Bonjour à toutes et bonjour à tous, c'est Liberté Sur Parole sur Cause Commune 93.1 sur la FM. Pardon, Liberté Sur Parole, c'est une émission proposée et présentée par Eugénie Barbezat et réalisée par Gilles Brésard que je remercie. Alors notre invité du jour va nous expliquer comment passer de l'échec scolaire à la recherche au CNRS sans trahir ni renier son milieu d'origine. Votre livre, Marouane Mohamed, bonjour puisque c'est vous notre invité, votre livre s'intitule « C'est pas gagné », il est paru aux éditions du Seuil et on y trouve les réponses à cette question. Vous êtes sociologue, chargé de recherche au CNRS et dans cet ouvrage vous nous offrez une socio-autobiographie assez rare, soit le récit d'un déplacement social analysé de l'intérieur, une remontada comme vous l'appelez, vous nous expliquerez pourquoi depuis une orientation subie, un échec scolaire, je crois que c'est chaudronnier que vous avez failli être, jusqu'au CNRS et vous racontez moins une ascension qu'un apprentissage collectif fait de médiation, de lecture, de rencontre décisive, une manière de rappeler que les trajectoires individuelles sont toujours des constructions sociales et que sans complices ni alliés rien n'est possible. Marouane Mohamed, votre histoire n'est ni un conte de fée républicain ni une revanche individuelle, c'est une plongée dans les mécanismes de la reproduction sociale et les ressorts fragiles mais réels de la mobilité sociale. C'est aussi un regard acéré et décillé sur le monde associatif, celui de la politique locale, sur les modes d'accès aux postes dans la recherche publique et la difficulté d'être regardé comme un chercheur comme les autres quand on est racisé et qu'on a vécu et travaillé dans une bonne lieu populaire du Val-de-Marne. Alors cette autobiographie teintée de sociologie ce n'est pas votre premier livre, vous avez notamment publié Islamophobie, comment les élites françaises fabriquent le problème musulman en 2013, également Ya en brouille, sociologie des rivalités de quartier en 2023 qui renoue avec les travaux initiés très tôt dans votre carrière puisque dès 2007 vous aviez publié avec Laurent Muchelli les bandes de jeunes, des blousons noirs à nos jours, et puis en 2011 vous publiez la formation des bandes entre la famille, l'école et la rue. Je crois que c'était un condensé de votre thèse celui-là, c'est ça. Première question d'ailleurs maintenant c'est pourquoi avoir choisi d'écrire ce livre aujourd'hui maintenant ? Est-ce que vous avez hésité avant d'exposer votre parcours scolaire difficile, est-ce que vos motivations seront personnelles, sociologiques, politiques ? Il y a deux démarches, d'abord bonjour, il y a deux démarches, il y a écrire et publier, ça n'arrive pas au même moment. Je n'ai pas choisi d'écrire sur moi parce que c'était une obligation pour obtenir mon habilitation à diriger les recherches, qui est le diplôme qui permet de devenir directeur de thèse, et puis ce qui permet de passer un concours interne CNRS, d'être promu, donc c'est quand même une étape qui est importante, c'est le dernier diplôme à obtenir. D'accord, c'est une sorte de CV, c'est quoi cette… je ne savais pas qu'on écrivait sur soi. L'habilitation à diriger les recherches, c'est un diplôme comme je l'ai dit pour des personnes qui sont au moins à la mi-temps de leur carrière, pour le dire rapidement, et en fait ça consiste en un dossier avec un manuscrit original qui était Ia tambouille, un dossier de publication, une synthèse des recherches, un projet de recherche pour les années qui viennent, et un mémoire réflexif. Ah c'est ça. Ce mémoire réflexif, il consiste en gros à utiliser les outils de la sociologie pour expliquer comment, pourquoi et quel type de sociologue on est devenu. Voilà. Et c'est ce mémoire réflexif qu'on nous demande et qu'il doit faire entre 60 et 80 pages en tout cas dans l'université dans laquelle je me suis inscrit, Paris 8 Saint-Denis. Ce n'est pas les mêmes demandes ailleurs, par exemple si j'avais passé mon habilitation à diriger les recherches à l'école normale supérieure, le dossier était moins exigeant. D'accord. On demandait moins de choses. Donc je passe… on me demande d'écrire ce mémoire réflexif, et pour être tout à fait honnête, je ne voulais même pas m'inscrire à l'habilitation à diriger les recherches parce que j'étais sur la fin de l'écriture de mon mémoire… de mon livre là sur les rivalités de quartier, j'étais vraiment très fatigué, c'est fatiguant d'écrire. J'étais épuisé et c'est ma femme qui m'a dit « t'as un mémoire original, passe ton HDR ». Du coup au début j'étais vraiment très réticent, puis c'est elle qui a trouvé les mots, qui a été convaincue, enfin qui m'a convaincue, pardon. Et donc c'est comme ça que j'ai passé l'habilitation à diriger les recherches. Et c'est comme ça que je me suis écrit ce mémoire réflexif, sauf que des 60 pages prévues j'en ai pondu 250, donc il s'est passé quelque