Bonjour à toutes et à tous, vous êtes sur Cause Commune, bienvenue dans ce nouvel épisode de Ainsi va la ville, l'émission dédiée aux pratiques urbaines contemporaines et aux réflexions autour de la fabrique de la ville. Je suis Paul Citron, urbaniste, coproducteur de l'émission avec Dominique Alba, architecte et urbaniste. Bonjour Dominique. Bonjour. La ville. Ainsi va la ville. Les villes doivent aujourd'hui être souples, agiles, résilientes, alors même qu'elles sont constituées de bâtiments, objets immobiles, immobiliers, et obéissent à des règles contraignantes voire rigides. Les outils de fabrication et de gestion des villes sont en retard, ils sont guidés par des normes, des règles, des programmes, des schémas directeurs, rigides, sans souplesse et produisent trop souvent des espaces sans âme et sans identité, ils n'ont pas permis de répondre aux urgences, l'accueil de l'autre, ils n'ont évité ni la crise du logement ni celle du bureau. La crise Covid avait pourtant ouvert des pistes, avec les habitants en première ligne. Un citadin équipé peut faire face aux situations imprévisibles et développer des actions immédiates. Avec le Covid, on a montré qu'il était possible de décloisonner, de sortir de la logique du silo et du cadre de la norme que les makers savaient fabriquer, bref, qu'on savait faire différemment. La liste serait très très longue. Mais ces pistes, elles prenaient appui sur des acteurs, que j'appellerais volontiers aménageurs, qui se sont installés en ville depuis une quinzaine d'années, créant des lieux avec des processus alternatifs, des brèches ouvertes, dans un monde sous contrôle. Tiers lieux, lieux solidaires, usage temporaire. Alors aujourd'hui, on pourrait se dire pourquoi on ne changerait pas ? Pourquoi ces acteurs à côté ne seraient pas remis au centre ? Et si on décidait qu'aménager temporairement, c'était aménager tout court ? Et si utiliser temporairement, c'était utiliser tout court ? Si en fait, les marges d'hier devenaient les colonnes vertébrales de demain ? Nous avons le plaisir de recevoir, pour en débattre, deux très grands pionniers de ces pratiques. L'un est Tiem Hapschi, féministe, engagée dans la lutte contre l'exclusion et qui travaille avec Aurore, et l'autre, Nicolas Dutry, urbaniste, directeur général et fondateur de YesWeCamp. Bonjour à tous les deux. Bonjour. Bonjour. Merci de venir nous voir dans Ainsi va la ville. Peut-être qu'on peut commencer par vous demander à chacun comment est-ce que vous opérez vos activités ? Comment est-ce que, par exemple dans le cas de Siem, vous vous occupez de l'accueil de l'autre, au sein, comme le disait Dominique, de l'association Aurore ? Mais donc il y a, comme l'expliquait Dominique en introduction, des manières d'accueillir, d'héberger, de soigner, d'insérer qui ont changé et que vous avez essayé de faire changer depuis une quinzaine d'années. Alors comment est-ce que ça s'est fait ? Comment est-ce que vous présenteriez ces activités si essentielles pour la ville et pour ses habitants ? Et qu'est-ce qui a changé en quinze ans ? Ce qui a changé, c'est la réelle rupture, c'est je pense 2013, 2014, 2015, l'expérience des grands voisins dont parlera aussi Nicolas Détry, mais aussi l'ouverture d'hébergement dans des locaux vacants temporaires et ça a bouleversé notre manière d'agir auprès du public, parce que l'espace nous y a poussé, parce que ce ne sont pas des espaces normés, il fallait à chaque fois inventer un espace commun, des manières d'agir auprès du public différente et donc ça a bouleversé nos pratiques, tant sur le plan social que dans l'organisation et je pense que ça, ça a été extrêmement important en terme de renouveau, on va dire du travail social, mais aussi de ce qu'on pouvait penser de ce que c'était qu'un lieu d'accueil, un centre d'hébergement. Et vous êtes devenu très visible ? Oui, mais pas volontairement. Je pense que c'est aussi l'expérience qu'il faut le dire, c'est un peu un braquage des grands voisins puisque nous occupions l'ensemble de l'hôpital Saint-Vincent de Paul dans le quatorzième arrondissement, vers d'Enfer-Auchereau, Paris-Royal, quartier UP. Moi je ne vivais pas très loin quand j'étais étudiante dans une résidence universitaire du Krous, donc je connaissais bien le quartier et franchement je ne voyais pas beaucoup de gens sans abri. Et je pense que l'expérience qui a été d'occuper ce lieu, assez incroyable, a permis en fait d'ouvrir énormément de possibles, et notamment avec les partenaires, puisque ce n'était pas que au roi, une gouvernance partagée avec Plateau Urbain, Yes Week Up, et d'autres artistes, et puis des sans-abri qui étaient là, donc c'est une belle aventure qu'il faut continuer à raconter. Peut-être en deux mots rappeler ce que fait Aurore, donc de l'hébergement d'urgence, mais aussi, quand vous dites travail social, de quoi parle-t-on ? Alors Aurore est centenaire, donc c'est une association qui