INFORMATIONS
#101 – Rencontre avec une partie de l'équipe la Brèche

📝 TRANSCRIPTION & RECHERCHE00:00
Bonjour à toutes et bonjour à tous, c'est Liberté Sur Parole sur CauseCommune 93.1.
Liberté Sur Parole, c'est une émission proposée et présentée par Eugénie Barbezat et réalisée par Gilles Brézard.
Alors au programme de ce numéro de Liberté Sur Parole, on va parler de presse indépendante et de journal,
un vrai journal papier de 16 pages qui paraît tous les trois mois et qui est même diffusé en kiosque,
que vous ne connaissez peut-être pas mais qui est un vrai journal indépendant, qui s'assume et qui a trois ans.
Ça s'appelle La Brèche et en ligne avec nous, nous avons son co-fondateur Jean-Philippe Perrache. Bonjour.
Bonjour, merci beaucoup pour l'invitation.
Mais avec plaisir et également le rédacteur en chef de ce beau journal Clément Gouttel. Bonjour.
Bonjour et merci pour l'invitation également.
Eh ben avec plaisir, on est toujours content en tant que radio indépendante de parler de la presse indépendante parce qu'elle est très vive et très,
c'est un très beau vivier, peut-être pas assez connu, mais voilà, il y a plein de, j'allais dire de fanzines,
mais ce n'est pas du tout le cas de votre journal qui est un vrai journal,
mais comme il est question dans votre journal, de fanzines et l'esprit, fanzines, l'esprit de prendre le temps,
de fouiller les sujets, de faire de l'enquête et de demander aux lecteurs de se poser pour lire
et de ne pas capter leur attention pendant juste quelques secondes, c'est un peu le même esprit.
C'est pour ça que je me permets cette comparaison.
Mais alors le journal s'appelle La Brèche.
Bien sûr, on va essayer de déterminer avec vous deux dans quoi vous cherchez à faire des brèches.
Peut-être que ça t'en transparaîtra au fil de la conversation, mais tout d'abord qui d'entre vous,
peut-être le co-fondateur, peut me raconter un petit peu l'histoire.
Comment ça vous est venu ?
Est-ce qu'il y a trois ans comme ça, vous vous êtes levé un matin en disant tiens, je vais faire un journal ?
Jean-Philippe, ça s'est passé comme ça ou pas tout à fait ?
Alors ça s'est pas tout à fait passé comme ça, pour être honnête.
Ça a commencé par une première aventure éditoriale qui a été initiée par Clément.
En 2014, il a lancé un magazine qui s'appelait Barré, qui était un MOOC,
donc un magazine un peu plus que trimestriel, qui était distribué en librairie indépendante
et dont la ligne éditoriale était contre-culture, déviance et autres initiatives.
Moi j'ai rejoint l'aventure du MOOC au numéro 3, on est allé jusqu'au numéro 7
et on s'est un peu épuisé parce que la distribution en librairie était très compliquée,
demandait beaucoup d'énergie et donc en début 2018, l'aventure de Barré s'arrête
et on garde cette idée en tête de continuer à faire une nouvelle aventure éditoriale mais sous une autre forme
et on pense à l'idée du journal papier distribué en kiosque
parce que ça garantissait une distribution et une visibilité qu'on n'avait pas avec une distribution en librairie.
Et donc petit à petit, on a mûri le projet, on a un petit peu changé la ligne éditoriale,
voilà, on a eu envie d'explorer un peu d'autres thématiques.
Et c'est au fil de ces réflexions et de ces années de maturation, on va dire, que la brèche a bu le vent.
D'accord et alors bon, c'est chouette de se dire on va lancer un journal
mais il faut quand même quelques compétences à la fois.
Évidemment, il faut l'écrire le journal, il faut le mettre en page,
il faut avoir des idées de ce qu'on apporte aux lecteurs en termes de rythme, etc.
et puis il faut aussi le faire vivre économiquement.
Vous aviez, j'aime bien savoir d'où parlent les gens, tous les deux à la fois Clément et Jean-Philippe,
vous veniez de quelle formation en fait ?
Qu'est-ce que vous aviez fait avant, vous aviez fait d'autres métiers
ou simplement écrire, écrire, écrire et faire des journaux ou des livres journaux ?
Alors publier un journal indépendant, c'est malheureusement pas forcément un métier donc à côté il en faut un.
Je suis journaliste indépendant moi personnellement depuis 15 ans maintenant.
Et donc l'expérience du ligné littorial, d'écrire des articles, ça personnellement je l'avais
et Jean-Philippe, je vais pas parler à sa place mais à quelques expériences aussi.
Oui alors moi de mon côté à la base j'ai plutôt un parcours d'universitaire.
J'ai travaillé dans le domaine, enfin j'ai fait mes études dans le domaine de l'informatique.
Je suis allé jusqu'au doctorat et j'ai un peu enseigné dans ce domaine-là,
dans les établissements d'enseignement supérieur.
Mais depuis que j'ai suivi ce parcours-là je me suis toujours beaucoup questionné sur la place du numérique,
sur les impacts du numérique au sein de la société,
quelque chose que j'essaye de pousser un peu dans différentes formations.
Et donc je continue à faire ça aussi en parallèle de la brèche mais j'ai toujours été très attiré par l'écrit,
toutes ces formes et en fait c'est à la rencontre avec Clément qui est un ami,
le fait de rejoindre la précédente aventure éditoriale dont on m'a parlé,
j'ai mis un pied dans ce monde-là du journalisme de l'éditoriale
et c'est comme ça que j'ai rejoint cette aventure et que j'ai ajouté cette casquette-là.
Alors un détail qui en est pas un, vous n'êtes pas à Paris.
Que notre radio est à Paris et quand on parle de Paris on a l'impression que tout le monde est à Paris
parce qu'il n'y a pas d'autre chose d'ailleurs.
Mais c'est pas votre cas, vous êtes du côté de Lyon, c'est ça, ou Saint-Etienne, je ne sais plus ?
De Saint-Etienne.
Ah, c'est beaucoup mieux !
Je ne sais pas mais oui.
C'est une vie d'ouvrière.
C'est un point important dans notre ligne éditoriale et dans la manière de voir l'actualité.
Je pense que de ne pas être à Paris fait qu'on parle beaucoup plus de sujets
qui se passent dans toute la France mais autour de Paris, dans ce qu'on appelle la province.
Oui, voilà, c'est aussi ça qui fait en fait la richesse, je trouve, d'un journal.
C'est qu'il n'est pas « Paris vient de vous centrer »,
il n'y a pas trop le bourgeois guise quand même qu'on peut avoir dans certaines choses
sans même s'en rendre compte à Paris.
On sent que c'est un petit peu différent et c'est un vent de fraîcheur
pour qui vit et travaille à Paris, même dans un journal national comme c'est mon cas.
Mais c'est de gros inconvénients au point de vue réseau et éco-médiatique,
donc merci de vous intéresser aussi à ce qui se passe du côté de Saint-Etienne,
même si on est national.
Vous êtes national et j'ai même vu que vous veniez souvent à Paris
puisque vous participez à des événements.
J'ai vu que vous étiez à l'Académie du climat il n'y a pas très longtemps,
j'ai vu que vous êtes aussi des gens qui accompagnaient votre journal.
C'est-à-dire que ce n'est pas juste un bout de papier qu'on trouve en kiosque,
et c'est très bien les bouts de papier qu'on trouve en kiosque,
surtout quand il y a ces pages,
mais vous participez à différents événements,
c'est-à-dire que vous accompagnez cette publication.
Oui, on a aussi cette volonté.
On reviendra à chemin sur la spécificité du papier,
mais c'est vrai qu'avec le papier, il y a presque un rapport un peu charmel.
C'est aussi une manière de rencontrer le lectorat à travers un objet physique,
et on est aussi très attaché justement à rencontrer notre lectorat en chair et en os
à travers différents événements.
Comme vous l'avez dit, ça peut être des tables rondes,
ça peut être le Festival des médias indépendants,
qui était à Rennes ce week-end auquel on a participé,
et on a cette volonté aussi à travers ces événements-là,
les tables rondes, les discussions,
d'apporter aussi notre pierre aux débats publics,
et c'est un peu l'objectif du journal,
c'est d'essayer d'amener des éclairages un peu différents,
sur certains sujets de société qui nous semblent essentiels,
et de contribuer à nourrir le débat démocratique dans son ensemble.
Très bien, alors on va bien sûr en venir au fond,
on va parler pas mal de ce qu'il y a dans le numéro 15 qui vient de sortir,
alors vous fêtez vos trois ans d'existence,
vous comptez 1500 abonnés,
ça c'est sans compter bien sûr les gens qui vous achètent en kiosque,
qui ne sont pas encore abonnés,
et donc là c'est quand même un point intéressant,
même si on ne va pas parler que d'argent dans cette émission bien sûr,
mais cette question n'est pas à évacuer,
parce que distribuer un journal en kiosque ça coûte très cher,
et du coup, comment vous avez construit ce modèle économique ?
Je trouve ça très courageux, très audacieux,
de lancer un journal, même un trimestriel,
aujourd'hui alors que la presse papier va mal,
c'est un secret pour personne ?
Oui, c'est sûr, mais de toute façon depuis le début de l'aventure,
c'était une volonté de partir sur du papier,
on n'envisageait pas un journal sous une autre forme,
on a une existence en ligne qui se résume à peu de choses,
mais en tout cas le papier c'était une évidence.
La première chose qu'on a faite,
c'est de faire une campagne de préabonnement
auprès de la communauté des lecteurs et électrices du magazine Barré,
donc la précédente aventure éditoriale dont on a parlé au début,
donc on avait une petite base de mail, un petit lectorat qui savait ce qu'on avait déjà fait,
et on a présenté le projet, on a fait cette campagne de préabonnement,
on a à peu près 600 personnes qui se sont préabonnées,
ça nous a permis de lever à peu près 15 000 euros,
et on avait un peu moins de 5 000 euros reliquats de l'aventure Barré,
donc on a démarré comme ça avec 20 000 euros,
et ça nous a permis de rémunérer les piges des journalistes qui ont contribué au premier numéro,
de rémunérer la maquettiste, de rémunérer l'impression,
et après ça s'est mis en place de cette manière là,
et la diffusion en kiosque c'est sûr que c'est un coût qui est non néglisable,
mais malgré tout ça garantit une visibilité qu'on aurait été incapable d'avoir autrement,
parce qu'on n'a pas envie d'investir les réseaux sociaux,
on n'est pas très bon là-dessus, notre temps et notre énergie on le met sur le journal papier,
et du coup la distribution en kiosque permet quand même d'aller toucher à l'échelle de toute la France,
des personnes qui potentiellement peuvent être intéressées par les sujets qu'on traite,
et c'est ça qui nous a permis aussi petit à petit de construire notre base d'abonnés,
c'est-à-dire qu'il y a eu évidemment du bouche à oreille,
mais il y a énormément de personnes qui se sont abonnées en nous ayant découvert en kiosque,
et le modèle économique qui s'est construit de cette manière-là, donc vraiment les deux piliers,
c'est les abonnements qui sont évidemment essentiels,
et les ventes en kiosque qui représentent quand même une part non néglisable.
Après elles viennent s'ajouter les aides à la presse,
et même si elles devraient à mon avis être repensées,
mais qui ont le mérite d'exister et qui représentent un complément important pour notre budget,
et puis après quelques dons, quelques ventes aux numéros ponctuelles, soit sur des commandes, soit sur des événements,
et quelques missions en éducation aux médias qu'on essaye de développer.
Et alors, oui, Clément ?
Il y a un point que j'aime bien, pour résumer un peu notre modèle économique,
c'est qu'en gros on se dit indépendant, parce que sans publicité, sans actionnaire évidemment,
on est une association, c'est qu'on n'est pas vraiment indépendant,
on est surtout dépendant de nos lecteurs, et je trouve que ça résume bien notre modèle.
Oui, mais c'est un modèle parfait, puisque vous produisez, apparemment vous payez les pigistes,
c'est-à-dire que ce n'est pas un journal qui est sur la base du bénévolat,
ce qui peut être parfois très bien, mais ce qui parfois aussi épuise les gens
quand on veut faire les choses de manière sérieuse et professionnelle,
ça veut dire que tous les journalistes, tout ce qui est écrit dans le journal est payé.
Oui, nous depuis le départ, on a voulu partir avec, déjà étant journaliste indépendant en parallèle,
ça me semblait important, et j'ai payé aussi de payer tout le monde en fiche de paie en bonne et due forme,
et ça dès le départ, et finalement nous, on est parti bénévolement et de payer tout le monde,
donc que ce soit les dessinateurs parce qu'on a beaucoup de...
Oui, c'est ça, j'allais dire, il y a des maquettistes, il y a des directeurs artistiques,
il y a beaucoup d'illustrations, de bandes de ciné, etc., tout le monde est payé.
Voilà, à la hauteur qu'on peut, mais tout le monde est payé,
parce qu'on avait eu l'expérience précédente où tout le monde était bénévole,
et c'est quand même très compliqué à gérer, et là, au moins en gestion, les choses sont plus claires.
C'est notre projet, nous, on peut donner de notre temps à les bénévoles,
mais on ne peut pas demander à des journalistes de s'engager comme ça, on doit les rémunérer correctement.
Pour avoir une certaine qualité, en tout cas, c'est comme ça qu'on le voit.
C'est d'essayer d'avoir le meilleur produit possible, quoi.
Absolument. Vous avez juste parlé de lever de fonds, je ne voudrais surtout pas qu'on...
Lever des fonds quand on est une startup et lever des fonds,
c'est-à-dire faire une campagne de prix abonnement, je pense que ce n'est pas du tout le même vocabulaire,
il ne faut pas utiliser le lever de fonds pour ça, s'il vous plaît.
Le financement par exemple, c'est un peu mal traduit.
Voilà, non, non, non, je suis un peu sensible sur le sujet, je suis en train de travailler sur la BPI, donc non, surtout pas.
Ce n'était pas une lever de fonds, effectivement, c'était une campagne de prix abonnement et de soutien.
C'est-à-dire les gens achetaient par avance un objet que vous alliez leur vendre, c'était une prévente, voilà.
Et en gros, ça nous a permis de sortir le premier numéro, et on n'avait pas trop de marge derrière,
il ne fallait pas se planter par rapport au coût, on était pratiquement à tapis dès le premier numéro.
Donc, mais heureusement, ça a bien pris sur les premiers, ça a permis de continuer l'aventure.
Alors, parlons maintenant de ce qu'il y a dedans.
C'est vrai que la question que j'esquissais en introduction, c'était par rapport au mot brèche.
Dans quoi vous voulez faire une brèche, des brèches, qu'est-ce que vous voulez brécher ?
En fait, je pense que le point central de notre ligne éditoriale, donc c'est santé, environnement et impact de la technologie.
Mais finalement, le point central, c'est cette critique de l'acceptation du tout numérique.
Et finalement, le tout numérique touche à la fois l'environnement et la santé, il génère plein de problèmes.
Et cette acceptation, on la remet en cause, on la questionne, en tout cas, dans différents articles, dans chacun de nos numéros.
Et après, l'idée de base, c'est vraiment de faire blanquette du reportage et l'analyse.
C'est vraiment les différents types d'articles qu'on propose.
Juste, on l'a pas signé.
Je dirais plus loin que la question du tout numérique, c'est même une vision très technosolutionniste de la société.
Alors, qui passe évidemment par le numérique, mais qui peut prendre d'autres formes.
Et on essaye de proposer un regard un peu critique, prendre un peu de recul sur un modèle de société très productiviste.
Et qui veut résoudre toutes les problématiques qu'on rencontre par des solutions techniques.
Et on montre en quoi ça nous semble être souvent des impasses.
Et on essaye de mettre en avant les enjeux, les questions que ça soulève.
Et les brèches, où est-ce qu'on les crée, on essaye de les créer justement dans cette vision de la société et dans le débat public.
Pour dire qu'il faut qu'on s'empare de ces questions collectivement et qu'on ait un impact politique à travers.
La brèche, c'est en gros montrer ce qui pourrait advenir d'autres les autres possibles.
Et je l'ai pas dit tout à l'heure, mais je conseille à chacun de...
Alors comme j'ai picoré différents journaux, je ne sais plus dans lequel et quoi.
Mais je ne sais même pas d'ailleurs si c'était un édito ou un papier.
Mais en tout cas, ce que j'ai lu sur le vendeur de disques vinyles qui s'est accroché à cette idée,
quand c'était pas du tout le temps du retour du vinyle à vendre des beaux disques,
qu'il faut sortir d'une belle pochette pour les mettre sur une belle platine pour pouvoir les écouter,
avec le son qui peut craquer un peu. Voilà, c'est ça votre modèle aussi.
C'est le modèle qui prend son temps, le modèle qui n'accepte pas la dématérialisation à tout crin.
J'ai trouvé le parallèle assez formidable quand vous l'avez développé, je crois que c'était dans un édito.
C'était l'édito du dernier.
Ah bah c'est l'édito du dernier, voilà, tout simplement, qui dit bien que ça peut marcher.
Et pas seulement sur un malentendu, ça peut marcher parce qu'il y a de la beauté.
Oui, bah nous on croit beaucoup en l'avenir du papier.
D'ailleurs, le sous-titre qu'on a, c'est avec l'écran on passe le temps et avec le papier on prend le temps.
Et on croit beaucoup aux atouts et en fait, c'est aussi de se rendre compte que dans pas mal de rédactions,
ils se tirent une balle dans le pied, ils tirent une balle dans le pied du papier en disant de toute façon c'est mort.
Alors ils partent du constat que le papier est foutu d'avance et font tout finalement pour que le papier meure.
Et nous on essaie de prendre le contre-pied en essayant de mettre en avant tous les atouts que peut avoir le papier,
en faisant appel à plein de dessinateurs, en mettant en avant les illustrations,
mais plusieurs modes de narration d'articles.
On a des articles dessinés, des strips, après des longs reportages, mais on a aussi une frise qui va avec.
Et en fait le papier, ça permet un peu comme dans cet édito, le vendeur de disques parle de quelque chose d'assez beau,
je trouve, c'est qu'il explique que sur internet les personnes peuvent trouver tous les disques qu'ils veulent
et finalement qu'en venant chez lui, ils vont trouver le disque qu'ils veulent pas, qu'ils seraient pas venus chercher.
Et finalement avec la brèche, c'est ça, c'est que sur internet on peut trouver toutes les infos, en fait toutes les thématiques
et que nous en nous ouvrant, on va finalement voyager dans de l'autres informations, de l'information qu'on n'aurait peut-être pas pensé aller chercher,
ça n'a même certainement pas...
Eh oui, on sort de sa bulle, tout simplement.
Et c'est vrai, c'est vrai pour tous les journaux en fait, parce qu'il y a toujours la petite info, la petite brève sur laquelle on va tomber
ou alors le grand reportage sur lequel on va être attiré.
Moi par exemple, je sais pas si j'aurais été chercher des choses sur les mapouches,
en tout cas peut-être pas maintenant, peut-être pas en même temps qu'un article sur les prisons qui est un sujet qui m'intéresse beaucoup.
Et ben en l'occurrence, là j'ai été passionnée par les deux dans le dernier numéro.
Et c'est juste parce que c'est une histoire de tourner des pages.
Mais ça c'est aussi, on parle beaucoup de fragmentation, y compris de la société,
mais elle vient aussi de la manière dont on s'informe et dont on acquiert de la connaissance
de plus en plus spécialisée et algorithmilisée en fait.
Je sais pas si le terme existe, mais en fait oui, on est un petit peu dans la grande risoreuse des algorithmes
qui nous proposent ce qu'on a déjà vu, ce qu'on sait déjà et ça va pas s'arranger
avec ce qu'on appelle l'intelligence artificielle générative je pense, mais bon.
Et alors du coup, j'aimerais bien savoir Clément comment se passe une conférence de rédaction,
sans révéler de secret de fabrication bien sûr, mais c'est vrai que vos sujets sont tellement divers,
voilà, il y a des sujets internationaux.
Comment vous choisissez ? Est-ce que c'est des propositions ?
Est-ce que c'est vous qui avez des envies et qui faites des propositions à des journalistes ?
Comment ça se passe ?
Alors il y a les deux.
Alors vu qu'on rémunère à la pige correctement, qu'on valorise le travail du journaliste,
en gros chaque phase, chaque correction est concertée et qu'après le journaliste découvre
dans un journal papier avec une belle illustration son article, en fait l'info circule très vite
et on a énormément de propositions de journalistes indépendants qui nous proposent en tout cas
leurs services pour travailler avec nous et donc on a énormément de sujets et les journalistes
indépendants savent très bien faire, en gros ils savent lire notre ligne, ils savent qu'on parle
d'environnement, de santé et d'impact de la technologie et nous proposent des sujets
divers et variés et après avec Jean-Philippe, c'est souvent au café mais enfin voilà,
on discute de différentes propositions et après ça dépend aussi de la cohérence de l'ensemble.
Pour essayer d'en choisir des sujets, l'idée c'est aussi de trancher pour qu'il n'y ait
pas trop des sujets sur les mêmes thématiques, ça ne se marche pas trop dessus, même s'il
y en a plusieurs ça peut être intéressant et après sur les enquêtes, là on peut demander
à quelques journalistes indépendants avec lesquels on travaille dans la continuité
depuis plusieurs numéros, leur dire on va travailler sur telles thématiques, est-ce
que vous auriez des billes et puis c'est comme ça qu'on monte certaines de nos enquêtes.
C'est intéressant, ça veut dire que vous êtes ouvert à des nouvelles collaborations,
que ce n'est pas toujours la même équipe et que du coup ça vous permet de varier aussi
les sujets, je pense surtout notamment aux sujets internationaux qui sont pour le coup
des sujets à chaque fois originaux, c'est à dire qu'on n'est pas sur, il n'y a pas
de rapporteurs de guerre chez vous, il y a beaucoup de différents types de guerre mais
voilà on n'est pas sur l'actualité brûlante parce que de toute façon dans un trimestriel
c'est dur, mais vous êtes à chaque fois sur des sujets assez originaux, à la fois
qui touchent l'extractivisme par exemple, je pense à un dernier que j'ai lu, mais
de manière à la fois circonstanciée avec du reportage, avec de l'analyse, etc. et
c'est assez intéressant parce que c'est très incarné souvent.
La force de faire appel à ce réseau de journalistes indépendants c'est qu'on peut avoir quelqu'un
qui est au Chili qui peut nous faire un papier sur les Mapuches, quelqu'un qui est aux États-Unis
qui peut parler de l'arrivée de data center sur le territoire Navarro, on peut aller
au Canada, aux Svalbard, au Japon et ça on ne pourrait pas se le permettre parce qu'on
peut pas payer les billets d'avion bien sûr, mais les journalistes comprennent en fait notre
fonctionnement et souvent quand ils sont envoyés par une grosse rédaction, ils nous proposent
en parallèle un sujet ou alors c'est des journalistes qui sont tout simplement installés
sur place depuis plusieurs mois ou années.
Je vous propose qu'on fasse une première pause musicale avec un des titres que vous
avez choisi, j'ai oublié, alors on va prendre celui qui n'est pas Anne Silvestre, c'est
l'autre.
C'est Yan McKay, c'est Fugazi, parce qu'on avait fait un édito avec Yan McKay.
On en parle juste après, oui oui, un édito avec le guitariste Tsuku et on parlera de
des questions d'affuté salame, c'est ça ?
Tout à fait.
De ne pas les mousser.
De ne pas les mousser salame.
C'était donc Fugazi, Yan McKay, alors qui de vous deux a choisi ce titre ? Je rappelle
que vous êtes sur Cause Commune 93.1, que c'est Liberté sur parole et que nous sommes
avec le cofondateur de la brèche et avec son rédacteur en chef, j'ai nommé respectivement
Jean-Philippe Perrache et Clément Gouttel, lequel de vous deux a choisi ce très beau
titre ?
C'est moi.
Alors Clément, pourquoi ?
Pourquoi, parce qu'on a fait un édito en interviewant Yan McKay qui est le fondateur
de Discord Records de Washington DC, il jouait la guitare là dans Fugazi et avant il chantait
dans Minor Sweat et donc il a lancé le mouvement Stratage qui était d'en gros de ne pas boire,
de ne pas se droguer, on voyait en fait tout ce qui est issu de la scène punk locale et
il voyait tous les gens s'autodétruire en fait et il disait faut pas émousser sa lame
pour avoir l'esprit clair, pour pouvoir contester de manière efficace et c'est ce chant qu'il
a chanté d'ailleurs quand il avait 17-18 ans, un peu de maturité quand même, il
a lancé tout le mouvement Stratage et donc je l'ai contacté en disant, est-ce que le
Stratage, est-ce que ça pourrait pas toucher le numérique aujourd'hui pour pas émousser
sa lame, est-ce qu'il faudrait pas être plutôt sur le papier que sur l'écran et
puis finalement dans l'échange on est arrivé à cette idée, lui il a vraiment été un
défaire de lance du do it yourself, du fais-le-toi-même, en lançant leur ladelle pour avoir le fonctionnement
comme il voulait le faire et si ça devait crever tant pis au moins il l'aura fait comme
il l'entendait et c'est exactement la démarche qu'on a, c'est de faire avec tous les codes
qu'on veut, on fera tant qu'on peut de la manière en tout cas qui nous semble la plus
pertinente et la plus intègre et il explique qu'il est vegan depuis qu'il a 16 ans et
qu'il a pas fait tomber McDonald's pour autant mais qu'il lâchera pas les morceaux.
Et c'est marrant, enfin je sais pas si c'est marrant d'ailleurs, mais ça m'a interrogée
parce qu'en fait la question des addictions, y compris des addictions aux drogues de manière
parfois systémique, c'est quelque chose qui traverse aussi vos pages, aussi bien quand
on parle du captagon je crois en Syrie qui fait partie du, enfin qui est une des assises
économiques en fait, cette drogue est une des assises économiques du pays donc sans
départir à la fois économiquement et aussi sanitairement et compliqué, vous parlez je
crois dans le dernier numéro, je sais pas si c'est dans le dernier numéro de l'addiction
sur prescription et puis bien sûr de l'addiction numérique, vous venez d'y faire allusion,
c'est une problématique qui vous intéresse et vous essayez de la balayer sous différentes
formes, sous différents angles ?
Ouais ben on parle de santé publique, c'est une de nos thématiques fortes, donc forcément
l'addiction revient assez souvent et la santé mentale aussi, donc la psychiatrie aussi,
donc voilà, c'est des sujets qui reviennent et après comme vous l'avez dit tout à l'heure,
on essaye quand même de taper toujours à côté tout en étant dans l'actu, donc quand
il y a la Syrie on va essayer de trouver un sujet qui tape un peu à côté, donc là l'industrie,
comment ce narco-état fonctionne à travers la drogue qui est le captagon, comment la
population est devenue accro parce que avec toutes les atrocités qui s'y passent, finalement
beaucoup ont dû pour rester concentrés utiliser ça, voilà, c'est toutes des choses qui traversent
sur effectivement nos colonnes et nos pages.
Avec à chaque fois aussi en creux, enfin c'est peut-être parce que ça m'intéresse,
c'est un peu mon obsession que je l'ai lu comme ça, mais le fait qu'il y a à la fois
une stigmatisation des personnes qui sont dépendantes et dont la santé est endommagée
et puis une grosse capitalisation sur le marché des drogues légales et illégales.
Oui, c'est ce côté de dénoncer ceux qui font beaucoup de profits et de mettre en avant
des dysfonctionnements et aussi de donner la parole à ceux qui l'ont peu ou pas, et
ça c'est vraiment aussi quelque chose qui est très fort dans le climatorial de parler
des minorités d'un point de vue général, c'est pour ça qu'on va s'intéresser aux
populations autochtones aussi.
Absolument, et bien que ce soit de moins en moins une minorité vu l'état de surpopulation
des prisons françaises, dans le dernier numéro vous avez exploré la manière dont les prisons
françaises font de plus en plus appel à de la sous-traitance privée et délèguent
beaucoup de fonctions dites supports, mais ça peut aller du nettoyage jusqu'à l'insorption
des personnes détenues à des boîtes privées qui font leur beurre sur l'incarcération
massive des populations, pouvez-vous nous expliquer un petit peu comment vous avez choisi
ce sujet, comment il vous est tombé dessus ou pas, comment vous avez décidé de le traiter
sous cet angle ?
En fait, il y a cette idée de surpopulation carcérale, on construit toujours plus de
prisons et elles sont toujours de plus en plus pleines, et c'est assez franco-français
vu qu'en Allemagne il y a 20 millions d'habitants de plus et 20 000 détenus de moins.
Donc pourquoi ? Et une des pistes qu'on a cherché c'est qui profite le crime, c'est
le titre de notre une, et en fait on se rend compte qu'il y a pas mal d'entreprises qui
en profitent beaucoup et en fait la privatisation de la prison, on en parle pour les États-Unis
parce qu'ils ont de la privatisation complète, en France c'est tout sauf l'Organien mais
ça touche beaucoup plus de détenus au final, 50% près de 85 000 détenus français le sont
dans des prisons mélantes publiques et privées, ce qui veut dire qu'il y a des entreprises
notamment par exemple qui servent l'Europa matin, midi et soir, Sodexo, Elioridex ou
Jepsa, qui font beaucoup de profits et en fait les dividendes sont reversés, des millions
en dividendes sont reversés par ces groupes à des actionnaires et on retombe en fait
dans le même schéma que pour les EHPAD, alors pour les EHPAD ça émue toute la société,
j'ai l'impression que pour la prison, pour l'instant on a du mal à avoir des échos
avec notre enquête mais merci de nous en donner parce que pour le coup je pense que
ça devrait lancer une enquête ministérielle derrière, une enquête parlementaire pardon,
parce qu'il y a un vrai scandale derrière. Même si on a eu une concernant les EHPAD,
j'ai pas le sentiment et c'est pas qu'un sentiment malheureusement que ça a beaucoup
beaucoup changé et il y a toujours des groupes privés qui s'occupent des EHPAD, des crèches.
Ah oui, je dis pas que c'était une solution mais au moins ça a 1000 sujets.
Alors sur l'Allemagne je sais pas mais par exemple la Belgique je sais pas s'ils sont
dans la même démarche en ce qui concerne les prisons mais il y a aussi toutes les autres
prisons que sont les centres de rétention par exemple, qui sont aussi à quasi 100%
privés et notamment pour leur construction. Donc c'est vrai qu'il y a ça et après bon,
je vous cache pas que je suis aussi sur le sujet, c'est même presque pire que ce que
vous décrivez puisque le travail en prison est aussi géré par, il profite bien sûr à
des entreprises privées mais il est aussi géré par des boîtes d'insertion interne
privée qui ont un budget pour ça et du coup limite le nombre de gens qui peuvent accéder
aux ateliers même s'il y a plus de place dans les ateliers et qu'il y a des places
vacantes dans les ateliers alors que moi je suis pas pour le travail pour forcer sous-payé
comme il est en prison mais quand on est face à une réalité et quand on sait ce que peut
permettre comme échappatoire le travail en prison même si c'est presque de l'esclavage,
eh bien on peut pas être tout à fait contre non plus et en l'occurrence la privatisation
de certaines fonctions limite l'accès au travail en prison, enfin c'est vraiment,
c'est bien d'avoir mis le doigt dessus parce que c'est quelque chose sur lequel il est
difficile d'obtenir des informations et qui sont parfois vues, bah c'est toujours pareil
comme le service public se dégrade, on se dit toujours que, enfin on se dit, les directeurs
de prison veulent croire que le privé fera mieux et parfois ils l'encouragent aussi.
Et finalement la construction en partenariat public-privée a dû être interrompue en
2017 parce qu'il y avait un surcoût avéré et l'Etat en paiera les coûts cassés jusqu'en
2041 et ça c'est pas nous finalement, c'est la Cour des comptes qui l'a pris et après
vous demandiez pourquoi en fait cet angle là et on a l'impression que sur les détenus
qui parlaient des scandales de leur condition d'insertion finalement c'est connu et ça
a finalement pas l'air choqué grand monde donc on s'est dit peut-être que l'aspect
économique, ça coûte cher à la France et peut-être que ça touchera un peu plus les
gens, je sais pas.
Je passe longtemps depuis des années à dire sur cette antenne que la rétention des
étrangers, que leur expulsion, que la chasse qu'on leur oppose coûte très très très
cher à la France, j'ai pas non plus détruit Macdonald, mais bon, c'est vrai que c'est
un angle qu'il faut creuser, mais je pense qu'on est un peu dans un étau où tant qu'il
y a de l'argent à se faire, ça se fera comme ça, enfin en tout cas il y aura une volonté
forte et puissante que ça puisse se faire comme ça et puis en plus quand ça touche
les populations stigmatisées, eh bien il y a peu de gens qui peuvent s'en émouvoir
mais bon on va continuer à parler.
En présentant les éléments qu'on a eu dans notre enquête, en tout cas il y a Wilfrid
Fonk, secrétaire national du FAP, une salutiste qui nous a dit la prison ne peut pas devenir
un réservoir à dividendes des détenus, une machine à cash, qui est le cas actuellement,
et Dominique Simonneau, la contrôleuse générale des lieux de privatisation de liberté, pour
résumer assez bien la situation en disant que l'Etat doit rester responsable et gestionnaire
de ses liaisons de détention car il enferme des personnes au nom de la France et non de
Bouygues ou de Vinci.
Bien bien, oui oui j'ai lu ça effectivement, eh bien c'est toujours intéressant de lire
ça et de porter cette parole-là et j'espère que ça va inspirer des confrères qui vont
aussi mener des enquêtes, chiffrer les choses, aller voir partout où ça peut se passer
et je pense que c'est largement répandu et effectivement c'est aussi parfois au nom
d'une certaine forme de modernisation des prisons qu'on a voulu en construire vite des
neuves et donc faire appel au privé parce que ça va tellement plus vite quoi.
Voilà, bah tiens on va écouter l'autre choix musical parce qu'il est aussi très intéressant
et je l'aime beaucoup, en plus on va écouter Anne Sylvestre, Les gens qui doutent.
J'aime les gens qui doutent, les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer.
J'aime les gens qui disent et qui se contredisent et sans se dénoncer.
J'aime les gens qui tremblent que parfois ils ne semblent capables de juger.
J'aime les gens qui passent moitié dans leur goda, c'est moitié à côté.
J'aime leurs petites chansons, s'ils passent pour des crèmes, ceux qui paniquent, ceux
qui sont pas logiques enfin, pas comme il faut.
Ceux qui avec leurs chaînes pour pas que ça nous gêne font un bruit de colos.
Ceux qui n'auront pas honte de n'être au bout du compte que des ratés du cœur.
Suis dire, délivrez-nous du pire et gardez-le, mes petites chansons, même s'ils passent
des crèmes.
J'aime les gens qui n'osent s'approprier les choses, encore moins les gens.
Ceux qui veulent bien-être qu'une simple fenêtre pour les yeux des enfants.
Ceux qui sans oriflame et daltonien de l'âme ignorent les couleurs.
Ceux qui sont à ses pouvoirs pour que jamais l'histoire leur rende les honnêtes.
J'aime leurs petites chansons, s'ils passent les jantes, mais voudraient qu'on leur foute
la paix de temps en temps, et qu'on ne les malmène jamais quand ils promènent leurs
autonnes au printemps.
Qu'on leur dise que l'âme fait de plus belles flammes que tous ces tristes culcés.
Ils ont leur cri, merci d'avoir vécu, merci d'avoir vécu, merci d'avoir vécu.
Tant pis pour vos fêtes, qui ont fait ce qu'elles ont.
Les gens qui doutent sur Coscom une 93 points dans Liberté Sur Parole où on parle aujourd'hui
du journal La Brèche avec son co-fondateur Jean-Philippe Pérage et son rédacteur en
chef Clément Gouttel.
Alors, qui avait choisi les gens qui doutent ? Avant que vous me répondiez, ça fait totalement
écho à ce que vous faites, être une fenêtre pour les yeux des enfants, juste une petite
brèche comme ça qui ouvre sur un autre monde possible, en ne se disant pas qu'on va tout
défaire, tout reconstruire, tout reconstruire, mais bon, il y a beaucoup d'espoir dans tout
ça.
C'est encore Clément qui a l'origine de tout.
Clément est à l'origine de tout.
C'est ça, mais ça avait nourri aussi un autre de ces éditos qui date un peu plus,
mais oui, il avait cette idée de dire que le doute était un moteur important aussi
dans notre travail et que ça nous semblait essentiel justement de toujours douter, de
toujours remettre en question, donc il nous semblait que c'était quelque chose de simple
qu'on avait aussi envie d'adopter dans notre démarche.
En fait, dans le ton de notre journal, on ne veut pas être, on va dire, un ton militant
ou en tout cas dire ce qu'on doit penser, on essaye de faire en sorte qu'à la fin
de l'article, on est donné des éléments pour se faire une idée, mais voilà, nous,
on est plein de doutes et quand on fait un article, on parle des doutes, on laisse la
parole, on donne la parole aux différents interlocuteurs et à la fin, l'idée c'est
que le lecteur se place sur une idée, on n'est pas là pour lui dire ce qu'il doit
penser et voilà, et cette chanson, comme vous l'avez dit, résume assez bien finalement
cette idée-là et pas mal de choses dans notre projet.
Et dans le dernier numéro, moi c'est marrant, en écoutant la chanson là, j'ai pensé
à votre article sur les conventions citoyennes, c'est vrai qu'on peut être amer par rapport
aux conventions citoyennes, aussi bien celles sur la fin de vie que celles sur la transition
écologique, je ne sais plus sur quoi d'ailleurs, sur le climat, et bon, dont les mesures ont
été très peu écoutées, très peu mises en place, même très peu, enfin voilà, ça
peut être source de grandes déceptions quant à la mise en application des préconisations
raisonnables et démocratiques qui ont été formulées, néanmoins, vous avez voulu accentuer
sur l'apprentissage démocratique, plus que sur le côté déceptif de la chose, j'ai
pas vu ça, original ? En fait, c'était l'idée, c'était les municipales,
et nous on est centrimétriels, on ne peut pas les traiter comme un autre média et donc
c'était encore une fois de taper un petit peu à côté et de s'intéresser à ce qui
pourrait advenir d'autres, comment ça pourrait fonctionner autrement et donc à travers les
conventions citoyennes, et voir si vraiment, justement, la convention citoyenne pour climat
était un échec, il y en a eu d'autres, et en fait un journaliste justement nous a proposé,
je suis en contact avec plusieurs personnes qui ont participé à ces conventions, et ce
qui a été intéressant de mettre en avant, c'était de voir finalement des gens qui
étaient éloignés de la politique, de l'engagement citoyen, se sont retrouvés à travers cette
convention, après cette convention finalement, à vouloir garder le lien et continuer à
s'engager, il y en a plusieurs qui sont devenus élus municipaux, et donc voilà, c'était
intéressant de montrer comment ils l'ont vécu et ce qu'ils en ont tiré.
Très bel article, je le conseille à chacun, et on ne va pas avoir le temps d'aborder
tous les points, mais j'aimerais beaucoup, il y a beaucoup de questions bien sûr, vous
parlez beaucoup du numérique, même si vous êtes sur papier, vous parlez du numérique
parce que c'est quelque chose qui est prégnant et qui s'impose dans nos sociétés, alors
vous parlez de souveraineté numérique, qui peut m'expliquer, d'entre vous, qui peut
m'expliquer ce que serait, comment on l'est vendu peut-être, ce que serait une réelle
souveraineté numérique ? Ce n'est pas juste d'avoir des data centers à côté de chez
nous.
Oui, c'est une très bonne question, cette question de la souveraineté numérique, c'est
un terme qui peut évoquer plein de choses, qui peut être pris à plein d'échelles différentes.
Dans un premier temps, je pense qu'une première question essentielle à se poser, c'est la
question d'avoir des outils sur lesquels déjà on a une forme de maîtrise, au moins
à l'échelle nationale, parce que ce qu'on constate aujourd'hui, c'est que énormément
d'outils utilisés, y compris par les administrations français, dépendent de l'entreprise américaine
et donc, ils finaient, dépendent du bon vouloir des États-Unis.
On l'a vu d'ailleurs avec Nicolas Guillaume, qui est un juge de la Courthéne internationale
et qui a mis un mandat d'adresse contre Benjamin Netanyahou et qui, en retraisaille, s'est vu
suspendre ses accès à WhatsApp, à ses différents réseaux sociaux, à ses comptes bancaires,
etc.
Il ne peut plus non seulement aller aux États-Unis, mais il ne peut même plus avoir accès à
ses comptes bancaires aux États-Unis, je crois.
Oui, tout à fait, oui, c'est vraiment, c'est un levier majeur de pouvoir et d'ingérence
et je veux dire, nous-même, au niveau des administrations françaises, on accepte de
plus avoir la main battue, donc déjà, ça, c'est assez effarant.
Mais ça veut dire qu'en fait, si je vous entends bien, ça veut dire que les États-Unis
pourraient débrancher l'Europe ou la France ?
Et bien, dans une certaine mesure, oui, c'est-à-dire qu'on aurait toujours un accès
à Internet, Internet, c'est une interconnection de différents réseaux, mais en tout cas,
potentiellement, les entreprises américaines pourraient décider d'interdire l'accès
à certains de leurs services, à certains citoyens, certaines citoyennes ou alors
carrément à des États.
Donc oui, oui, on a créé cette dépendance, c'est très bien détaillé par une autrice
qui s'appelle Ophélie Coelho, qui bosse beaucoup là-dessus et qui a écrit un ouvrage
très intéressant et elle parle de nouveaux impérialismes, d'impérialismes technologiques.
Alors la souveraineté, c'est d'avoir les outils, c'est tout ?
Non, après, au-delà de cette question-là, après, une deuxième question qui peut se
poser, c'est est-ce qu'on est d'accord à partir du moment où on a la maîtrise des
outils à l'échelle nationale, est-ce qu'on est d'accord pour déléguer ça à des entreprises
privées ou alors est-ce qu'il faut que ce soit du logiciel libre et que ce soit considéré
comme un bien commun et donc dans ce cas-là, on passe une nouvelle étape dans la souveraineté
et puis après, il y a toute la notion aussi, on va dire, d'infrastructures physiques.
Donc pour toutes les infrastructures physiques nécessaires au numérique, il y a une question
qui se pose notamment au niveau de l'extractivisme.
Alors ça, c'est même au-delà du numérique, on peut penser par exemple aux voitures électriques,
les voitures électriques qui ont besoin d'énormément de métaux rares et notamment
de lithium et est-ce que pour considérer qu'on a une véritable souveraineté, il
ne faudrait pas avoir des munis qui sont à l'intérieur du pays avec toutes les conséquences
que ça engendre.
Donc c'est des questions qui peuvent se poser à pleins d'échelles mais qui auraient au
moins le mérite d'amener une forme de cohérence et qui pourrait aussi nous permettre de prendre
conscience des impacts réels de nos modes de vie du tout numérique et du tout technologique
qu'on prend l'heure de temps.
Et il y a aussi la question du coup des data centers parce qu'il y en a pas mal qui sont
en train de fleurir un peu partout, qui consomment beaucoup d'eau et d'électricité.
Mais qui nous sont, dont la construction nous est vantée au prisme justement de cette souveraineté
numérique mais en fait pas si sûr que ça parce qu'il y a aussi des grosses boîtes
américaines derrière.
Bah ça oui, alors de mon point de vue c'est vraiment à l'heure dans le sens effectivement
où ces data centers, il va y avoir une infrastructure physique qui va, vous le disiez, utiliser
beaucoup d'eau, beaucoup d'électricité qui va être située sur le territoire national
mais les logiciels qui vont tourner et les entreprises qui vont être en mesure d'utiliser
ces infrastructures physiques, elles sont aux Etats-Unis, elles ont la maîtrise de
leurs logiciels, elles peuvent nous couper les accès et donc en fait c'est ridicule
de parler de souveraineté à ce niveau-là.
C'est vraiment à l'heure.
Et après ça, numérique ou pas, la souveraineté c'est aussi d'où vient l'argent et en
l'occurrence on voit que beaucoup de choses physiques comme l'industrie et même l'industrie
du coup numérique qui sert à fabriquer les ordinateurs, à les refroidir etc. sont financés
par des fonds d'investissement avec de l'argent, Catharie, de l'argent, enfin voilà, la souveraineté
elle est pas là de toute façon et du coup ils peuvent aussi fermer une usine assez facilement
en coupant le robinet d'argent tout simplement donc c'est parler de souveraineté, c'est
aussi la souveraineté des financements en l'occurrence et peut-être du coup de réfléchir
à ça et ça c'est pas du tout à l'ordre du jour j'ai l'impression.
Ah non effectivement j'ai l'impression que c'est un angle mort en tout cas dans le débat
politique actuel effectivement mais c'est des questions qui vont devenir de plus en plus
prégnantes et je pense qu'il va falloir qu'on arrive à s'en emparer collectivement et du
coup encore une fois nous à notre maigre échelle c'est un peu ce qu'on essaye de faire, d'éclairer
un peu avec d'autres proprises, d'autres regards les enjeux qui sont lignés à toute
cette thématique là et d'essayer aussi d'outilier un peu l'électeur et l'électrice pour pouvoir
contribuer à un débat démocratique un peu plus large et un peu plus détaillé on va
dire.
Dernière question je sais pas si ça fait partie ou pas de ce qu'on appelle la souveraineté
numérique pour rester sur cette thématique on parle beaucoup on entend en tout cas le
mot euronumérique alors vous en parlez vous dans votre journal qu'est-ce que l'euro numérique
et à quoi ça sert ou pas ?
L'euro numérique c'est une version numérique de l'euro c'est-à-dire ce serait une monnaie
qui serait une monnaie virtuelle c'est avant tout une idée de concurrencer les cryptomonnaies
les cryptomonnaies qui ont été introduites il y a un peu plus de 15 ans maintenant avec
notamment le bitcoin qui est la plus célèbre des cryptomonnaies et les cryptomonnaies elles
ne sont pas adossées à un état, elles ne sont pas adossées à une banque centrale
la plupart d'entre elles sont très volatiles c'est devenu maintenant un outil de spéculation
avant tout et du coup constatant le succès de ces nouvelles monnaies les banques centrales
se sont dit on va créer nos propres monnaies numériques et il y a aussi une idée d'accompagner
le déclin des paiements en espèces en cash et ça pose pas mal de questions ça pose
notamment des questions au niveau de la traçabilité des échanges c'est-à-dire qu'absolument
tous les échanges vont devenir traçables on n'aurait plus de possibilités à terme
de payer avec des espèces donc ce serait toujours des traces numériques un peu comme
si on payait en permanence avec notre carte bancaire ce qui est un peu en train d'être
le cas.
La problématique supplémentaire que ça poserait c'est que ce serait probablement adossé à
des technologies qui dépendraient des entreprises américaines des Google, des Apple et des
Amazon et donc on délègue encore une fois pas mal de choses au niveau encore une fois
de notre souveraineté et au niveau de la traçabilité c'est encore pire de déjà
au niveau de l'État ça pose quelques questions mais quand c'est des entreprises privées
qui maîtrisent tous ces flux ça pose encore des questions supplémentaires donc il y a
un peu cette logique là d'avoir une monnaie qui soit uniquement numérique et qui remplace
à terme les espèces donc comme je disais c'est à la fois pour concurrencer des crypto-monnaies
et reprendre la main au niveau des banques centrales et garantir une traçabilité des
échanges avec une logique de lutter contre la fraude et le blanchiment d'argent mais
voilà ça questionne pas mal.
Très bien oui ça c'est un vaste sujet on va pas rentrer absolument là dedans mais
c'est bien que l'on puisse s'y intéresser enfin en tout cas d'avoir ouvert une brèche
pardon pour pouvoir justement continuer à creuser le sujet donc là du coup le numéro
15 celui qui a en sa sur sa couverture la grande enquête sur les prisons machines à
cash est en kiosque c'est le numéro mars avril mai c'est ça vous savez déjà ce dont
vous allez parler dans le prochain ou pas ? Oui c'est quand même bien avancé heureusement
d'ailleurs on va avoir une grande enquête sur l'éducation et la place du privé qui
prend la place du public et encore un sujet voilà on aura un sujet sur le Liban mais
encore une fois on va taper un peu dites pas taper quand vous parlez du Liban s'il vous
plaît.
Pardon.
Nous allons évoquer un sujet qui fait écho à l'actualité mais voilà sur un angle qu'on
peut aller un peu ailleurs mais pas du tout même ailleurs.
Très bien la question que j'allais vous poser juste avant oui je voulais qu'on parle
un peu des dessins et des dessinateurs et tristes qui sont dans le journal donc à chaque
fois il y a souvent bah il y a très souvent d'ailleurs un portrait je crois voir lui
celui d'Annie Gennevar qui crie au loup il y en a d'autres il y a oui un portrait d'un
facho qui met des pulls à coller rouler maintenant aussi et à chaque fois ils sont très bien
illustrés alors comment ça se passe pour les portraits c'est l'illustrateur il y a
le texte et il travaille ?
Pour tous les articles de fonctionnement il y en a même on envoie le sujet à un illustrateur
et une illustratrice qui s'empare du sujet il nous envoie ce qu'il a ressenti parce
qu'en fait travers le papier on défend un journal fait par et pour des humains on a
bien évidemment pas d'IA générative on ne l'utilise pas et on veut mettre en avant
voilà les sensibilités de chacun et l'intérêt c'est vraiment ça faire confiance au dessinateur
on envoie le papier il s'approprie et il nous envoie leur illustration
Ok et vous avez fait le choix du nom photo pourquoi ?
Un choix esthétique qui vient de barrer de l'aventure précédente où justement on
a envie de montrer bah on a envie de faire les choses autrement on a déjà mis de la
photo ça nous arrive d'en mettre quand ça nous semble important pour évoquer un sujet
mais bien souvent l'illustration permet de résumer plus largement un sujet et surtout
on la voit très peu dans les autres médias donc c'est notre parti pris mais ça nous
arrive on n'est pas contre la photo mais c'est pas notre ce qu'on défend premier
on défend sans papiers le dessin de presse se meurt et donc les illustrateurs aussi
Absolument les photographes aussi remarqués mais non mais c'est vrai que c'est beaucoup
plus original et on découvre pareil les illustrateurs et dessinateurs c'est pas forcément j'ai
pas vu de gens en tout cas que je connaissais mais je connais très mal ce monde-là vous
allez aussi chercher des gens peut-être un peu moins connus ou ils se rapprochent de
vous on a vraiment des signatures très connues on a des dessinateurs connus mais on essaye
de donner sa chance à tout le monde justement où on a l'impression dans les médias traditionnels
c'est vraiment un cercle fermé avec une autorisation et là nous c'est vraiment de donner sa chance
si le style est sympa si ça nous parle et ben on y va il n'y a pas besoin que la personne
soit connue et c'est pareil pour les journalistes ça peut être un de leurs premiers papiers
si l'angle est bon le synopsis c'est bon mais là aussi pour accompagner la rédaction
et faire que la qualité soit rendue vous êtes les deux seuls j'imagine qu'il y a des gens
qui s'occupent de la mise en page de la maquette avec vous l'équipe vraiment de permanent
elle est de combien la brèche et ben on est trois il ya marion qui fait la maquette qui
assure aussi un peu la communication on est vraiment trois co-fondateurs jean-philippe
marion et moi et du coup il y a quelque chose qui me qui m'intéresse beaucoup dans les
papiers c'est la correction c'est vous qui la faites aussi vous la faites à la main
ouais ouais ça c'est jean-philippe qui c'est l'universitaire qui a son oeil de grammaire
qui relise aussi les articles non parce que c'est un énorme boulot ça la correction
et fin il est plutôt super de ce que j'ai lu il est ou peut-être j'ai pas vu mais j'ai
trouvé qu'il était très très bien corrigé en fait il n'y a pas peu de coquille mais
j'ai pas dit le contraire c'est très réussi mais en même temps c'est souvent l'écueil
parce que souvent on passe cette étape là la correction à la fois orthographique enfin
tout ce qui est du travail du secrétariat de rédaction souvent quand on a peu de moyens
on passe cette étape là j'ai pas l'impression que vous ayez passé cette étape c'est pour
ça que je manquerais de la manière dont c'était il y a au moins trois ou quatre passages de
relecture et c'est vrai qu'on nous fait souvent le retour que ça fait du bien de ne pas avoir
trop trouvé un orthographe ça nous fait plaisir bon et bien les missions comment normalement
il n'y en a pas non non il n'y en a pas en tout cas on les voit pas ça passe inaperçu
tout va bien non non mais c'est important c'est aussi du respect du lecteur et je sens
que vous l'avez beaucoup si on veut si on veut s'abonner il y a un site internet quand même
on peut se rendre c'est la brèche point ou quelque chose comme ça ouais journa le tiré la brèche
point et faire bah voilà j'avais tout faux journal tiré la brèche point et faire on le mettra sur le
podcast de l'émission de Cause Commune je dis ça pour nos auditeurs et puis bien sûr on vous
trouve en kiosque et puis il ya des on peut renvoyer le petit coupon d'abonnement qu'il y a dans le
journal oui tout à fait et pour sur le site on met en accès libre les articles des anciens numéros
donc voilà ça pourra donner aux auditeurs un moyen de se faire une idée de ce qu'on fait même si
forcément c'est mis en papier absolument et puis le dernier est vraiment passionnant trouvez-le en
kiosque c'est très intéressant de savoir comment on traite et comment les prisons ne sont pas des
espaces perdu pour tout le monde voilà j'insiste sur ce sujet qui m'a qui m'a là qui a déclenché
mon envie de vous parler d'ailleurs merci encore à vous tous et puis on va se se quitter en musique
et très longue vie à la brèche merci beaucoup merci à vous on espère
et notre mère a crié de la cuisine et suive au pied sur le paillasson puis elle nous dit qu'elle
avait des nouvelles de bourre les essos ce matin Marie-Jeanne s'est jeté du pont de la gare
ma mère en nous passant le plat de gratin Marie-Jeanne elle n'était pas très maligne
passe-moi dans le pain il y a encore deux hectares à labourer dans le champ de la
canne et maman dit tu vois quand j'y pense c'est quand même bête pour cette pauvre Marie-Jeanne
qu'il n'arrive jamais rien de bon à bourre les essos voilà je t'ai venu quand lui et moi et le grand
Nicolas l'eau de Marie-Jeanne un soir au cinéma je me dis tu te rappelles tu lui parlais ce dimanche
près de l'église il n'y en a juste la vie dire que je l'ai vu à la sirière à bourre les essos
aujourd'hui c'est je la gare on m'a dit enfin tu n'as pas beaucoup d'appétit j'ai cuisiné tout ce
matin tu n'as rien touché tu n'as rien pris la sœur de ce jeune curé est passée en auto elle a dit
qu'elle viendrait dimanche à dîner aux réappropos dit qu'elle a vu un garçon qui te ressemblait à
bourre les essos Marie-Jeanne je t'essaie on ne parle plus du tout de Marie-Jeanne qui s'est marié
Commentaires
Chargement des commentaires...