils sont clairement pas disponibles. C'était un restaurant qu'ils
avaient monté vos parents au début ? Au début c'était une épicerie dans le 5e arrondissement
et puis à un moment donné ils ont eu les deux un petit resto dans la belle ville mais
le belle ville populaire, pas le belle ville gentrifiée d'aujourd'hui à Couronne plus exactement.
Donc ils ont eu les deux et ma mère travaillait avec lui plus la galerie vivait donc ils
arrêtaient pas quoi. On les voyait jamais. De toute manière mon échec était déjà
entériné. Mais la conseillère d'orientation elle me propose chaudronnerie et en fait si
on compare ce qu'elle me propose et moi ce que je voulais, je voulais faire de la vente.
Parce que ça claque vis-à-vis des copains ? Bah ouais ça claque vis-à-vis des copains
parce que c'est le business. On peut valoriser un BEP vente, on peut compenser un petit peu.
Vous étiez droit à l'époque alors ? Pas du tout. Je sais même pas ce que j'étais
mais j'avais besoin d'argent ça c'est sûr. Et chaudronnerie en fait moi l'image qui
me vient en tête ce que je raconte c'est le chaudron de Panoramix dans Astérix et Obelix.
Je lis pas mal de BD et en fait je vois juste l'image d'un chaudron et je lui demande
mais qui achète encore des chaudrons aujourd'hui ? Donc oui quand elle me dit chaudronnerie
je vois l'image du chaudron ça me vexe. Elle veut m'envoyer dans une usine pour fabriquer
des chaudrons mais qui achète encore ça ? En l'occurrence les chaudronniers y'en a
encore besoin. Et puis c'est vraiment un métier essentiel au fonctionnement de l'industrie.
C'est bien payé, il y a du travail. En termes de débouché c'est bien mieux que de ressortir
avec un BEP vente. Donc je pense qu'elle a une perception plus optimiste de moi-même
que je ne l'ai. Si on recentre dans le contexte de l'époque c'est pour ça que moi je suis
pas si à charge que ça mais en fait non moi j'ai cette image donc je dis que je veux pas
faire chaudronnerie et puis je demande ventes et puis y'a pas de place en ventes donc je
me retourne en compta. Avec aussi des impératifs que vous racontez qui sont pas neutres parce
que le choix du lycée, y compris professionnel, il est déterminé par le temps de transport
en transport en commun bien sûr et par les rivalités ce qui va devenir un de vos sujets
de recherche. Je crois que la cité là nous c'est un petit peu celle qui est en opposition
avec Bois-la-Bé qui est pas très loin et ça même moi je le sais donc c'est quelque
chose de très connu et qui dure. Là en ce moment cette rivalité depuis 2017 grâce
au travail des acteurs de terrain c'est une rivalité qui c'est pour le moment tout est
réversible mais qui n'existe plus aujourd'hui. Moi quand je suis ado une des premières des
choses qu'on me dit quand je m'installe dans la cité d'Audnou c'est va pas à Champigny,
c'est même pas va pas au Bois-la-Bé, ne va pas à Champigny mais en fait faut savoir
que tous les lycées de secteur sont à Champigny donc j'aurais pu me retrouver en BEP-Vente
à Champigny mais comme on me dit de pas aller à Champigny pour ma sécurité je fais pas
à Champigny donc je fais pas de BEP-Vente et finalement à Fontenay-sous-Bois où on
n'est pas en conflit contre eux donc on me dit on est plein du quartier à aller là-bas
justement et il y a de la place en compta, il y a de la place dans toutes les filières
mais parce que c'est un lycée tellement fui, tellement violent, avec une telle mauvaise
réputation qu'il y a toujours de la place là-bas donc c'est comme ça que j'atterris
dans un pire lycée du Val-de-Marne et que je me lance en compta, je vais pas m'investir
dans cette formation, ça me parle pas du tout, il faut être inscrit, j'ai pas encore
16 ans donc je suis inscrit là-bas.
Vous y allez pas beaucoup.
Mais c'est vrai que non j'y vais pas beaucoup, alors là pour le coup je suis très très
souvent absent, je me rappelle d'une prof, je sais plus pourquoi c'est une prof de maths
qui écrit dans mon bulletin qui écrit « Marouane a été absent sept fois sur neuf ce trimestre
et c'est tant mieux car perturbateur ». Voilà ce genre de message mais qui factuellement
n'est pas faux.
Ça peut paraître violent écrit comme ça à l'égard d'un lycéen mais factuellement
j'étais absent quasiment tout le trimestre et les seuls cours où je suis là, j'empêche
les autres de travailler.
Ça paraît tellement fou quand on vous voit maintenant, on discutait un petit peu, je
raconte tout aux auditeurs à moi, avant l'émission vous aviez une approche tellement
raisonnable et j'ai du mal à vous imaginer perturbateur.
Pourtant, si vous parlez à mes copains de l'époque, que je vois de temps en temps.
Vous l'êtes encore un peu de temps en temps, c'était ça ma question.
Perturbateur, non, non, non, pas du tout.
Blagueur, oui, l'humour, j'y suis très attaché donc ça occupe une place.
J'aime rire, j'essaie de faire rire quand je peux, c'est pas toujours réussi.
Dans le bouquin c'est réussi, ça je le dis, achetez-le, ça se lit.
C'est pas toujours réussi mais oui, oui, quand je revois mes potes, on redevient un
peu c'est lycéen, là je fais du sport avec des gens de mon née, de ma génération
et du coup des fois on fait du sport, on se remémore quelques souvenirs de fêtes, de
soirées qui ont mal tourné et on rigole beaucoup.
On va tout raconter mais il y en a dans le livre des soirées qui ont mal tourné.
On a peur avec vous, il y a de l'aventure aussi dans ce livre.
Mais oui, messieurs-dames, la question que je me pose c'est à quel moment vous avez
mis en œuvre des compétences que vous aviez ? Peut-être le fait d'être perturbateur
ou d'être un meneur un peu pour les autres, de savoir les amuser, les occuper, capter
leur attention.
Ça par exemple dans l'animation des choses comme ce que vous décrivez comme être perturbateur
ou comme la débrouillardise ou comme l'imagination, c'est des choses qui ont pu être valorisées.
Comment vous êtes arrivé à devenir animateur, à passer votre baffa et à y trouver quelque
chose qui vous valorise et dans lequel vous vous sentez bien ?
Alors oui, c'est un moment qui est charnière. Alors moi, j'étais pas très bagarreur mais
souvent l'humour, c'est l'arme des moins bagarreurs. Donc la capacité à animer finalement,
à animer un collectif, à animer un groupe, à mettre de l'ambiance. Et ça, je pense
que ça a joué dans la tête de ces animateurs qui m'ont repéré à la maison de quartier
et qui m'ont proposé de passer le baffa. Mais justement, ça c'est vraiment un moment
charnière parce que quand je quitte mon lycée sans diplôme, donc j'ai échoué au brevet
des collèges et ensuite j'échoue au BEP et je sors sans rien du tout. Et c'est cette
année-là, j'ai 17 ans et demi, c'est cette année-là où les animateurs de la maison
de quartier, dans laquelle je passe beaucoup de temps, qui me repèrent et qui me voient
glisser. J'insiste, ils me voient glisser, ils sont connectés au quartier et ils voient,
ils entendent. Tiens, il y a eu ça, il y avait qui dedans ? Il y avait Marouane, tel, tel,
tel, tel. Il y a eu ça, il y avait qui dedans ? Il y avait Marouane, tel, tel, tel, tel.
Il veut dire que vous êtes grand en plus, vous passez pas inaperçu.
Oui, oui. Et puis voilà, la formation circule. Donc il me voit glisser. Mais en même temps,
il voit que je suis pas un mauvais bougre non plus, quelqu'un de violent ou qui... Je suis
parti de la petite classe moyenne de la rue. Je suis pas tête d'affiches, je suis pas
effacé, complètement dominé non plus. Je circule comme ça avec mes potes. Et il me
propose de passer le BAFA. Premier diplôme.
Et justement, mais c'est comme ça qu'il m'accroche. Je veux dire que moi, j'ai pas
dans l'idée de passer. J'ai fait plein de petits boulots. J'ai besoin d'argent, j'ai
pas de pouvoir d'achat et la famille est pauvre.
Vous faites quoi comme petit boulot ? Vous parlez beaucoup de ventes et de revente de
bagnole ?
Déjà. Ça, c'est après la vente de voitures avec l'ouverture de la Tachemgan.
Oui, parce que c'est vrai. Et le deuxième diplôme, c'est le permis de conduire, peut-être.
Oui, il arrive un peu après le BAFA, le permis de conduire. Non, non, mais j'ai fait plein
de billets. J'essaye de gagner des sous de différentes manières. Aller au marché le
dimanche matin.
À Montreuil avec votre père.
Mon père, il allait vendre des posters à la Coupe du monde de 86. Il en avait fait
imprimer. Moi, j'allais avec lui au puce de Montreuil pour les vendre.
Espagnol en 86, c'est ça ?
C'était au Mexique.
Ah, merci.
C'était au Mexique en 86. Et donc, tous les petits business que je peux faire, dès
que je peux gratter un petit billet, assis par-ci par-là, en aidant à monter des meubles.
Je travaillais avec une famille de gitans qui, tous les étés, venaient à la fête foraine
du quartier. Donc, je montais, je démontais. Des fois, je travaillais un peu dans l'estombe.
En fait, tout ce que je peux faire pour gagner un peu de sous, je le fais, mais comme beaucoup
de gamins qui sont dans ces logiques de débrouillardise-là. Et là, avec l'animation, c'est un truc qui
fixe davantage.
Mais avec de la sensibilité.
Ils me proposent de BAFA, mais surtout, ils me proposent de m'aider à trouver le financement
parce que c'est payant. Et donc, c'est pour ça que j'insiste beaucoup là-dessus. C'est
que, d'une part, la maison de quartier, c'est un dispositif de solidarité. C'est une politique
sociale. L'éducation populaire, c'est une politique majeure. Donc, ils sont là. Et
puis, c'est des animateurs engagés, vraiment, culture, éducation populaire, à fond la
caisse.
On est dans les années 80, la fin des années 80, 90 déjà.
Oui, milieu des années 90.
Oui, ça n'a pas encore changé. C'est-à-dire que c'est encore des maisons pour tous. Ce
n'est plus des maisons pour quelques-uns.
C'est les statuts associatifs.
Oui, c'est les statuts associatifs. C'est pas la municipalisation que vous allez…
C'est avant la municipalisation que j'ai essayé de combattre après, mais c'est avant
ça. Et même les centres de loisirs de la ville ne sont pas encore municipalisés. Ils
sont gérés par la fédération des oeuvres laïques. Donc, ils ont des partenariats, forcément.
C'est la même communauté. Et du coup, ils prennent beaucoup d'animateurs qui placent
le BAFA dans les écoles, les centres de loisirs gérés par l'ASSO.
Ce qui est une bonne tactique, parce que les gens, ils restent là. Ils habitent là.
Donc, ils sont là tout le temps.
Et on a des débouchés immédiatement. C'est qu'on nous dit, tu vas passer le BAFA,
mais tu bosses direct. Donc, ça, ça joue. Et puis, je me dis, je n'ai pas de diplôme.
Si je passe le BAFA, je peux quand même exhiber quelque chose à la maison, un coup de papier.
Ça joue dans la question d'amortir cette fin de scolarité sangloire. Et donc, je passe
mon BAFA. C'est une semaine. Et en fait, je reviens. Je suis tout de suite en poste
en maternelle. Mais tout de suite. Et en fait, déjà, je rentre dans une équipe d'animateurs
animatrices, une directrice, un co-ordinateur. Donc, il y a une petite communauté des animateurs
déjà qui m'accueillent plutôt bien, même si je n'ai pas tous les codes. Et ils prennent
le temps. Et puis surtout, moi, ce que je ne mesure pas en un an passé mon BAFA, c'est
que comme je travaille avec les maternelles du quartier, j'ai beaucoup de contacts avec
les parents, plus qu'avec les enfants d'âge primaire. On discute beaucoup avec les parents.
Ça s'est bien passé aujourd'hui. Est-ce qu'il a mangé ? Est-ce qu'il a bien dormi ? Est-ce
qu'il a fait sa sieste, etc. Donc, finalement, on devient un acteur éducatif
que les enfants de maternelle voient comme une espèce de modèle auquel ils s'identifient,
des parents qui font confiance. Et après, je les recroise au quartier pour aller faire
mes courses, pour prendre le bus. Et du coup, ça met une pression tout de suite. Je ne
peux pas être le marwan d'avant le BAFA, après le BAFA. Ça me recentre. Ça me recadre.
Et puis, l'animation, je trouve une petite apétence pour animer, faire rire les gamins
par les copains, mettre de l'ambiance, leur faire vivre quelque chose de fort. Et puis,
les enfants, ça, je ne l'ai pas assez mis, mais les enfants, en fait, à travers leur
regard, ils ont une forme de reconnaissance et de confiance aussi qui est très forte.
C'est-à-dire que la reconnaissance professionnelle, non, mais la reconnaissance, c'est-à-dire
qu'ils nous apportent beaucoup de reconnaissance. Leur joie est un applaudissement, en fait.
C'est comme ça que je vois les choses avec les enfants. Du coup, moi, ça me valorise
beaucoup. Ça me valorise beaucoup. Et du coup, je rentre dans l'animation. Et puis,
l'animation, ça va être aussi des rencontres décisives plus tard.
Oui, on va y venir. Mais à l'époque, vous commencez à l'impression que c'est votre
premier pas vers une vie d'adulte, vers une vie de quelqu'un de responsable avec qui
des adultes parlent et à qui vous pouvez donner des conseils, même issus de votre
expérience. J'ai beaucoup été attentive dans ce que vous écrivez, à la manière dont
on regarde les enfants. Ça, je crois que c'est un message que vous voulez peut-être
faire passer à travers ce livre, c'est regarder vos enfants comme s'ils pouvaient réussir.
Ne regardez pas comme des losers, vous allez en faire des losers. C'est presque plus important
comme déterminisme le regard qu'ont les gens qui comptent qu'autre chose.
Oui, c'est très juste. Mais surtout, moi, ce qui m'a fait le plus mal, mais qui fait
mal à beaucoup d'enfants aujourd'hui, c'est de confondre les compétences scolaires et
l'intelligence. Ça, je pense que c'est extrêmement douloureux pour beaucoup de gamins.
En tout cas, moi, c'est quelque chose qui m'a heurté, ces mots-là, des adultes, notamment
de l'environnement familial. Tu ne comprends rien de tes bêtes. Lui, il est plus intelligent
que toi. Pourquoi ? Mais parce qu'il réussit mieux à l'école. Toutes ces hiérarchies,
etc. Des oncles qui nous appellent le bon à rien parce qu'on n'est pas très manuels
mais on n'est pas très scolaires non plus. Donc oui, c'est toute la personne qui est
évaluée à l'aune des compétences scolaires ou d'autres formes de compétences qu'on
n'a pas forcément. Et du coup, bien sûr, comment se construire en confiance dans ces
conditions-là ? Et de l'autre côté, comment ne pas résister aux appels de la rue qui,
elles, n'hésitent pas à valorer des compétences qui ne sont pas valorisées par les adultes ?
Oui, tout à fait. Justement, dans ces horizons, quand les horizons sont limités et que les
modèles de réussite sont parfois absents ou alors liés justement à la criminalité,
à ceux qui ont les belles bagnoles, qui ont la thune, comment naît une ambition différente ?
Comment, du coup, c'est des rencontres ? Comment, tout d'un coup, vous allez avoir une fascination,
pas une fascination, mais une attirance pour la lecture, pour le savoir, pour le livre ?
Oui, alors ça, ça arrive bien plus tardivement. En fait, pas la lecture. La lecture, j'ai
toujours eu une appétence pour la lecture, mais ce n'est pas une lecture valorisée.
C'est-à-dire que moi, gamin, mais depuis que je suis fin de primaire, comme je suis
passionné de foot, c'est ma passion, le foot. Du coup, je lis tous les mardis France Football
et tous les jours l'équipe.
L'équipe, c'est super bien écrit.
C'est très bien écrit. Mais on voit ça comme de la presse sportive, c'est le foot, c'est
pas très sérieux.
C'est de la bonne presse. Je parle en tant que quelqu'un qui travaille dans la presse,
franchement, si toute la presse, même généraliste, était écrite comme l'équipe, enfin en tout
cas, je le lis pas tous les jours, mais on serait pas mal quand même.
C'est ça qui maintient mon niveau de français. Je pense que mon niveau en français, voilà,
ce petit capital là, il est maintenu grâce à la lecture de la presse sportive qui est
régulière. Donc la lecture n'est pas absente de ma vie, même si elle est liée à ma passion
pour le foot. C'est pour ça que je dis le foot, c'est plus qu'un sport. Et de l'autre
côté, ensuite, la découverte des bouquins, ça va venir au moment où je me dis, tiens,
il y a une équivalence de bac. C'est plus là que la question de la lecture de bouquins
va venir, en fait. C'est parce qu'une animatrice qui s'appelle Ayat, elle est déjà dans
le DAE.
On va parler du DAE, mais il y a aussi, je crois que c'était quand même un petit peu,
peut-être pas, c'était avant, mais j'ai du mal avec...
C'est au collège.
Vous aviez une amie, même peut-être une petite amie dont les parents étaient un peu plus
bourgeois que les autres.
Alors ça, c'était après.
Ah, c'était après.
C'est l'année du DAE.
Et c'est l'année où vous choisissez la socio, c'est ça.
C'est l'année où je choisis la socio.
Je vous propose qu'on écoute un peu de musique et puis on remet tout ça dans l'ordre et
on commence votre ascension vers les études, enfin ce qui va vous permettre d'accéder
aux études supérieures. On écoute Nina Simone.
Baby, just send me now.
If sometimes you see that I'm mad, don't you know no one alive can always judge.
When everything goes wrong, you see some bad, so tensions are good, understood.
No, sometimes baby, I'm so carefree, the heart sometimes seems a sad.
Problems, I get more than my share, but that's one thing I never mean to love like anyone.
Sometimes I find myself a simple thing that I have done, understood.
I try so hard, so please don't let me be.
On a écouté donc Nina Simone, que notre invité connaît par cœur.
Cette chanson, c'est sur Cause Commune 93.1 et c'est dans Liberté sur parole.
Alors Marouane, Mohamed, Nina Simone, c'est qui pour vous ?
Cette chanson, c'est quoi pour vous que vous l'avez choisi ?
Cette chanson, je crois que c'est la chanson que j'écoute le plus depuis je l'ai redécouverte
il y a 7, 8 ans.
Je saoule en voiture mes enfants avec cette chanson, dès qu'elle arrive, ils n'en peuvent plus.
Mais non, en fait, c'est une chanson d'abord Nina Simone, c'est une voix puissante, c'est des luttes,
c'est un engagement, c'est une histoire aussi extrêmement triste.
Mais cette chanson-là, c'est comment vivre.
C'est comme ça que je la ressens, c'est comment vivre, comment être compris quand on est incompris.
Comment être entendu quand on ne l'est pas.
C'est le Marouane de Femmes de B.O.P, qui le connaît.
Qui le connaît, il râde son B.O.P Marouane, mais il a son baffa.
Mais qu'est-ce qu'il ressent ? C'est surtout le décalage entre ce qu'il ressent,
comment il voit les choses et comment il a du mal à se faire entendre et se faire comprendre.
Et donc, cette collègue qui vous dit qu'existe un diplôme d'équivalence pour pouvoir passer son bac,
premier objectif, et puis accéder aux études supérieures,
est-ce que l'objectif est déjà là quand vous arrivez à vous laisser convaincre d'y aller pour 500 euros quand même ?
Ouais, alors 500 euros, c'est une histoire périphérique, mais ça compte, il faut le dire aux auditeurs.
Mais d'abord, quand Ayat me parle du DAEU, au début, j'ai du mal à l'accroire.
Du mal, j'ai du mal à l'accroire. En gros, je lui demande de répéter.
C'est une équivalence de bac. C'est le diplôme d'accès aux études universitaires, qui s'appelait les E, jusqu'au milieu des années 90.
Et en fait, c'est un diplôme où il y a deux options, littéraire ou scientifique, on a quatre matières.
Et en gros, si vous avez 10 à la fin de l'année, donc ça se fait à la fac,
si vous avez 10 sur 20, vous êtes en droit de rentrer à l'université comme si vous avez un bac classique.
Vous trouvez ça trop beau, en fait ?
Je trouve que c'est une escroquerie, en fait.
Ouais, mais bon, comme vous le trouvez déjà, vous vous êtes dit un braquage, de plus, on y va.
Ouais, voilà, je me suis dit mais c'est un braquage, c'est une histoire.
Je la regarde, je lui mettais sur de toi, je lui dis quatre cours au cours du soir, quatre cours.
Et genre, si t'as 10, tu rentres, elle me dit oui, si t'as 10, tu rentres.
Et elle, elle sait, elle est passée par là, elle sait ce que ça implique d'avoir un 10.
Oui, mais elle est maligne, elle vous le dit pas.
Mais elle est maligne, elle le dit pas.
Elle est maligne, elle le dit pas, elle est complice.
Et du coup, moi, elle me dit ça à un moment, je commence à tourner en rond dans l'animation.
Et surtout, la droite a pris le pouvoir, à viller sur Marne,
à municipaliser les centres de loisirs, a réduit les budgets, a mis beaucoup de lourdeur administrative.
Le directeur des prestations à la population de l'époque, il dirige les centres de loisirs.
Il a des idées très, très, très, très, très à droite, on se clashe.
Donc moi, je me mobilise à cette époque-là, mais on ne sait pas...
On est en quelle année là ?
On est en 95, 96, 97, ces années-là là.
Et moi, je me dis, ok, là, viller l'animation, je commence à faire le tour.
Et puis surtout, il contribue à me politiser parce que je suis un peu le leader syndical.
C'est moi qui l'ouvre.
Je parle au nom d'un collectif, mais le collectif n'est pas forcément là en soutien.
Mais là, je le découvre après, dans ma naïveté, bienvenue dans le syndicalisme.
Mais en tout cas, ça se friffe pas mal.
Et puis en même temps, vous dites, il me faut quelque chose parce que c'est pas sûr que je reste toute ma vie là.
Ça va être pénible.
Ouais, il me faut quelque chose.
Et puis, économiquement, même si dans l'animation, je ne gagne pas beaucoup d'argent,
ça contribue au budget familial.
Je ne peux pas partir comme ça, c'est pas fait pour moi.
Je suis obligé de bosser.
Et là, je tourne un petit peu en rond et on me parle de cette équivalence de base qui pourrait m'ouvrir des perspectives
et qui permettrait aussi de réparer quelque chose auprès de ma mère.
Toujours.
Toujours.
Ça y est, vous avez payé la dette auprès de votre maman ou pas là ?
Il n'y a jamais eu, c'est une grande dame, il n'y a jamais eu de dette.
Non, bien sûr, mais elle s'est réparée là.
Là, elle est assez fière.
Oui, je pense qu'on a mis quelques pensements sur quelques cicatrices de l'adolescence.
C'est pour se cicatriser.
Oui, je pense, si on le demande, elle dira oui.
Mais voilà, ça, c'est le passage.
Donc Ayet m'en parle et je m'inscris au DAEU.
Pas tout seul.
Comment ?
Pas tout seul.
Non, je ne veux pas y aller tout seul, mais on est très fragile, les jeunes de quartier.
On fait dur en apparence, mais d'aller dans l'inconnu comme ça.
Donc moi, j'engraine deux potes, j'essaie d'en engrainer plus.
Ah, venez les gars, ils n'ont pas le bac aussi.
Venez, on s'inscrit, je leur vends comme on me l'a vendu.
Et donc, ils sont deux à venir avec moi.
Ils déposent les dossiers.
La différence entre eux et moi, c'est que moi, bon élève administratif,
je donne le chèque de 500 euros pour les frais d'inscription.
Ce qui est pas...
Ça veut dire que je sacrifie mes vacances et que j'emprunte aussi des sous
parce que je ne les ai pas sur mon compte, les 500 euros.
Et eux, ils donnent tout le dossier sauf le chèque en se disant
qu'on attend de voir s'il y a moyen.
On attend de voir ce qu'on attend de nous au niveau scolaire.
Et ensuite, on voit si un moyen paye.
Si c'est chaud, on ne paye pas, on ne va pas perdre 500 euros quand même,
parce que je le répète, c'est une grosse somme pour nous.
Et donc, moi, je paye et en fait, très rapidement, dès les premiers cours,
on se rend compte que ça va être chaud.
Vraiment, ça va être chaud.
Vraiment, je le dis, mais pour les auditeurs, l'année de l'équivalence de bac,
scolairement, intellectuellement parlant en termes de travail,
c'est l'année la plus dure de ma vie en termes de travail,
fourni de difficultés, même cognitives à me mettre dedans.
C'est l'année la plus dure de ma vie, l'année de l'équivalence de bac.
Les moments où on ne comprend rien, où on est tellement loin.
On ne sait pas travailler, le cerveau n'est pas entraîné.
Je n'ai jamais travaillé, donc mon cerveau n'est pas entraîné.
Je fatigue, j'ai des migraines, j'ai mal aux yeux.
C'est physique, en fait, la difficulté, c'est même pas seulement intellectuel.
Mes deux potes, ils voient que c'est chaud.
Ils disent bon, Marouane, bon courage si tu restes, eux, ils lâchent.
Ils lâchent, ils continuent pas, donc ils disent à l'administration qu'on ne vient pas.
Et donc moi, ce qui me fait tenir à ce moment-là, c'est les 500 euros.
La fierté ou le radinerie ?
Non, je ne suis pas, je n'étais pas radin, mais...
L'investissement.
Non, je me dis, je ne peux pas mettre autant d'oseille sans faire le maximum.
Donc, ce qui me tient à la fin du premier trimestre, c'est 500 euros, vraiment.
Sinon, si j'avais pas payé, s'il y a eu la même stratégie qu'eux, j'abandonne le DAU.
C'était vraiment très, très dur.
Mais j'ai quelque chose, peut-être, qu'il n'y avait pas, c'est que moi, il y a une autre
alimatrice dont je suis très, très proche, qui accepte de m'aider à prendre, à devenir
étudiant.
Elle est elle-même étudiante ?
Elle est étudiante en licence d'histoire, c'est par sa mère et prof des écoles, son
père est chef d'entreprise dans l'économie sociale et solidaire.
Elle habite un pavillon dans un quartier plutôt préservé du centre-ville et donc on se fréquente
parce qu'on bosse dans l'animation.
L'animation, c'est ça aussi, c'est la mixité sociale.
Bien sûr.
Alors que la ville est très ségrégée, l'animation, c'est la mixité sociale.
Et donc, on se met au travail et vraiment, je la remercie parce qu'elle prend du temps,
quoi.
Voilà comment on fait une fiche, voilà comment on distingue l'essentiel du secondaire, attention
de ne pas trop exemplifier, moi j'ai exemplifié beaucoup parce que je n'arrivais pas à expliquer,
je n'arrivais pas à monter en généralité.
L'abstraction pour moi c'était trop dur, donc par exemple, par exemple, par exemple.
Et donc vraiment, elle prend du temps, ça prend des mois à m'expliquer tout ça et
donc elle me donne un petit capital méthodologique.
Avec elle, j'apprends un petit capital méthodologique et en plus de ça, chez elle, donc on travaille
sur des textes et un jour, elle me tend la misère du monde de Pierre Bourdieu.
Première référence du livre ?
Première référence à la sociologie.
Le seul livre que j'ai lu au collège, c'est Marius de Pagnole et j'ai lu Marius de Pagnole
parce que mon prof m'a dit c'est Marseille et comme je supportais l'Olympique de Marseille,
c'est le foot qui me fait lire Pagnole.
Bien sûr, c'est chouette.
Et j'ai beaucoup aimé, j'ai vraiment beaucoup aimé, après j'ai regardé les films parce
que c'est un univers qui m'a toujours parlé.
Mais pour revenir à Bourdieu et à la misère du monde, ouais en fait, c'est vraiment un
livre qui est aussi au père un tournant parce que je découvre la sociologie, mais surtout
une sociologie accessible.
C'est le livre, à cette époque, c'est le livre le plus accessible de Bourdieu et en
fait, d'une part, c'est une science qui me semble accessible, que je trouve puissante.
La capacité à expliquer le monde social, les régularités du monde social, c'est quand
même fou comme science et deuxièmement, ça me parle personnellement, que c'est la
première fois que je vois, en plus, c'est un livre de science, j'entends parler de déterminisme
socio, du poids de l'origine sociale, du déracinement, de l'exil et de la ménage,
tout ça joue sur les chances de réussir à l'école ou d'obtenir un diplôme ou son
destin professionnel.
Et pourquoi est-ce que c'est important pour moi ? C'est que jusqu'à présent, je me suis
mangé que de la méritocratie, de l'idéologie méritocratique.
Si on veut, on peut.
Si on veut un peu, et surtout l'individualisation de la réussite comme de l'échec, y compris
à la maison.
L'adhésion au discours méritocratique à la maison, et cette adhésion est très, très
forte.
Surtout qu'on vient d'une...
Mes parents viennent d'un endroit où les gens ont peu de chance d'étudier, juste
peu de chance d'aller à l'école pour certains, notamment les familles les plus pauvres, donc
moi, j'ai pas le droit.
Je manque de rien.
Et puis eux, ils ont été méritants, vos parents, ils ont réussi à aller à l'école.
Mais bien sûr.
Mais bien sûr.
Bien sûr.
Donc voilà, ils s'attribuent ce mérite-là.
Ils ont raison.
Mais c'est juste que notre réalité sociale, c'est pas que de la volonté individuelle.
Il y a des déterminismes sociaux, il y a des obstacles, il y a le manque de ressources,
il y a le manque d'accompagnement.
Et moi, je lis tout ça, en tout cas beaucoup de ces choses-là dans la misère du monde,
et ça m'enlève un poids.
Ça m'enlève un poids, ça contribue même un peu à me politiser, ça contribue même
un peu à me politiser en me disant mais c'est pas possible que notre société fonctionne
comme ça en fait.
Et surtout, ça me fait découvrir une discipline que, à partir de ce moment-là, je décide
d'étudier si, si jamais, j'ai 10 au DAU, ce qui n'était pas gagné.
C'est cet objectif-là de la sociologie qui va vous permettre quand même d'avoir le
10.
Ça va être une motivation, un petit horizon quand même ?
Non.
C'est pas la sociologie qui me motive à avoir le DAU, c'est plus les 500 euros.
Toujours.
Toujours.
Toujours jusqu'à la fin, pendant les trois ans.
Oui, bien sûr.
Parce que moi, faire des études, déjà avoir une équivalence de bac, c'est-à-dire
avoir le droit de rentrer à l'université, c'est mon objectif majeur.
D'accord.
Quelles que soient les choses que j'ai fait.
Mais pendant ce temps-là, vous continuez à bosser comme animateur.
Oui, bien sûr.
On est d'accord, vous faites les deux.
C'est-à-dire, moi, c'est ça qui m'a le plus épaté en lisant votre livre, c'est
aussi le côté où vous faisiez plusieurs boulots, c'est-à-dire animateur, d'autres
trucs à côté pour gagner un peu de thunes, plus les cours.
On comprend que vous puissiez être fatigué à un moment.
Mais ça allait, parce que l'animation, en fait, on a des trous dans la journée.
Donc c'était plus au cours du soir, des fois c'était le matin, je m'arrangeais
pour aller en cours le matin et réviser un peu l'après-midi.
Donc oui, c'est des longues journées, et puis il y a le sport à côté.
Il y a l'activité, je fais du foot en club et puis à côté de ça, il y a tous les petits
business à droite à gauche qu'on continue pour mettre un peu de beurre dans les épinards.
Donc oui, c'est tout ça, mais on est jeune en même temps.
Oui, c'est vrai.
On est jeune, on a la pêche, quoi.
Oui, c'est vrai qu'on a plus, oui, bah oui.
Mais alors du coup, vous allez à la voir, ce diplôme.
Une fois que vous l'avez, vous savez tout de suite ce que vous voulez faire, ou il faut
un moment, il faut quand même choisir ses études, surtout quand on est, je sais pas
comment ça se passe, en cours du soir, quand on est au lycée, peut-être surtout maintenant
avec les parcours sup et compagnie, la voie est terriblement à la fois tracée et tellement
angoissante, mais à une autre époque, qui est aussi la mienne, on avait quand même
plus de latitude, on devait choisir, on devait réfléchir à ce qu'on voulait faire.
Ça se passe comment ça pour vous, cette étape-là ?
Disons qu'au milieu de l'année, le DAU, ils nous disent bon, ceux qui vont avoir le DAU,
il faut réfléchir à la suite.
Est-ce que vous avez réfléchi à la suite ? Donc il y en a pas mal qui savent ce qu'ils
veulent faire.
Moi, par exemple, mon DAU, j'ai beaucoup parlé d'Alice qui m'aide à apprendre à devenir
étudiant, mais il y a une autre personne qui s'appelle Kamel Kabila, qui travaille
toujours dans l'éducation populaire, avec qui je bosse, c'est mon binôme, et on apprend
ensemble, on prend les mêmes cours, on révise ensemble, donc on passe énormément de temps
ensemble.
Il bosse par ailleurs et vraiment, c'est sans lui et sans Alice de l'autre côté,
sans le soutien aussi des collègues qui me libèrent quelques heures, sans la famille
qui encourage, notamment ma mère qui dit peut-être qu'on a quelque chose qui se passe
là, il y a peut-être un miracle.
Donc tout ça fait que ça peut fonctionner, j'ai eu un peu moins de 11, ou autour de 11,
entre 10 et 11, ça m'a été l'éclate, et puis les profs ont eu une liberté pédagogique
et ils l'ont utilisé pour qu'on puisse vraiment avoir les meilleures notes possibles et retenir
les meilleures notes possibles, ça a été extrêmement important.
Tout ça sans tricher ?
Sans tricher.
Eh !
Sans tricher, non non vraiment, sans tricher parce que ça n'a pas de sens, ça n'a plus
de sens.
Il n'y avait plus de sens.
J'ai pas le mémoire, je n'ai pas de compte à rendre à la famille, j'ai pas de bulletin
qui arrive, je tente un truc, c'est ma démarche, donc on est dans autre chose en fait, l'idée,
c'est plus important que les notes qui sont en train de se jouer là, c'est plus important
que les notes.
Et vous en avez tout de suite conscience.
Et j'en ai tout de suite conscience.
Et ils nous disent, ben faites vos dossiers, et donc moi dès que je choisis la sociologie,
eh ben je choisis de m'inscrire à Nanterre, le RER A, moi c'est toujours, j'ai un truc
avec le RER A, donc je vois que c'est direct, je me dis, tiens, sur tout le trajet je peux
réviser, je peux lire, donc j'ai un côté très pratique comme ça, et puis je ne sais
plus quelle fac que je demande, il y a Nanterre, mais Nanterre me refuse en me disant, c'est
sectorisé, la première année il faut aller à Marlavallée, j'habite à côté Marlavallée,
et Marlavallée, la sociologie s'est mélangée aux sciences de gestion, aux droits, à l'histoire,
c'est un truc vraiment pluridisciplinaire, moi qui ne me parle pas, je veux vraiment
faire de la socio, et au même moment la situation dans la rue au sein du quartier se dégrade
énormément.
Ce n'est pas un conflit contre d'autres quartiers, c'est un conflit au sein du quartier.
Oui, vous décrivez ça.
Entre différents clans.
Oui, et presque racialisé en fait, c'est un peu les Noirs contre les Arabes.
Très racialisé, oui, un Noir contre les Arabes, mais en fait à la base c'est une
affaire judiciaire qui termine mal, et puis ça s'est instrumentalisé, et puis finalement
ça devient racialisé, et comme il y a des vieux contentieux, silencieux, des formes
de racisme qui pouvaient exister, tout ça ressort à ce moment-là, et il y a un clivage
qui se fait entre Arabes et Noirs.
Ça, ça continue ça ? C'est un peu comme le… Non, non, ça finit, c'est fini.
Il y a toujours des personnes qui sont dans les préjugés à l'égard des uns et des
autres, mais en fait on a dépassé cette période de clivage.
Là, c'était vraiment une période de clivage très fort avec des clans et des violences,
des affrontements, des menaces, et donc pour tous ceux de ma génération, c'est tout
un monde qui s'écroule.
Et puis vous qui essayez d'être entre les deux, et puis qui vous passez à la fois pour
un traître ou pour un…
C'était les non-alignés quoi, pendant la guerre froide, j'étais un non-aligné et
en fait ça ne passait personne, ça ne satisfait personne, ni le camp occidental.
Ça, c'est déjà quelque chose qui dit de comment vous allez faire vos enquêtes plus
tard.
Non-alignés.
Oui, mais oui, c'est ça, il y a une question de non-alignement, ça ne satisfait personne.
L'ambiance se dégrade, mais il faut savoir que nous, au sein de nos quartiers, on sortait
beaucoup ensemble.
On sortait à beaucoup, c'était des groupes assez mixtes en plus, et donc tout ça s'écroule
et je me dis que si j'ai mon DAEU, je ne vais pas pouvoir étudier dans ces conditions.
Trop d'embrouilles, trop d'histoires, et puis même sans embrouilles, sans histoire,
la vie de quartier vous prend énormément de temps.
Mais pour des choses positives, viens, on va faire un foot, viens, on va se poser, viens,
on va rigoler, viens, on sort, viens, viens.
Donc ça sonne toute la journée à la maison.
Marine, tu fais quoi ? Marine, tu fais quoi ? Marine, tu fais quoi ? Du coup, c'est aussi
pour m'extraire de ça que je me dis, ce serait pas mal de tenter un truc loin, et je mets
Toulouse, la fac du Mireille, et je demande à un studio…
Pourquoi il y avait une équipe de foot là-bas ?
Pas du tout.
Je suis incapable de dire pourquoi Toulouse.
Quelqu'un a dû m'en parler, quelqu'un a dû me vendre Toulouse, mais je me fais une
image très idéalisée de cette ville étudiante, mais d'ailleurs elle n'était pas si idéalisée
ça, parce que j'ai beaucoup aimé ma vie à Toulouse, mais je mets Toulouse, et si
Nanterre me dit non, Marlavalet j'en veux pas, Toulouse me dit oui, à la fois pour
le studio universitaire et pour la place en fac.
Incroyable.
Ouais.
Incroyable.
C'est à l'ère avant Parcours Super.
Oui.
Ah bah évidemment.
Non mais maintenant de toute façon, enfin moi je serais morte avec Parcours Super.
On est beaucoup comme ça.
Non mais vraiment.
On est beaucoup comme ça.
Les gamins, moi c'est mes héros.
Je les vois, ceux qui arrivent à pas être dépressifs ou angoissés, mais c'est un miracle.
On se demande pourquoi ils le sont, mais une pression talle, c'est fou.
C'est de la maltraitance, même pas seulement l'outil, l'outil et le calendrier.
C'est-à-dire qu'ils ont leur réponse au moment où ils commencent les épreuves.
C'est terrible en fait, des gamins qui commencent l'épreuve du bac, à qui on leur dit t'as
pas de place.
Voilà.
Moi ça me terrifie.
Je comprends même pas comment on peut faire ça à des gosses en fait, c'est si fou quoi.
Et puis on a des gamins qui se révèlent plus tard.
Tout le monde se révèle pas en terminale.
J'en suis là pour ça.
Et beaucoup se révèlent plus tard.
Et même très tard.
Ah oui.
Non mais évidemment.
Et puis heureusement qu'on a un peu le droit à faire… Et je pense beaucoup à être
un peu la preuve que ces années qui sont dites perdues, elles nous permettent d'acquérir
d'autres compétences.
C'est aussi ce que vous dites dans le livre.
C'est-à-dire que voilà, toute cette rigolade, cette débrouille, tout ça, cet enthousiasme
aussi.
Vous avez fait des réserves d'enthousiasme aussi peut-être pour trouver toujours de nouveaux
sujets, pour trouver intéressant des choses.
Je pense que ça c'est assez fondamental en fait, on n'en parle peut-être pas assez.
Bien sûr.
Mais en fait, je pense que cette expérience-là quand on veut faire socio, c'est une des
meilleures prépa.
Vive la rue, vive le quartier, vive les inégalités, être très sensible à la question de la
pauvreté, de le ressentir, de l'injustice, des inégalités, des discriminations, des
atteintes à la dignité, des enjeux de dignité, tout ça.
Quand ensuite on va devenir sociologue, c'est une des meilleures prépa.
Même journaliste, ça marche.
Et même pour être journaliste, mais bien sûr.
Je crois.
Mais bien sûr.
Mais c'est une des meilleures prépas.
Et la question, c'est comment on utilise cette expérience-là ? Comment si on la met
à distance ? Comment on la dresse ? Dans le bon sens cette expérience-là, mais j'en
suis convaincu oui.
Et alors, en dehors de cette expérience-là, vous avez quand même fait des études et
puis vous en avez quand même bavé aussi un peu à Toulouse.
Est-ce qu'il y a eu des moments où vous avez, vous étiez loin de votre famille, même
si vous avez trouvé ça aussi, c'est une compétence de trouver des alliés un peu partout et apparemment
vous l'avez.
Et quand il y a eu des moments où vous avez eu envie d'arrêter, où vous avez trouvé
que c'était trop dur, que finalement ce n'était pas pour vous, c'était des petits
moments, des grands moments ou pas du tout ?
J'ai laissé ma mère, j'ai des soutiens de famille, j'ai des soutiens éducatifs,
donc ma mère a fait un sacrifice énorme pour que je puisse partir à Toulouse.
Vraiment, c'est… Objectivement, il fallait que je reste.
Elle avait besoin que je reste.
Elle a vu l'équivalent de bac, elle m'a dit non, il faut que tu y ailles.
Donc elle m'autorise, mais le deal c'est que je reste là-bas si ça marche.
Je n'ai plus l'âge de passer, je n'ai pas la liberté de passer ma vie d'étudiante,
la vie bussionnière.
Je ne peux pas me trouver, vivre ma vie, kiffer la ville.
Non.
Si je veux kiffer la ville, si je veux me trouver, il faut que je réussisse à la
faire, donc je pars avec cette obligation, je suis quand même programmé pour ça.
Et du coup, ce qui m'évite, c'est beaucoup de pièges, y compris à Toulouse.
Ce qui m'évite, beaucoup de pièges.
Et quand j'arrive là-bas, ce qui est dur, c'est le déracinement, c'est la première
fois que je vis ça.
Le déracinement de me retrouver seul dans une ville, la seule loin de ma famille, personne
qui sonne, personne qui appelle, personne qui me parle, moi l'hypersociable vraiment.
Là vraiment, les premières semaines sont très, très dures, mais là encore, le foot,
le foot est son importance sociale.
Qu'est-ce que je fais ?
Je vais m'inscrire dans l'équipe de l'université et je vais m'inscrire dans les activités
foot-doisières liées à l'université qui sont juste à côté de là où j'habite.
Et je vais, je cherche un club et je m'inscris aussi au club de fitness de la résidence
universitaire.
Et du coup, le sport, mais surtout le foot, va me permettre de socialiser et surtout
de rencontrer celui qui allait devenir un acteur clé de ma vie toulousaine, c'est-à-dire
Nicolas Mangione.
Et alors justement, vous avez, vous dites vous que vous êtes un, ou vous dites même
de vous, vous acceptez ce compliment, que vous êtes un sociologue du peuple et aussi
quelqu'un qui donc du coup ne veut jamais se couper de ses racines.
C'est-à-dire, vous n'êtes pas un trans classe qui va s'éloigner de ce qu'il a été,
de ceux qui l'ont fait, de ceux qui l'ont aidé, de ceux qui l'ont bêté aussi.
Mais en tout cas, tout ce qui fait partie de vous, vous ne le reniez pas, vous ne vous
en éloignez pas non plus.
Et en fait, je vois cette première manière de faire, dont votre, c'est votre, j'allais
dire votre loyauté vis-à-vis du foot, le foot fait partie de votre vie, ça vous construit
et vous en faites votre premier sujet de recherche.
Exactement.
Avec Nicolas, on a une passion commune, on se retrouve à jouer au foot, mais surtout
et lui, il est supporter du Toulouse Football Club, le TFSC, comme moi, je suis supporter
de l'Olympique de Marseille et je pense qu'un de nos premiers matchs ensemble au
stadium, c'est pour voir Toulouse-Marseille.
C'est dans la même tribune ?
Bien sûr, ensemble.
Et puis surtout très rapidement, on doit faire des petits travaux de recherche pour
l'université et dès le deuxième semestre, on demande de faire un petit travail de terrain
et on se dit, bien, viens, on va travailler sur les supporters du Toulouse Football Club,
comme ça, on va pouvoir joindre l'utile à l'agréable et donc on va faire des entretiens
avec les chefs des groupes de supporters, notamment les Idians Toulosa qui est un des
groupes de supporters du TFSC et on va faire de l'observation de matchs en tribune, dans
les virages, voir comment les choses se passent et on rend notre dossier, on a fait notre
petite enquête sociologique.
Et c'est le travail qui a marqué vos enseignants puisqu'ils vous en reparlent des années
après ?
Oui, c'était Sébastien Cher qui était chargé de télé à l'époque, maintenant il est professeur
de sociologie et on a eu un échange entre collègues pour l'organisation d'une rencontre
où il m'invitait à Strasbourg, je crois, je m'en rappelle plus, c'était quoi ? Et
je lui dis, je ne sais pas si tu te souviens, mais j'étais à Toulouse, il me dit, oui,
je me souviens très très bien, tu avais fait un petit travail sur les supporters du TFSC,
les Idians Toulosa.
Moi, j'étais sur le cul de se souvenir, il y en a des centaines d'étudiants en sociologie,
des centaines de sujets qui s'en souviennent, ça m'a marqué.
Oui, ça veut dire que le fait de faire des choses avec passion, pas scolairement justement
peut-être, scolairement, dans les codes, parce que vous parlez beaucoup aussi de ce
qu'est la sociologie, c'est pour ça que je disais en plaisant, vous êtes un peu prosélite
en sociologie, c'est à dire que vous avez envie de nous expliquer, de nous prendre par
la main, en nous donnant envie, vous expliquer le corps, le cœur de votre métier.
On comprend un petit peu ce que c'est que de trouver une méthodologie, de faire une
enquête de terrain, la manière de se comporter avec les gens qu'on interroge, cette neutralité,
la manière de ne pas juger aussi surtout, tout ça, c'est de la méthode scientifique
qui, ce livre qui pourrait être un petit peu biographique, il est aussi emprunt de méthodes
scientifiques.
C'était compliqué de faire les deux ?
Oui, c'était compliqué de trouver l'équilibre entre des éléments de biographie un peu
anciens et des éléments très contemporains de la fabrique, de la recherche scientifique,
du fait de travailler sur des terrains sensibles, des dilemmes, des questionnements, des doutes
qui nous traversent, y compris des questionnements théoriques.
Des questionnements théoriques, c'est comment est-ce qu'on analyse, comment est-ce qu'on
fait des recherches sur des sujets comme la délinquance ou la criminelité organisée
pour les recherches les plus récentes.
Donc oui, il me tenait à cœur quand même que le lecteur, notamment celui qui n'est
pas habitué aux métiers de sociologue et à la discipline sociologique, puisse aussi
être au contact du travail en train de se faire, mais pas seulement dans une série
de publications ou d'une série de résultats, mais également dans les coulisses, dans les
cuisines de cette discipline.
J'y suis très attaché.
Et la méthodologie, vous dites, dans vos études, ça a été compliqué à apprendre,
ça a été du vrai travail d'apprendre à travailler en fait, d'apprendre à ce que
vous aviez déjà fait un peu dans votre équivalence de bac là, mais vous vous racontez
aussi que ce n'est pas une vie de tout repos que d'être étudiant, mais vous allez aller
jusqu'où à Toulouse ?
Du coup, vous allez pratiquer jusqu'à la maîtrise d'EA ?
Non, non.
Je fais que deux années.
Donc le Doug, du coup, à l'époque ?
Je fais le Doug, à l'époque.
Les deux premières années, parce que c'est compliqué à la maison.
C'est-à-dire que, ok, ça marche, il y a des facs à Paris.
Et donc moi, j'ai envie de rester, j'ai même envie de faire descendre toute la famille
à Toulouse.
Et je le dis à ma mère.
Je lui dis, bah vas-y, viens.
Au prix, on paye le HLM, on peut louer un pavillon dans l'aventure de Toulouse.
Donc moi, je suis bien à Toulouse.
Encore, c'est une ville étudiante, vivante, culturellement, c'est super.
Et puis on a deux heures de la Méditerranée, on a deux heures de l'Atlantique, on a deux
heures de l'Espagne, on a deux heures des Hautes-Pyrénées, je veux dire.
Et ça, j'en ai bien profité de cette localisation géographique.
Bon, tout ça pour dire que je dois remonter et pour le coup, je tente encore en enterre.
Parce que votre maman, elle est toute seule.
On n'a pas dit, mais vos parents se sont séparés, votre père est reparti au Maroc.
Il est parti dans celles au Maroc, donc ma mère est toute seule.
Voilà, elle est toute seule.
En dessous de vous, il y a quatre ou trois?
Il y en a quatre en dessous de moi et puis ma grande sœur aussi, qui travaillait beaucoup.
C'était vraiment un appui matériel, ma grande sœur, mais l'appui éducatif avec
ma mère, c'était surtout moi.
Donc les enfants grandissent, certains sont ados.
Eux, pour le coup, ils ont surtout plus connu la cité que vous.
Ah bah il y en a, on est là-bas.
Voilà, donc il faut pas, faut faire gaffe.
Il faut faire très gaffe, il faut faire très très gaffe.
J'ai vraiment quadrillé la ville locale.
Vous êtes un vrai grand frère quoi.
Ouais mais un peu trop, des fois, je pense que des fois, je les ai un peu étouffés,
mais connaissant la rue, connaissant les gens dans la rue, bossant à la maison de quartier,
étant rapidement surveillant dans les conneries de la ville, j'ai quadrillé la ville.
C'est-à-dire que pour qu'il puisse faire quelque chose d'interdit et que ça ne me
remonte pas à mes oreilles, il fallait vraiment qu'il soit très très malin.
Non non, bien qu'il quitte la ville quoi, pour le faire, donc non.
Ça va et vous avez de bons rapports aujourd'hui, ils ne vous en veulent pas ?
On a de très très bons rapports.
Très très bons rapports.
Ça va.
Je crois que en même temps, votre passion pour le futsal, il y en a au moins deux qui
l'ont plus qu'embrassé de vos frères.
Ouais, plus que ça, parce que j'ai deux sœurs aussi qui ont fait du futsal.
Ah ouais, d'accord.
Alors toute la famille engrenée au futsal ?
Ouais, à part une de mes sœurs, tout le monde en a fait au moins un petit peu.
Alors certains sont allés loin en club, certains jouent toujours, mais il y en a deux
qui ont fait en féminine du futsal aussi.
D'accord, d'accord.
Très bien.
Et alors, du coup, vous remontez en région parisienne puisque ils ne descendent pas ?
Ouais.
Voilà.
Bon.
Bah sur ce coup là, vous n'avez pas réussi à faire des ménages de la famille.
Votre...
Voilà, votre...
Non, mais c'était bien plus raisonnable.
Bah oui.
Mais plus raisonnable comme ça.
Ma mère avait raison.
Bah oui.
En même temps, ils avaient quand même des vies, vos frères et sœurs.
Ouais, bien sûr, bien sûr.
C'était complètement égoïste.
Moi, je voulais garder ma théorie des deux heures, la loi des deux heures.
Ouais.
Bah oui.
C'était tellement bien.
Et en plus, la vie étudiante et la fac organisait plein de sorties.
Donc pour le coup, je bossais, j'avais des bons résultats.
Mais en plus, en plus, il y avait le côté sport, le côté loisirs, voyages, découvertes.
Mais là, vous n'aviez pas d'autre boulot ? Vous n'étiez que étudiant ?
Je suis...
Je continue mes business de voiture.
Voilà.
On ne va pas en le tendant à parler, mais ça m'intéresse.
Non, mais j'allais acheter et revendre des voitures d'Allemagne.
D'accord.
Mais en complément de revenus.
OK.
Donc, ça vous permettait de remonter de temps en temps, parce que ça, c'était plutôt,
ça se passait plutôt...
Ça permettait de monter régulièrement.
OK.
D'accord.
Et alors, vous revenez du coup, après ça, à Lillier-sur-Main.
Et là, qu'est-ce qui se passe ? Vous continuez vos études ?
Je continue mes études.
Nanterre m'accepte, cette fois-ci, en licence.
Et puis surtout, je reviens, la situation, elle est encore un peu tendue dans la rue.
On sent les traces des conflits dont je parlais tout à l'heure.
Et du coup, moi, je reviens beaucoup plus outillé intellectuellement et un peu plus
politicisé de Toulouse.
La ville est toujours à droite, chez vous, à Villiers, là ?
La ville est toujours à droite.
Mais elle est toujours à droite, là.
Il y a des élections cette année.
Depuis 95, c'est le même maire.
C'est lui.
Je vois très bien qui c'est.
Voilà.
Et donc, c'est vrai que la question se pose de l'engagement, de qu'est-ce que je peux
faire maintenant que je suis un peu plus outillé.
Et du coup, je discute avec pas mal de monde, localement, et je décide de créer une association
locale.
Mais l'intention première de cet asso, c'est quand même de recréer cette espèce de communauté
très solidaire qui existait auparavant, de réparer, de réduire les conflits, de créer
un espace où on peut enfin se retrouver.
Ou que les jeunes générations, parce que ceux de ma génération sont plus là maintenant,
ou que les jeunes puissent se retrouver parce qu'ils ont hérité des conflits des anciens.
Donc, c'est réparer un petit peu tout ça.
Donc, je crée une institution qui s'appelle « C'est nous », comme les hauts de nous,
mais « C'est nous » comme le message de « on est ensemble ».
On est là.
On est là et on est ensemble.
Même si monsieur le maire ne veut pas « nous », on est là.
Exactement.
Et donc, oui, très tôt, mais je choisis d'aller sur quelque chose d'assez autonome, d'assez
autonome politiquement.
En termes d'organisation aussi, je refuse de me laisser aspirer par le paternalisme.
Oui, c'est à ce moment-là où on vous propose un poste bien payé et que vous refusez.
Oui, ça c'est un peu plus tard, où pour le coup, je pense que tout le monde s'y est
mal pris avec nous.
Parce qu'à la base, on ne vient pas dans une opposition ni à la mairie, ni à la gauche
associative.
Vous voulez créer une association pour faire du soutien, c'est ça ?
Exactement.
Oui, pour faire des séjours, pour faire du soutien scolaire, ce n'est pas très clair
les objectifs, mais on veut vraiment incarner un collectif.
2001.
2001.
On n'est pas encore, enfin ça va être le 11 septembre, mais on n'est pas encore dans
un truc où il y a ces accusations de communautarisme qui vont commencer à permettre qu'on coupe
les subventions des associations, notamment dans le Nord, etc.
On n'est pas dans cette ambiance-là encore.
Mais il y a quand même, vis-à-vis des acteurs associatifs musulmans d'apparence en tout
cas, qui veulent être autonomes, il y a une tendance à les criminaliser, à les stigmatiser
à l'échelle locale.
Ah ouais.
Vraiment.
C'est-à-dire que là, à l'époque, c'est ils vont faire du trafic, ils vont...
Alors il y a deux solutions.
Soit on les accuse de communautarisme, où aujourd'hui on parlerait de séparatisme,
soit on les accuse de complicité avec les délinquants, les trafiquants.
C'est soit l'un, soit l'autre, ce n'est pas très original.
Voir les deux, tant qu'à faire.
Mais derrière ça, qu'est-ce qu'il y a ? Derrière ça, il y a le fait de voir ces
petites associations locales comme des opposants politiques, comme une menace pour les majorités
politiques, comme une menace pour l'hégémonie de tel ou tel parti.
C'est comme ça qu'ils sont perçus.
Mais en même temps, c'est assez logique si on réfléchit au fait que c'est aussi dans
toutes les associations d'éducation populaire, je pense aux banlieues rouges, que se sont
formées des confiances politiques ouvrières, etc.
Oui mais là, ce qui prédomine, c'est une logique de contrôle.
Et puis d'être avec des organisations de gauche classique, d'éducation populaire,
syndicale ou autre, il y a une forme d'acceptation plus forte que quand c'est une petite assaut
qui est gérée par des jeunes quartiers, notamment des jeunes racisés.
Ils n'ont pas le même niveau de légitimité.
Ce n'est pas comme ça qu'ils sont perçus.
Et du coup, vraiment, nous, on vient très naïf, on va faire les trucs et puis on va
faire les trucs avec la mairie s'il faut, dans l'intérêt des jeunes, avec le centre
social.
On veut vraiment bosser avec tout le monde et on voit que la méfiance, elles viennent
partout en fait.
Le mépris vient de partout et avec les mêmes bases.
Et ça, vous le dites dans le livre et c'est intéressant, enfin c'est un sujet qu'on porte
très souvent ici en tant que radio-associative.
C'est aussi le fait que le monde associatif est devenu un gros gâteau à partager avec
des subventions, avec des gros acteurs qui arrivent avec des appels à projets, une sorte
de financiarisation du monde associatif qui commence là.
Oui, ça c'est vrai, mais ça arrive plus tard, ça arrive quand même plus tard.
En tout cas, nous, dans notre perspective, c'est même pas ça.
D'ailleurs, au fur et à mesure, on n'a pas laissé le choix aux gens.
On s'est imposé et même vis-à-vis de tout le monde était un peu méfiant, mais on s'est
imposé et puis on a demandé des financements potiques de la ville.
On n'a jamais eu beaucoup de sous.
C'est 3000, 4000, 5000 euros de budget par an, par an.
Et on avait 150, 200… Je veux dire, on a fait énormément de choses avec très peu
et on sait faire ça.
Et on n'était même pas dans une logique de professionnalisation du monde associatif
ou d'aller concurrencer…
Oui, mais eux, peut-être qu'ils l'étaient.
Non, je pense que c'est plus… c'est moins avouable que ça.
D'accord.
En termes de rejets, c'est-à-dire on a la fois le paternalisme de gauche pour résumer
les choses.
Un peu…
On aime bien les Arabes, mais il faut pas trop qu'ils décident.
Vous êtes dans notre friend zone, mais c'est nous qui vous dirigeons et qui vous orientons.
Et la droite nous voit plus comme un danger électoral pur.
Ici, un futur parti politique qui va nous sortir de là.
Donc c'est pas les mêmes logiques… c'est un thé de racisme aussi, mais c'est pas
les mêmes approches.
Donc on voit des gens qui nous freinent plutôt du côté de la gauche, et à droite, pareil,
on nous criminalise.
Donc nous, on se retrouve entre les deux et on laisse le choix à personne, en fait.
On a un groupe, on laisse le choix à personne, mais c'est extrêmement violent et c'est
extrêmement décevant.
Et je trouve que c'est un énorme gâchis, en fait.
Oui, parce que ce que vous avez vécu, d'autres le vivent.
Parce que ce qu'on vit, d'autres le vivent, mais surtout, je trouve que c'est un gâchis
pour le territoire.
Parce qu'on dépense une énergie juste à exister, alors qu'on a envie de faire des
choses pour les jeunes.
On n'était pas politisé dans le sens de prendre le pouvoir.
Et d'ailleurs, ça fait trente ans qu'à Villiers-sur-Marne, on pense que je scrute
sur la mairie ou sur le pouvoir municipal, alors que ça fait trente ans que ça ne m'intéresse
pas.
Non mais c'est fou ! Et cette croyance-là n'a pas disparu !
Oui, parce que vous habitez toujours à Villiers-sur-Marne.
J'habite toujours à Villiers-sur-Marne, oui.
Dingue ça !
Ah bah non, c'était pas dingue, c'est rationnel, totalement.
C'est rationnel, oui.
Mais bon, vous avez à peine changé de quartier.
Voilà, j'ai changé de quartier.
Je suis en zone imposable.
Ah oui.
Parce que vous êtes imposable, tout simplement.
Oui, parce que je suis imposable.
Et je suis très fier.
Mais très bien.
Mais oui, parce qu'en plus, vous êtes payés avec nos impôts.
Exactement.
Madame Mirthus est scandaleuse.
Ah bah, je ne crois pas, non ? Parce que vous vous racontez de la manière dont vous faites
votre métier, je crois qu'il n'y a pas de ces impôts-là qu'on doit avoir honte, bien
au contraire.
Mais alors, du coup, on va continuer un peu votre biographie parce que le temps file.
Et du coup, vous revenez à la fois dans votre cité, vous occupez de vos frères et soeurs,
vous jetez un œil plus qu'attentif sur eux, voire un peu intrusif les bords, vous montez
une asso et vous continuez quand même vos études, ça se passe correctement, c'est
plus la routine, il y a encore des difficultés liées à votre parcours ou vous êtes devenu
un étudiant comme les autres à ce moment-là, quand vous entrez en licence ?
Je pense que je suis devenu un étudiant comme les autres quand je rentre en licence, dans
le sens où j'arrête de me dire, quelqu'un va venir me tirer par le col et me dire « vous
n'avez rien à faire là, c'était une erreur, ça ne va pas être trop possible ». Parce
que pendant très longtemps, je me suis dit que je suis une imposture totale, et ce n'est
pas normal que je sois là les premières années, pendant longtemps ça me traîne.
Même en travaillant autant ?
Même en bossant, ce n'est pas la question, j'ai rien foutu de ma vie à l'école, ni
au collège, ni au lycée, etc. et j'arrive à l'université et très rapidement, en plus
j'ai capté deux trois trucs en termes de méthodes, donc mes résultats, à part une
note en dessous de la moyenne, ce sera la scène au début.
Oui c'est vrai, vous avez toujours été plus tensu.
Une fois que je comprends en fait, une fois que je comprends je deviens une vraie machine
par contre.
Une fois que je comprends je deviens une vraie machine, c'est « ah ok d'accord, ça marche
comme ça, c'est bon, ça j'ai et ça je peux ». Ce qu'il y a c'est que je ne deviens
pas un étudiant comme les autres parce qu'il y a énormément de lacunes à rattraper.
Dans quelle matière ?
Dans tout, l'anglais, l'histoire, la philosophie, tout ce que je n'ai pas étudié dans la littérature,
tout ce que je n'ai pas étudié en primaire, dans le secondaire, au collège et lycée,
les gens qui viennent, la plupart ils ont fait général, SES, donc ils ont un bagage,
ils ont la langue, moi j'ai énormément de choses à rattraper comme lacune et ça on
l'oublie parce qu'on se dit « ça y est, il a des bons résultats ». En fait, avoir
un bon résultat c'est une performance ponctuelle.
On a un support de cours, on travaille et on arrive à avoir un bon résultat si on a
à peu près écouté, mais ça ne veut pas dire qu'on a compensé toutes les lacunes
derrière.
Et donc ces lacunes-là ne nous lâchent pas pendant très très très longtemps.
Même quand je deviens chercheur, l'anglais c'est pas ça.
Oui, vous dites, c'est en allant aux Etats-Unis que vous faites le défi d'aller…
Exactement.
Je fais un truc de fou, mais pour beaucoup de mes collègues, c'est de demander, de
déposer des projets, d'aller aux Etats-Unis quasiment ne parlant pas la langue, en me
disant « je vais faire les deux, je vais faire ma recherche et je vais apprendre la
langue ».
Oui, l'habitude d'avoir toujours fait deux, trois trucs.
Et ce qu'on a commencé à vous reprocher d'ailleurs pendant vos études, j'ai vécu
la même expérience.
Je me souviens d'un prof de socios justement, mais j'étais en économie, me disant « ah
ben je vous ai vu, vous êtes caissière à Auchan, vous devez gagner beaucoup d'argent
mais il faudrait penser à venir en cours ».
Et bien ça, on vous a dit, pas la même chose, vous n'étiez pas caissière à Auchan,
mais vous faisiez autre chose et on vous a dit, vous n'êtes pas…
Vous manquez un cours optionnel.
Oui, mais ça, ça a été la première baffe dans mon expérience dans le milieu académique
parce que bon, la maîtrise, maîtrise ça va, licence maîtrise ça va, j'ai mes diplômes
et puis il y a des profs qui me soutiennent.
Vous faites quoi comme mémoire, rappelez-moi ?
Le mémoire, c'est une sociologie des affrontements autrement.
Voilà.
Donc toujours, on reste à me créer dans ce qu'on connaît, dans là où on peut avoir
un terrain qu'on aime, qui nous interroge personnellement.
Oui, c'est surtout les questionnements.
Qu'est-ce qui me questionne ? Qu'est-ce qui m'a toujours interrogé ? Et puis qu'est-ce
qui, dans le Marwan sociologue, pourrait aider le Marwan responsable associatif ? Et qu'est-ce
qui pourrait, dans le Marwan sociologue, appuyer le travail de tous les acteurs associatifs
de terrain ? Il y a aussi cette dimension un peu de comment on diffuse la recherche,
comment elle est utile et comment elle bénéficie aux quartiers populaires.
C'est comme ça que je pense aussi à l'époque.
Donc oui, c'est pour ça que j'ai beaucoup travaillé sur ça et puis j'ai l'accès
au terrain et puis j'ai un excellent terrain.
Je suis surveillant dans le collège, animateur à la maison de quartier, responsable associatif.
C'est un accès quand même considérable et intéressant, pourquoi s'en passer ? Moi,
je fais ce travail-là dans le DEA, je m'inscris au DEA, c'est Master 2, Master 2 recherche
pour ceux qui sont là actuellement à l'université.
Parce que Master 1, maintenant, c'est maîtrise ?
C'est maîtrise.
Ah oui, d'accord.
Maîtrise, c'est Master 1.
Et DEA, c'est Master 2.
DEA ou DESS, c'est Master 2.
D'accord, ok.
Et donc, je m'inscris en Master 2, sauf que moi, je travaille à plein temps.
Et je travaille à plein temps parce que je suis soutien de famille.
Et donc, on a un prof qui est responsable du DEA et qui est spécialiste des inégalités
scolaires.
C'est son domaine de spécialité qui commence à me menacer de m'expulser, de m'exclure
du DEA, de tout le DEA, si je ne remplis pas mon obligation de ponctualité.
C'est vrai qu'il y a une obligation de ponctualité, mais je loupe un cours, un cours optionnel
en plus.
Donc vraiment, je suis à l'arrache, mais celui-là, j'ai dû le sacrifier, mais je
le rattrape.
Je le rattrape et je le bosse.
Et je le vois, il ne lâche pas l'affaire et je ramène les preuves.
Je vais jusqu'à ramener les preuves, les revenus de la famille, voilà mon rôle.
Et puis, j'ai l'impression de devoir convaincre quelqu'un qui connaît cette réalité-là
en fait.
Et je vois qu'il ne lâche pas l'affaire et là, du coup, je me tourne vers mon directeur
de mémoire de l'époque, qui était Philippe Robert, et je me tourne vers Laurent Mukely,
qui était un peu mon mentor à cette époque-là, et je leur dis, je transfère les mails, je
dis, je ne comprends pas pourquoi il est aussi rigide.
Et eux, ils montent au créneau directement, ils le calment, voilà, ils le calment.
J'ai appris ensuite que c'était une manière, en tout cas, c'est une hypothèse, une manière
de m'exclure de la compétition, de la location de thèse.
Puis il y en a très très peu pour les écoles doctorales, et donc, c'était une manière
de m'exclure pour faire passer son étudiant à lui, au directeur de ce DEA.
C'est une hypothèse, il y en a peut-être d'autres, j'ai eu d'autres hypothèses moins
glorieuses pour lui.
Mais voilà.
Parce que celle-là n'est pas très glorieuse quand même, pardon.
Ouais, ouais, ouais, c'est vrai qu'elle n'est pas très glorieuse, mais bon, on peut se dire
c'est tactique, mais il y en a d'autres qui sont encore moins glorieuses.
En tout cas, on me dit, je découvre ça, donc ça m'est quand même une belle baffe, qui
ne sera pas la première.
Voilà.
Et qui ne sera pas la dernière.
Ouais, non, qui sera la première, pardon, qui ne sera pas la dernière.
Mais là, je remarque quand même, dès qu'on se rapproche d'un espace beaucoup plus compétitif,
celui du troisième cycle ou du recrutement ensuite, donc, il y a énormément de compétences
et de compétitions.
Et donc là, les problèmes reviennent, quoi.
Les coupes reviennent.
Et pourtant, vous, vous ne vous posez pas la question de faire autre chose que de faire
une thèse, que d'aller jusqu'à la thèse.
Oui, mais en fait, c'est une ambition qui vient en progressivement, en fait.
C'est le cours de la licence maîtrise que je me dis.
Parce que moi, mon état d'esprit, c'est je joue, je gagne, je gagne, je joue.
Tu me fais ça, mon état d'esprit.
Je réinvestis.
Je verrai, je verrai à quel moment ce sera plus possible.
Mais moi, je vis, je prends des diplômes, j'ai un D.U.G., ensuite une licence, une maîtrise,
mais personne dans ma famille élargie quasiment, on est parti jusqu'à ce niveau-là.
Un D.E.A. ?
Un D.E.A.
Troisième cycle.
Et puis, le doctorat, ça symbolise dans nos familles quelque chose d'extrêmement puissant.
Même au pays, ceux qui ont un docteur, ils aiment bien les appeler de doctor, quand je
vais des fois, on m'appelle.
Comme en Allemagne où c'est sur les cartes de visite.
C'est dans les cartes de visite où j'étais, ah, Dr.
Mohamed, docteur, ça veut dire quelque chose avec le petit accent.
Même sans l'accent.
Même avec l'accent allemand.
Même sans l'accent.
Ouais, ouais.
Donc, voilà, ça claque bien.
Non, mais je me dis, je vais le plus loin possible et on verra ce que je fais.
Donc, même l'ambition d'être recruté dans l'enseignement comme maître de conférence
ou scénariste, j'y pensais même pas au départ, mais je pensais plus maître de conférence,
peut-être c'est moins compétitif, ça vient pendant le doctorat, non, non, ça vient plus
tard.
Et c'est pareil pour faire un deuxième cycle, ça vient au fur et à mesure du deux que je
me dis, tiens, peut-être que je vais faire licence.
Il y a des gens qui vous encouragent aussi, il y a des profs qui t'encouragent.
Toujours, toujours, toujours, toujours.
Je veux dire, à tous les niveaux, il y a une communauté de soutien, à tous les niveaux,
à tous les moments, il y a des complicités, à tous les moments, il y a des alliés.
C'est ça que je répète à qui veulent entendre que ce parcours-là, c'est un parcours collectif
et qu'en toute logique, mes droits, mes droits d'auteur, je devrais les partager aussi.
Parce que…
C'est ce que vous allez faire ?
Bah oui.
À la question qui tue.
Avec les miens premier cercle, après, on pourrait développer, mais…
Les vôtres, ils vous soutiennent aussi, enfin, vous demandez quand même l'autorisation
à votre femme avant d'embarquer, je crois, si j'ai bien compris, tout le monde quand
même aux États-Unis, contre l'avis de votre fille ?
Contre l'avis de ma fille Salma, oui, qui veut pas partir, mais à toutes ses copines,
elle est bien, c'est le déracinement, c'est là, c'est là.
Bon, ils parlent anglais, les deux, là ?
Oui, ils parlent les deux, les deux parlent anglais, oui, ils sont vigilants.
Donc…
Non, aujourd'hui, c'est plus d'activité.
Non, mais c'était au départ, quoi.
Sur un mesure…
Bien sûr.
Mais alors, vous disiez, c'est pas ma première claque de me voir, bah, quasiment viré, enfin,
menacé d'être viré, parce que je travaillais à côté, ce qui est parfaitement légitime
et utile.
Et ensuite, il y a quand même cette entrée au CNRS, bon, vous faites une thèse, et
là aussi, il y a toujours l'idée de rendre, vous faites une thèse sur… vous intégrer
le rôle des familles dans la lutte contre la…
Sur la formation des bandes de jeunes, oui.
Voilà.
Parce que la Caisse nationale de l'allocation familiale, elle vous avait aidé à avoir
votre premier diplôme, c'est-à-dire le BAFA, et donc, bah, du coup, elle vous aidera
à avoir l'un de vos derniers diplômes aussi.
C'est quand même un beau cercle.
Ouais, ouais, ouais.
Moi, je rends, en conclusion, je rends hommage à la CAF, à la Caisse nationale de l'allocation
familiale, alors que beaucoup de transclasses ou de transfuges, etc., rendent hommage, et
c'est légitime, à l'éducation nationale, parce que c'est souvent l'école qui les
a aidés à évoluer.
Moi, c'est pas tant l'école, parce que j'étais en échec scolaire, université après, mais
oui, la Caisse nationale d'allocation familiale, qui est quand même une institution qui est
le produit des luttes ouvrières, ça vient pas de nulle part, hein, ces politiques-là.
Et qu'il faut défendre ardemment.
Et qu'il faut défendre ardemment, mais en fait, d'abord, elle a permis à la famille
de ne pas couler économiquement, ensuite, c'est les CAF qui financent en partie les
centres sociaux dans les quartiers populaires, la CAF a financé une partie de Montbafa.
Qui finance aussi des vacances, c'est-à-dire le fait de voir autre chose que le quartier.
C'est ça.
Exactement, exactement.
Et puis ensuite, même quand il a fallu passer mon diplôme, ma thèse, pour trouver un financement,
j'ai répondu à un appel à projet de la Caisse nationale d'allocation familiale, le pôle
de recherche, et du coup, j'ai inclus dans mon projet de recherche, je voulais travailler
sur la place de la rue et de l'école, j'ai rajouté la place de l'école, de la rue et
de la famille dans la formation des bandes de jeunes.
Mais eux, et notamment la femme, l'administratrice syndicaliste CGT qui a défendu béquillon,
que je connaissais pas, mon projet, elle voulait aussi que cette thèse puisse apporter des
éléments d'analyse et des arguments pour contrer le discours punitif sécuritaire qui
appelle à sanctionner les parents, dont les enfants sont pris dans les logiques de délinquance.
Donc il y avait tout cet aspect-là qui est rentré en compte.
C'était parfaitement cohérent.
Alors, racontez-moi comment vous avez failli ne pas rentrer au CNRS ?
Vous savez, le CNRS, le concours, vous avez deux phases.
Vous avez une phase d'admissibilité, où en fait, c'est les scientifiques, les gens
compétents, qui examinent tous les dossiers et ensuite ils auditionnent et puis ensuite
ils font un classement.
Et puis, vous avez une deuxième phase, elle est plus administrative, c'est des gens qui
n'examine pas et qui sont pas compétents pour examiner vos dossiers, mais qui doivent
superviser le recrutement pour voir si c'est conforme à la politique du CNRS et s'il
n'y a pas eu de magouille ou en tout cas, pour voir si la conformité est respectée.
C'est un peu ça le but de cette commission, si je ne me trompe pas.
Et en fait, moi, j'ai été classé en 2009 quand je suis entré premier par les scientifiques
qui ont examiné en profondeur tous les dossiers, qui ont auditionné les candidats, tous les
candidats.
Ils étaient combien ?
On était, je ne sais pas moi, 120, 130.
Premier sur 120 ?
Oui.
Ah ça marouane là, la classe quand même.
Ouais, j'étais très content, mais on m'a dit, attends un peu quand même.
Donc j'étais content, pour une fois, j'étais premier quelque part, mais j'ai attendu et
puis ensuite, j'ai été déclassé de premier à troisième, sauf qu'il n'y avait que deux
postes.
Donc j'ai perdu mon poste officiellement, donc je n'étais pas recruté normalement,
et là encore, quand je dis le rôle du collectif, il y a eu tout de suite dans la commission
scientifique une vraie mobilisation, une indignation, des courriers qui ont été écrits chez beaucoup
de chercheurs.
Il y a aussi des courriers qui ont été écrits, alors mon directeur Laurent Mucil, mais également
des gens comme Didier Lapirony, Pia Sonam, qui ont trouvé ça extrêmement injuste, les
syndicats, l'association de la française de sociologie qui a protesté.
Donc moi, j'étais quand même surpris de voir toute cette mobilisation-là qui me dépassait
ma personne.
Bien sûr, mais c'est important justement que ça dépasse votre personne.
Mais c'est extrêmement important de ne pas se sentir seul et que le sortiment d'injustice
soit partagé par d'autres, soit politisé, et puis il y a aussi des gens en dehors à
qui j'ai parlé, notamment des responsables associatifs de quartier, qui étaient en contact
notamment avec le cabinet de l'ancien ministre de l'Enseignement supérieur et qui ont protesté
de leurs côtés. Au final, il y avait des postes qui avaient été gelés, qui ont été
dégelés. Un de ces postes a été attribué à ma commission, donc on avait un troisième
poste. Et comme j'avais été déclassé à la troisième place, j'ai pu rentrer comme
ça au CNRS. Mais cette pratique de déclassement, elle n'a pas disparu pour autant, et je pense
notamment à un des cas les plus emblématiques, les plus scandaleux, c'est celui d'Akimou
Lassie, qui a été déclassé trois années de suite.
Je me rappelle d'avoir suivi son affaire et j'étais vraiment heureuse de voir, en lisant
votre livre, j'ai fait des petites ouvries, page 186, quand je vois que c'est lui qui
vous file un coup de main à la fin. Et je me dis, ben ouais, cool, il est quelque part.
Parce que c'est vrai que...
Il est aujourd'hui maître de conférence à l'université, il a été recruté, on est
très content.
Il travaille sur quoi maintenant ?
Il travaille toujours pareil, il travaille beaucoup sur la question du sport, de la construction
des masculinités, des formes de prévention par le sport, notamment dans les quartiers
populaires. C'est un des très très bons, un des tout meilleurs spécialistes sur ces
sujets-là. Et c'est vrai que c'est lui qui m'a mis en contact avec le professeur spécialiste
des gangs aux États-Unis, à New York, qui va m'accueillir pendant mon séjour.
Solidarité d'Akim.
Solidarité d'Akim, mais lui, il n'est pas rentré au CNRS finalement.
Non, il n'est pas rentré non, alors qu'il aurait dû rentrer, il avait été classé
trois années de suite.
Et le CNRS par rapport à l'université, ça c'est vrai que je l'avais en tête mais
pas forcément, l'avantage c'est que vous pouvez faire vraiment quasiment que de la
recherche.
Vous vous rendez beaucoup parce que c'est juste dans votre nature, c'est-à-dire que
vous faites plein de trucs, vous allez dans les médias, même dans les petites radios
associatives, et on vous en remercie, enfin voilà, vous continuez à faire de l'éducation
populaire, déjà vos terrains, c'est aussi, vous contribuez peut-être de manière presque
invisible mais visible quand même, à être un sociologue qui va sur des terrains avec
des gens qui connaît.
Donc de toute façon, ce rôle modèle, peut-être qu'il y a des jeunes qui se disent « quand
même, on peut quoi ». Et c'est possible.
Moi, je ne me définis pas comme rôle modèle, j'ai beaucoup de mal avec ces expressions
que j'imagine.
Je respecte chacun la liberté d'utiliser cette notion-là.
J'ai pas fini, c'est juste que, non, je vais oublier la motil de phrase, vous n'êtes
pas tenu à l'enseignement au CNRS, c'est ça qui est important.
Ouais, c'est ça.
C'est-à-dire que vous faites autre chose.
On est chercheur à plein temps.
Ce qui est un privilège et ce qui est quand même un statut assez rare, même en Europe,
donc c'est quand même un énorme privilège, ce qui permet d'investir du temps sur des
recherches très différentes, mais moi, ce qui m'a aidé ce temps-là, c'est une
ressource qui me permet de faire des recherches dans des terrains très compliqués.
Alors, à savoir.
Depuis dix ans, je travaille sur les économies criminelles, sur la criminalité organisée,
le trafic de stupéfiants, les violences liées au trafic de stupéfiants, donc ça fait dix
ans que je travaille sur tous ces sujets-là et je prends le temps et je n'ai pas encore
publié beaucoup, mais parce que c'est des terrains qui demandent énormément de temps
pour avoir le sentiment de commencer à capter quelque chose.
C'est des terrains changeants, mais en parallèle, ça ne m'empêche pas d'aller en parler, et
ce n'est pas seulement dans mes terrains d'origine.
Moi, mon concept de sociologie populaire, c'est le mélange de la sociologie et de l'éducation
populaire et du coup, elle repose sur l'idée que la sociologie doit aller partout.
Bien sûr.
Elle doit aller partout, elle doit circuler, c'est un savoir qui a un bien commun, donc
il doit circuler.
Et puis moi, je suis fonctionnaire d'État, je suis payé par l'impôt, vous l'avez dit
tout à l'heure.
Donc une manière aussi de rentabiliser l'impôt, c'est de faire circuler les séances et les
résultats.
Alors là, il y a un petit problème, en tout cas à mon sens, c'est que vous êtes payé
avec mes impôts, mais les pouvoirs publics, et en l'occurrence ceux qui peuvent mener
à bien des politiques publiques, vu le nombre de clichés qui imprègnent les discours politiques
et donc du coup l'action politique et les lois sur l'immigration, sur la délinquance,
sur tout un tas de sujets, où on a l'impression que les politiques publiques ne tiennent absolument
pas compte de la science et de la recherche.
Ça dépend si vous parlez des politiques publiques locales, ça dépend si vous parlez
des politiques nationales et ça dépend de quel ministère vous parlez.
Si on parle d'immigration, par exemple, pour prendre un sujet qui n'est pas le vôtre,
il y a des chercheurs, je pense à Michel Agier et toute une équipe de jeunes chercheurs
qui ont fait une collection de livres Babel avec des résultats de recherche rapides justement
pour que ça puisse être pris en compte, que dalle en fait, ils restent sur leurs clichés.
Oui, bien sûr, mais ça c'est pareil pour les questions de délinquance, moi que je travaille davantage.
Vous ne pouvez pas obliger les décideurs notamment à l'échelle nationale ou au niveau local,
vous ne pouvez pas les obliger de fonder leurs décisions sur le savoir scientifique.
Ils le font d'abord sur d'autres intérêts, sur des intérêts de classe,
sur des intérêts particuliers, intermédiaires, corporatistes ou bien sur leur idéologie en fait.
Je suis d'accord avec vous, je ne le supporte pas en fait, on ne peut pas le supporter quand on vote,
quand on paye des impôts.
On peut le critiquer, moi je le critique, moi mon rôle c'est d'aller rendre ce savoir disponible
à qui de droit, y compris moi, quand des cabinets mystérielles ou des secrétaires d'État ou des ministres
me proposent un déjeuner pour discuter d'un sujet, j'estime que ma responsabilité c'est d'y aller.
Mais ce que je constate, c'est qu'on a beau y aller plein de fois quand on regarde ce qui est proposé
au niveau politique, au niveau national, en tout cas pour mes sujets de recherche, c'est pas trop pris en compte.
Certains sur le terrain me disent, détrône-toi Marouane, tu sais pas comment au sein de l'administration
on discute, on travaille et comment ça peut jouer, mais ça ça m'échappe, ça ça m'échappe.
Par contre au niveau local je trouve que les discussions qu'on peut avoir avec les décidés
ou les acteurs locaux sont plus concrets, c'est plus concret en fait, c'est pour ça que moi j'investis d'abord
l'échelon local parce que même si les marges de manoeuvre et le pouvoir des acteurs locaux
est moindre que les leviers de l'État, ils ont quand même des moyens d'action et donc il se passe des fois
des choses très intéressantes à l'échelle locale qui m'intéressent d'accompagner ou de structurer
ou d'aider la structure.
On n'a plus le temps d'écouter toutes les musiques, alors il faut choisir, j'ai bien envie qu'on écoute
la troisième ou les questions de Palestine je crois, et puis on terminera avec Médine si on a le temps.
C'est arrêté, du coup voilà, on a eu vraiment quelques notes, j'avais dit quelques notes, c'était quoi ?
C'est une chanson que vous avez choisie Marwan Mohamed, alors c'était laquelle ?
C'est Nassal Rewen.
Voilà, oui, alors dites-nous pourquoi.
Nassal, non, mais parce que je voulais que dans cette émission on ait une pensée pour la Palestine tout simplement,
donc à chaque fois qu'on me demande un morceau, notamment ces derniers temps,
notamment depuis le début du génocide, après les massacres du 7 octobre, etc.,
j'aime bien qu'on ait une pensée pour le peuple palestinien, que ce soit en musique ou en parole,
comme on est en train de le faire là, c'est tout.
Voilà, et ça, Marwan Mohamed, dans le monde de la recherche, ça peut poser problème de fait de dire ça,
tout simplement d'être contre un génocide, on a quand même vraiment changé d'époque,
être contre un génocide peut poser problème, être d'apparence musulmane peut poser problème,
parce qu'il y a quand même, et vous le notez, vous le pointez dans ce livre, et on le sait depuis un moment,
il y a une offensive en fait de pseudo-chercheurs, je me le permets de le dire,
je sais que vous n'allez pas être d'accord, vous êtes quelqu'un de très modéré,
mais de pseudo-chercheurs qui tentent de considérer toutes les personnes d'apparence musulmane
qui feraient n'importe quoi comme de l'entrisme dès que vous êtes quelque part avec votre barbe de hibister,
on la prend pour une barbe de musulmane, de frère musulmane, et qu'on vous taxe de faire de l'entrisme,
un peu comme dans le monde associatif en fait, vous revivez la même chose,
mais avec des gens qui normalement sont un peu cortiqués, sont l'élite de la nation,
et ils ont encore ce genre de raisonnement, comment vous le vivez, comment vous l'expliquez,
je ne l'ai peut-être pas bien raconté, peut-être vous pouvez le raconter mieux.
Non mais j'ai bien compris, alors deux choses, moi je n'utiliserai pas la notion de pseudo-chercheur parce que...
Mais on vous l'oppose à vous, donc...
Oui on me l'a opposé à moi, mais justement je ne reprends pas ce type d'accusation.
En fait pour moi la recherche c'est une méthode, c'est une démarche scientifique, ce n'est pas un statut.
Donc on peut avoir un statut universitaire et ne pas faire de recherche,
on peut avoir un statut universitaire et être idéologue,
on peut être statut universitaire et ne plus confronter ses travaux et ses résultats dans les sphères scientifiques
pour justement la validation des pairs, et n'écrire que des essais
qui sont extrêmement critiqués sur leur intention, leur méthode et leurs résultats.
Donc moi être scientifique c'est appliquer la démarche scientifique.
Bien sûr, pour vous, mais pour par exemple mes confrères et consoeurs qui invitent ce genre de gens à la radio,
ils les présentent quand même comme chercheurs au CNRS et moi quand je suis devant ma radio que j'ai envie de casser,
je vois un chercheur au CNRS qui dit ça.
Oui mais c'est pour ça qu'il faut faire attention à l'effet de statut et toujours se poser la question,
mais c'est valable pour tout le monde sur quoi est basé le propos.
Sur quoi est basé le propos, je pense que la responsabilité des journalistes,
la responsabilité des journalistes, j'insiste, mais comme nous en tant que chercheurs,
c'est d'aller regarder comment est construit le propos, comment est construit la donnée
et au fond quelles sont les activités parallèles des personnes en question.
Est-ce que c'est une parole analytique ou est-ce qu'on est sur quelque chose d'assez idéologique ?
Et effectivement dans le milieu de la recherche,
il y a un certain nombre de personnes qui utilisent leur statut de chercheur pour faire passer à autre chose.
Et je ne dis pas que ce n'est pas légitime, la liberté de parole pour moi est extrêmement importante,
mais il faut juste distinguer les registres.
Moi typiquement dans ce livre-là, ce n'est pas un livre de recherche à proprement parler.
Je ne peux pas dire que c'est une analyse, c'est un mélange entre un récit et des éclairages sociologiques de ce récit.
Donc je ne vais pas le mettre comme une publication scientifique pure,
comme si je publiais dans un article de revue.
Parce qu'il faut être honnête juste dans ce qu'on fait et des fois moi je prends position.
Quand je défends la prévention sociale de la délinquance, je prends position, ce n'est pas le chercheur.
C'est Marouane Mamet, le citoyen, la personne qui a engagé, qui a des idées, qui a envie de les partager.
Vous êtes nourri par vos recherches comme devraient l'être les publics en l'occurrence.
Mais je ne vais pas commencer à passer mon temps à dénigrer des collègues au nom d'un discours suspicieux.
C'est là où c'est très problématique et ce que je peux éprouver avec d'autres collègues.
C'est qu'on est en train d'éprouver depuis très longtemps une politique de la suspicion,
un paradigme de la suspicion qui fait que derrière chaque musulman apparent,
chaque musulman qui assume des signes d'islamité ou bien qu'on projette sur lui des signes d'islamité,
une barbe ou autre, on va lui associer un projet politique.
On va pouvoir associer un projet politique anti-républicain, anti-démocratique, violent ou autre.
Moi, c'est ça qui me pose terriblement problème.
Ce n'est pas que les chercheurs prennent la parole.
C'est qu'ils utilisent la surface médiatique et la leur pour faire passer des idées, notamment complotistes.
Tout ce complotisme islamophobe, bien sûr qu'il va rejaillir sur le travail des uns et des autres.
Toutes ces accusations, toutes les formes de dénigrement, bien sûr que ça fait beaucoup de mal au monde académique.
On peut débattre, on peut ne pas être d'accord, on peut proposer des idées différentes.
Mais là, à travers ça, ce sont des attaques en règle structurées contre le monde académique
et en particulier contre les sciences humaines et sociales.
C'est pour ça qu'il faut être extrêmement prudent à qui on invite et surtout au travail qui peut être produit.
Moi, je ne reproche pas à une chercheuse ou à un chercheur d'être proche de l'extrême droite si c'est leurs opinions politiques.
Moi, je combats ces opinions-là.
Mais moi, je suis plutôt proche des idées de gauche, je ne m'en cache pas, c'est comme ça.
Par contre, quand on est chercheur et qu'on fait nos travaux de recherche, on parle normalement le même langage.
Et ce n'est pas toujours le cas, c'est vrai, donc on fait nos travaux de critique, mais pas sur Twitter.
Absolument. Déjà, ce n'est pas sur les réseaux sociaux, parce que là, ça devient autre chose, c'est de l'influence.
Là, c'est clairement très problématique de calomnier une grande partie de la comité scientifique
quand on sait en plus que dès lors qu'on va calomnier quelqu'un, il y a toute une armée de trolls d'extrême droite
qui vont écrire à l'employeur, qui vont harceler, qui vont insulter, toute cette violence-là.
Et puis plus largement, dans la question que vous avez posée, c'est qu'est-ce que ça fait d'être chercheur au CNRS,
d'être chercheur avec ma tête, mon nom et mon visage, parce que ce n'est pas neutre non plus, indépendamment de ces discours-là.
Même sur mes sujets comme la délinquance, c'est quelque chose qui, comme le dit K.O. Terarchie, n'encore nous précède.
Mais c'est valable pour tout le monde.
Dans votre livre, vous citez beaucoup de K.O. Terarchie, par exemple, qui est aussi écrivaine, très bonne écrivaine.
Vous citez beaucoup de vos collègues qui ont des noms à consonance étrangère, voilà, qui ne sont pas.
Mais je ne sais pas quelle est la proportion, en fait, dans la recherche, c'est quand même très blanc et très masculin, ou c'est un peu...
Les sciences humaines et sociales en France, telles que ça a été analysé en tout cas par mes collègues dans la revue Marronnage,
le dernier numéro de la revue Marronnage dont a parlé Le Monde il n'y a pas longtemps.
Oui, c'est... Du point de vue de l'origine sociale, on n'a pas tant donné que ça, mais moi, l'expérience que j'ai,
c'est que j'ai quand même beaucoup de collègues chercheurs sociologues qui viennent des classes moyennes ou des classes populaires stabilisées,
donc c'est assez mixte, je pense, en termes d'origine sociale.
À vérifier, parce que c'est fou quand même, on est une institution qui se connaît elle-même très très mal.
Oui, ce serait intéressant peut-être, justement, parce que...
Par contre, Abdelhadiya Jatt et toute une équipe-là, ils ont travaillé sur la question de la diversité raciale, plutôt.
Et effectivement, le monde universitaire français est plutôt homogène, plutôt blanc,
et avec des variations selon les disciplines, là où c'est le plus blanc, c'est la médecine,
là où c'est un peu plus diversifié ces dernières années, c'est les sciences de gestion,
et la sociologie est plus proche de la médecine que les sciences de gestion.
Oui, ben oui.
Mais ça, des collègues de l'étranger, d'autres pays nous le font souvent remarquer.
Ah oui, vous avez une phrase, je ne peux pas ne pas la citer, parce que j'ai tellement ri en lisant ça.
C'est terrible, et puis ce n'est pas très flatteur.
L'islamophobie, c'est un peu comme le vin ou le luxe, aucun événement mondial ne peut ignorer la production hexagonale.
Bon, ben voilà, il y avait une question que je m'étais écrite, c'est est-ce que ce que vous vivez, là, cette...
je le dis, cette sorte de bashing de rejet, enfin de racisme, tout simplement,
parce que ce n'est pas basé sur de la science, donc c'est juste des élucubrations.
Ce qui vous est opposé, et qui a des conséquences, sans doute, en termes d'accès à des postes et de financement,
parce que ce n'est pas sans conséquences, on pourrait le balayer d'un vers demain si ça n'avait pas de conséquences,
mais en l'occurrence, ça en a, et est-ce que c'est pareil à l'étranger ?
Parce que, effectivement, il y a des gens qui ont quitté la France,
c'était l'objet d'un excellent bouquin de quelqu'un que vous connaissez bien, c'est Julien Talpin,
et plein d'autres, parce qu'ils n'étaient pas tout seuls à faire ce livre.
Eh bien, est-ce que c'est pareil ? Est-ce que c'est pareil, quoi ? Est-ce que c'est...
Déjà, je voudrais quand même, pour les auditeurs, resituer peut-être par rapport à ma trajectoire à moi.
Ma trajectoire à moi, dans le monde universitaire, notamment au CNRS, c'est plus de soutien que de haine.
C'est plus de solidarité que de haine. C'est plus d'ouverture que de haine.
Oui, mais quand même, bien sûr.
Non, mais je parle vraiment dans ma perspective à moi. Je ne vais pas noircir le tableau d'avantage qu'il n'est.
Moi, j'ai un devoir de lucidité et d'honnêteté à l'égard de tout le monde.
Donc quand je regarde même dans l'accès aux moyens de recherche ou à des financements ou la possibilité de partir aux États-Unis
grâce à une bourse européenne avec le financement du CNRS, avec le soutien du CNRS plus tôt, tout ça est réel.
Beaucoup de mes collègues mettent deux, trois ans à voir un financement, une bourse européenne. Moi, je l'ai eu la première année.
Donc je veux pas qu'on laisse entendre que c'est la lutte tous les jours. C'est pas vrai. Je travaille, moi, dans de très, très bonnes conditions.
Avec beaucoup de collègues qui sont en soutien. Il y a toujours eu plus de solidarité que de personnes dont on a parlé tout à l'heure, qui sont dans le dénigre.
On n'a pas donné parce qu'on est polis.
Mais parce que ce n'est pas intéressant de donner autant de lumière aussi à ça. Je n'ai pas voulu, dans ce livre, donner plus de lumière à ça aussi.
J'en ai parlé parce qu'il faut en parler. Ça fait partie du boulot. Mais c'est pas... Même au niveau des médias, l'accès aux médias, l'accès aux maisons d'édition.
J'ai pu changer les maisons d'édition. Je n'ai jamais eu de grosses difficultés pour publier. Donc ce que je veux dire, et je ne parle que au nom de Marwan Mohamed,
pas des chercheurs racisés d'origine populaire, mais c'est que mon expérience, elle est plutôt positive, je suis plutôt reconnaissant et attaché à mon milieu. Voilà.
Maintenant, est-ce que la violence du monde rejaillit ? Elle rejaillit sur tout le monde. Et en particulier sur les personnes non blanches, les personnes racisées.
Quand il y a des attaques qui arrivent, elles n'ont pas la même tonalité, elles n'attaquent pas au même endroit. Je pense qu'il faut résister, il faut résister.
Et mine de rien, ce livre, ça fait partie d'un... C'est un acte de résistance aussi. C'est un acte de résistance. On peut le lire comme ça, mais toujours ancré dans le...
C'est ça qui est important pour moi, toujours ancré dans le réel. Ce qui me frappe aujourd'hui, c'est... Mais c'est plus global.
Au-delà de la question de Marwan Mohamed ou des chercheurs racisés, c'est le désinvestissement public pour l'enseignement supérieur et de la recherche.
C'est la fragilisation de l'enseignement supérieur et de la recherche au profit du privé. C'est ça qui est extrêmement dangereux.
Il se passe la même chose à l'hôpital public. Il se passe la même chose dans l'éducation. L'éducation populaire dont je parle est en grande difficulté économique,
alors que son rôle, il est absolument essentiel. Et je pense qu'on est à un moment aujourd'hui, on est à un moment aujourd'hui où il faut articuler les deux.
À la fois la dimension du racisme, du racisme structurel. Il faut en parler, ça existe.
Est-ce que ça existe plus en France qu'ailleurs ? C'était juste ma question.
Ça, je pense que le racisme structurel...
Et l'islamophobie.
Et l'islamophobie. Alors l'islamophobie, oui, il y a une spécificité française. Ce dont vous parliez tout à l'heure, la citation, c'est vrai en fait.
Dès que je vais à des colloques sur l'islamophobie, on a des panels sur la France.
Bien sûr. Mais en France, on a une histoire. On sait à peu près quand elle a été construite et donc quel but.
On a une histoire. Mais aujourd'hui, en fait, il y a encore 4-5 ans, je vous aurais dit, moi, si c'est chaud en France, je vais aux États-Unis.
Aujourd'hui, les gens aux États-Unis disent, j'aimerais bien venir en France.
Donc il y a des sociétés qui se retombent très très rapidement qu'on pensait beaucoup plus ouvertes que ça.
C'est malheureusement la fin de cette émission. Est-ce que vous avez un dernier mot à ajouter ?
Il nous reste moins d'une minute, sinon je me concentrerais, déjà, je vais le faire, de rappeler le titre de livre.
C'était Paganier, de l'échec scolaire au CNRS. Histoire d'une remontada, d'une remontada qui ne s'est pas faite toute seule,
parce que vous avez beaucoup boussé, qui ne s'est pas faite toute seule parce que vous avez beaucoup été aidés aussi, beaucoup été entourés.
Et puis qui ne se fait pas toute seule parce que maintenant, vous continuez à diffuser votre savoir et à le construire aussi de là où vous venez quasiment.
Avec les autres. Avec les autres, voilà. Donc voilà, c'est pas méritocratique, c'est un encouragement à faire feu de toutes ressources.
Exactement. C'est un hommage à la France qui aide, la France qui travaille ensemble, la France complice.
Voilà, c'était surtout ça aussi qu'il faut pouvoir raconter. Merci beaucoup, Marouane Mohamed.
Eh bien, je vais tout de suite laisser la place à mon camarade qui est déjà derrière les manettes.
C'est Jérôme Soren que vous retrouvez maintenant. Et bonjour, Jérôme. Bonjour, Eugénie. Et c'est Rayon Libre. Avec qui aujourd'hui ?
Aujourd'hui, pardon, Rayon Libre avec Sophie Rapenel qui va nous parler de Tourisme à vélo. Eh bien, bonne émission. Merci.
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