#16 – Que sont devenus les mots de la ville ? Une pathologie de la ville ordinaire

proposée par Lolita Voisin, Paul Citron & Olivier Gaudin

Diffusée le 2 décembre 2019


#16 – Que sont devenus les mots de la ville ? Une pathologie de la ville ordinaire
Ainsi va la ville

 
 
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Invité :

Éric Chauvier, anthropologue et écrivain. Il a publié de nombreux ouvrages à partir de ses enquêtes urbaines et périurbaines, dont Contre Télérama (2011), Les mots sans les choses (2014) et Les nouvelles métropoles du désir (2016).

Contexte :

Dans les rues de nos villes, qu’elles soient petites, moyennes ou grandes, centrales ou périphériques, les mots sont partout. Les voix robotiques ou les conversations entre passants, les slogans publicitaires des écrans, des affiches et des vitrines, les petites annonces scotchées aux feux rouges, les graffiti chromés sous les ponts, la une des journaux et des magazines, les pochoirs sur le sol et les tags sur les murs. Les mots sont partout dans la ville, et cette omniprésence ne date pas d’hier. Le langage, verbal et non verbal, fait exister la vie urbaine qui repose sur d’innombrables formes de communication symbolique.

Écrivains naturalistes dans la grande ville industrielle, mythe poétique des villes tentaculaires, roman policier et film noir, rap commercial, chants militants, imagerie et contre-imagerie des banlieues, séries télé sur la vie pavillonnaire… une longue histoire littéraire et artistique a forgé ce qu’on appelle parfois des cultures urbaines, à la rencontre des traditions populaires et des industries culturelles. Face à ce flot de paroles et d’images, les chercheurs en sciences sociales, depuis un siècle environ, se sont mis à l’écoute des situations urbaines ordinaires. Dans leurs enquêtes de terrain, sociologues et anthropologues observent et transcrivent les conversations quotidiennes, les parlers populaires, les discours politiques, les propos médiatiques. Auprès des citadins, ils recueillent des récits de vie dans des entretiens et remarquent les silences, les accents, les clichés, les résistances. À travers les voix des habitants, des travailleurs ou des passants, ils tentent de faire parler la ville.

Cette écoute des autres ne va pas de soi, elle rencontre même des obstacles. Des raccourcis péremptoires, des formulations standards recouvrent les expériences vécues. Parfois, les mots semblent vides et nous ne savons plus bien nommer les choses. Ville globale, bouge ta ville, éco-quartier, happy hour, réinventer, zone touristique, action cœur de ville, jeunes de cité, le pavillon de vos rêves, fan zone, marché des artisans créateurs, fête des voisins, ambiance start-up, coulée verte, résidence connectée, smart city… Le malaise grandit, le trouble s’étend. Qu’est-il arrivé aux mots de la ville, pour qu’ils semblent avoir perdu leur sens ? Difficile de parler avec justesse de la vie urbaine quand la langue s’éloigne de nos expériences. Dans les différents lieux de la ville contemporaine, les mots n’ont-ils pas remplacé les choses ?

Bibliographie de l’invité évoquée pendant l’émission :
  • Anthropologie, Allia, 2006
  • Si l’enfant ne réagit pas, Allia, 2008
  • Contre Télérama, Allia, 2011
  • Anthropologie de l’ordinaire. Une conversion du regard, Anacharsis, 2011
  • Les mots sans les choses, Allia, 2014
  • Les nouvelles métropoles du désir, Allia, 2016
  • La petite ville, éd. Amsterdam, 2017
  • Le revenant, Allia, 2018.
Extrait audiovisuel :

Pour aller plus loin, autres références citées :

À l’oreille :

  • PNL, « Le monde ou rien », 2015
  • Booba, « Pitbull », 2006
  • Lou Reed & John Cale, « Small Town », 1990


À l'antenne
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