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#56 – Night Fever : la fabuleuse histoire du disco (deuxième partie)

proposée par Isabelle Kortian

Diffusée le 8 février 2021


#56 – Night Fever : la fabuleuse histoire du disco (deuxième partie)
Le monde en questions

 
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En plateau :

Musicien professionnel, conférencier, chroniqueur pour Soul Bag et New Morning Radio, Belkacem Meziane est l’auteur notamment de Night Fever, 100 hits qui ont fait le disco, paru aux éditions Le mot et le reste, en 2020.

Contexte :

Le 14 février 1970, jour de la Saint-Valentin, le célèbre DJ David Mancuso inaugure officiellement son club new-yorkais, The Loft, en organisant la soirée Love saves The Day.

Un club ouvert d’emblée à tous, contrairement aux clubs sélects de la jet-set. Au Loft, on vient écouter et danser sur une musique rare, de qualité et qu’on entend nulle part ailleurs, proposée par cet ancien hippie, véritable créateur de tendances musicales, et chez qui tous les autres DJs importants du disco vont se former.

Belkacem Meziane souligne que la soirée du 14 février 1970 au Loft est considérée comme le point de départ important du phénomène disco dont l’amour devient vite le mot d’ordre. Et pour bien comprendre l’influence considérable des DJs de discothèques dans la constitution d’un répertoire disco originel, il cite l’exemple de David Mancuso passant « Soul Makossa » de Manu Dibango au Loft et enflammant aussitôt la piste de danse : le DJ est le seul à connaître ce titre qu’il a trouvé chez un disquaire de Brooklyn spécialisé dans les musiques afro-caribéennes ; aucune radio ne possède encore un exemplaire du disque.

C’est ainsi que beaucoup de titres qualifiés de pré-disco doivent leur succès à des DJs de discothèques qui furent de vrais pionniers dans la fabuleuse histoire du disco. Une musique qui puise ses racines dans un héritage soul funk gospel primordial, qui se développe ensuite en se confrontant à diverses sensibilités, jusqu’à devenir un style à part entière dont l’âge d’or se situe entre 1974 et 1979.

New York, 1974. Les communautés gay, noire et latine se côtoient et se mélangent sur les dancefloors des nouveaux temples de la nuit appelés « discothèques », lieux de libération sexuelle et des paradis artificiels, où les DJs font danser, chaque week-end, sur de la soul, du funk ou des raretés afros et latines, une foule venue oublier les tourments d’une époque en pleine crise économique et existentielle.

Chocs pétroliers de 1973 et 1979, fin des Trente Glorieuses (1945-1975), crise économique et sociale, publication des Pentagon Papers (1971) par le New-York Times et le Washington Post, scandale du Watergate (1972-1974), fin de la guerre du Vietnam (1955/1965-1975) de plus en plus contestée par l’opinion publique, y compris par certains de ses vétérans, séquelles de la guerre, etc. Une époque qui n’en a pas encore fini avec la ségrégation raciale et les discriminations, la pauvreté qui n’a jamais quitté certains quartiers. Une époque où l’homosexualité ne peut s’afficher publiquement. Une époque qui devient aussi plus individualiste, où l’on danse pour chasser le spleen, pour rêver, le week-end, d’une ascension sociale qui vous est refusée dans la semaine, pour briser le plafond de verre (une expression qui apparaît aux États-Unis à la fin des années 70), pour se libérer du carcan social, pour s’affirmer et pour exprimer son goût de vivre, l’affirmation de soi et le désir d’une autre vie, l’appétence pour un autre monde.

Belkacem Meziane nous invite à redécouvrir dix autres titres emblématiques de l’aventure du disco, qui reste encore aujourd’hui l’essence profonde de ce qu’on appelle la dance music.

À l’oreille :

  • Manu DibangoSoul Makossa (1972) : l’importance des disques afro-latins au début du Disco
  • The Fatback BandThe Spanish Hustle (1975) : la danse emblématique du Disco, le Hustle
  • Carl BeanI was born this way (1977) : Gay pride. Carl Bean, pasteur, militant actif de la cause gay et de la lutte contre le sida
  • PhreekWeekend (1978) : l’importance des producteurs dans le Disco
  • The Sugar Hill gangRapper’s delight (1979) : les liens entre le Hip-Hop et le Disco
  • Sharon ReddBeat the street (1982) : Prelude records, la charnière entre le Disco et la House music
  • Dead Or AliveYou Spin Me round (1984) : le succès mondial des productions Stock, Aitken & Waterman
  • Boys Town GangCruising the streets (1981) : la drague homosexuelle dans les lieux publics
    (à mettre en relation avec le titre suivant, Outside de George Michael, produit 17 ans plus tard, et relatif au même sujet : les choses ont-elles vraiment changé ?
  • George MichaelOutside (1998)
  • Corona – The rhythm of the night (1993) : un morceau culte et représentatif de son époque, qui permet de souligner le rôle des Italiens dans l’histoire de la dance music (du DJ David Mancuso à l’italo-disco et à l’italo-House) et de noter que la dance des années 1990 est un dérivé du Disco.

Pour aller plus loin :