À l'antenne
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#116 – Les mondes rêvés de Georges

proposée par Patrick Bruneteaux

Diffusée le 16 juin 2022


#116 – Les mondes rêvés de Georges
Les mondes rêvés de Georges

 
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La défaite de la démocratie ? La caste managériale et la destruction de l’État social, du peuple et des acquis sociaux : que faire ?

Contexte

La dispersion des citoyens gilets jaunes rassemblés autour des ronds points est un symbole : celui de la lutte entre les expressions directes des citoyens et la démocratie représentative pieusement défendue par les élites.

Les personnes furent toutes délogées comme une fin d’attroupement banal. Des délinquants… Sans aucune considération pour un peuple qui parle, pense et propose. La fumisterie du grand débat, qui n’a d’égal dans le cynisme (il était le seul à parler, avec de la com triant sur le volet quelques valets) que la remise de la médaille aux personnels hospitaliers humiliés, révèle l’ampleur de l’arrogance du petit énarque kapo du capital bancaire – public (ENA) privé (Rothschild) public (ministre) – qui organise avec ses amis le pillage de l’État (le plus fort livre en la matière : La valeur du service public, aux éditions La Découverte, 2022).

La démocratie va de pair avec la défense du service public parce que l’État républicain s’est construit progressivement contre l’État libéral des riches (au pouvoir avec le suffrage censitaire). L’oligarchie actuelle fonctionne comme un « pouvoir managérial public privé » qui ne cesse de casser la respublica au nom du profit, des coûts, de la performance, alors que jamais historiquement le patronat n’a réalisé autant de profit ni autant démantelé l’État social.

Récession, caisses vides ? Des mensonges alors que la fraude fiscale suffit à éliminer les déficits inventés par ces voleurs pour nous faire croire qu’il faut encore et encore couper les branches de l’État social.

Moins d’écoles, moins de maternités bordel !! Alors que jamais il n’y a eu autant de riches fainéants – oui des rentiers – qui ne travaillent pas et de pourris dans la classe dirigeante (M. Sarkozy l’éternel mis en examen, les parachutes dorés pour les plus incapables, les jetons de présence dans les conseils d’administration « sans faire grand chose » (dixit les chercheurs), les bonus (16 millions pour le PDG de Publicis en 2012, avec ça on aurait pu embaucher 740 personnes en CDI !!), les délits d’initiés en pagaille sans parler des anciens ministres qui deviennent hommes d’affaires comme Fillon échoué dans le pétrole russe).

Quelle valeur a une démocratie qui tue le peuple, sachant que le peuple ne fait pas partie des 1% les plus riches qui forment cette élite des grands corps, des conseils d’administration et des mafias cachées dans les think tank, les « fondations » et autres « cercles » ?

Bref une caste et non plus une classe, des pourris corrompus (mais suivez Anticor !) et non plus des orateurs pleins de promesses, aidés par toute une myriade de kapos sortis des écoles de commerce ou des corps intermédiaires (École de santé publique, école de sécurité sociale) sanctuarisés dans les tribunaux sociaux (Agence régionale de santé, commissions départementales RSA).

Au nom du public, ils tuent le public. Le privé est entré dans le public pour dire que le public doit penser et fonctionner comme le privé, la loi du fric. Ce ne sont pas les corps intermédiaires de jadis qui aidaient la république en marche, la vraie : syndicats, associations, élus locaux. Aujourd’hui nous dit Harold Bernat, il ne reste plus que l’encadrement technocratique d’un syndicalisme dépolitisé.

La gangrène est là, mais, paradoxe, la pourriture se pare de discours sur le changement alors qu’il s’agit de destruction. On parle du Che dans les publicités. Macron utilise le mot révolution dans son livre de campagne. Les dominants sont très forts en idéologie pour nous retourner la tête. Ah ! Bourdieu et son capital symbolique. Sauf que nous ici, nous ne reconnaissons pas les escrocs politiques, nous ne sommes pas à genoux dans ce qu’il appelle la fides implicita, la remise de soi aux menteurs, Hollande le premier, qui dès 1983 se cachait sous un pseudonyme (merci les Pinçon-Charlot) pour encenser le libéralisme et préparer le régime maigre, comme les autres depuis le début des années 1970.

Droite et gauche, une caste unie par les mêmes études, les mêmes grands corps, les mêmes grands salaires, les mêmes connivences avec les Puissants économiques. Merci Julie Gervais, Claire Lemercier et Willy Pelletier, votre livre La valeur du service public qui réunit vos recherches et celles de dizaines de chercheurs est une œuvre magnifique pour aider le peuple à accuser ses responsables politiques.

La défaite de la majorité,comme dit Harold Bernat, est un travail politique de tous les instants pour nous convaincre que le travailleur est un coût, un fainéant et un incapable. « D’où tu parles et qui te paies ? » est la question de base du philosophe matérialiste. Si ce peuple est exploité économiquement et humilié (assisté, incapable de monter des startup), réprimé (qui n’a pas peur d’aller manifester aujourd’hui ?) et réduit au silence (les technocrates pensent pour vous), il peut tenter de se mobiliser en majorité.

Procès contre des politiques à la manière de Diane Protat ? Referendum des gilets jaunes ?, démocratie locale ? Imposition d’un mandat impératif ? Quel serait un projet du peuple qui nous permettrait de sortir des micro-luttes ? L’unification autour de revendications qui prennent appui sur des conditions misérables identiques « dans une « reconstruction sensible du principe majoritaire » prône Harold Bernat ?

Mais puisque les dominés sont aliénés, par le techno tout puissant qui sait tout (le commissaire européen chauve, jamais élu, qui parle doctement à voix basse des gravissimes dettes des États), par l’État policier rampant qui lamine les mouvements sociaux (honte au LBD et à toutes ces armes qui nous font glisser dans l’autoritarisme), par l’épuisement engendré par la précarité (des tonnes de livres et de rapports, y compris sur Cause commune), par les médias qui nous fourrent la tête de multiples imaginaires : sport, films, musiques tous noués et orchestrés autour du star système qui légitime la grandeur du Champion performant (ou du génie) et du fric légitime du « plus grand », de l’unique acquis par la performance (ou le don réac), tout n’est pas perdu ?

Les sous-prolétaires haïs de Marx rêvent de ces super-mecs là (ah le machisme qui semble marcher tout seul dans ce fascisme ordinaire des classes populaires, quel polluant pire que l’amoco cadiz !! et ça swingue sévère dans le Rap des gros musclés comme dans tous les caïdats), vendent des drogues et rêvent BMW. Les chômeurs de longue durée jouent au loto ou se défoncent. Les travailleurs précaires ont la tête dans le sac et courent pour survivre. Les migrants s’invitent et le complexe politico-médiatique fabrique Zemmour le petit poutine raciste, fasciste et corrompu par Bolloré.

Harold Bernat, Diane Protat ou Radio Cause commune sont ils entendables par le « peuple » ? Vieux débat de l’avant garde. Vieux débat des intello et des masses.

Que faire ? Le débat est ouvert.



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