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#86 – Le lobby saoudien en France

proposée par Isabelle Kortian

Diffusée le 3 novembre 2021


#86 – Le lobby saoudien en France
Le monde en questions

 
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En plateau

  • Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense, spécialiste des questions géopolitiques, auteur notamment de Hollywood, arme de propagande massive (éditions Robert Laffont, 2018) et La Fabrication de l’ennemi (éditions Robert Laffont, 2011), publie avec Sofia Farhat, Haouès Séniguer et Régis Soubrouillard, Le lobby saoudien en France, aux éditions Denoël.
  • Sofia Farhat, chercheuse en relations internationales, publie avec Pierre Conesa, Haouès Séniguer et Regis Soubrouillard, Le lobby saoudien en France, aux éditions Denoël

Contexte

L’Arabie saoudite est l’un des pays les plus secrets au monde. Les difficultés récurrentes à obtenir des informations sur ce qui s’y passe ont fini par décourager journalistes, chercheurs ou ONG de mener des enquêtes approfondies, des travaux de recherche ou des rapports circonstanciés. Que sait-on par exemple de la disparition des princes félons, des interventions militaires extérieures du pays au Bahreïn et au Yemen ? Qui sait que l’esclavage y fut aboli en 1962 ? Qui se souvient du blogueur Raif Badawi ?

Pierre Conesa et Sofia Farhat racontent l’enquête qu’ils ont menée au cœur de la stratégie diplomatique de l’Arabie saoudite. Si, à partir des années 1980 et 1990, et jusqu’au 11 septembre 2001, elle se déploie surtout régionalement, attentive à contrôler les médias arabes, les journalistes et les voix dissidentes, ainsi qu’à promouvoir la chaîne Al-Arabiya, contre sa concurrente Al-Jazzira financée par le Qatar, elle devient beaucoup plus offensive, quand il s’agira de faire face au fait que quinze des dix-neuf terroristes des attentats du 11 septembre sont saoudiens et que le pays diffuse, depuis des décennies, le wahhabisme/salafisme partout dans le monde. Le résultat du déploiement de cette nouvelle stratégie de communication porta ses fruits, puisqu’en fin de compte Ryad fit l’objet de peu de critiques internationales. Le pays ne fut jamais dénoncé comme un Etat voyou ni figurant dans un quelconque axe du mal. Quels liens particuliers le pays entretient-il avec les Etats-Unis depuis la découverte du pétrole ? Que nous apprend l’histoire de ce royaume, berceau du wahhabisme, depuis sa création et refondation lors de la dislocation de l’Empire ottoman durant le premier conflit mondial : la conquête du Hedjaz dans les années 1920 avec la prise des villes saintes de La Mecque et Médine mettant fin à mille ans de chérifat hachémite (lignée descendants du grand-père du prophète) ; la fusion des provinces du Nejd et du Hedjaz donnant naissance à l’actuelle Arabie saoudite en 1932 ; la découverte du pétrole en 1938 ; la lutte contre le nassérisme et le socialisme arabe ; la prise de la Grande Mosquée de La Mecque, en novembre 1979, par des fondamentalistes islamistes inaugurant ainsi un cycle de violences, qui, dans sa matrice sunnite, se prolonge dans les guerres des années 80, la guerre civile algérienne des années 90, les attentats du 11 septembre 2001, et jusqu’à nos jours avec Al-Qaïda et l’Etat islamique ?

Comment le pays a revu toute sa communication en recrutant des cabinets de lobbying, en contractant avec les cinq plus grandes sociétés internationales de relations publiques (trois américaines et deux françaises), sachant qu’il ne disposait pas, par ailleurs, de diaspora pouvant lui servir de relais dans la mise en place d’un vaste réseau d’influence ?

Que nous apprend l’étude des Saoudi Cables ou Saoudi Leaks ? Sofia Farhat qui les a traduits et analysés, expose notamment comment s’explique le traitement différencié dans la presse arabe de la retentissante affaire Khashoggi, du nom de ce journaliste saoudien, Jamal Khashoggi, longtemps proche du pouvoir, tombé en dissidence ou en disgrâce depuis 2017 et l’avènement de Mohammed ben Salmane, alias MBS, au statut de prince héritier et dirigeant de fait du pays. Exilé aux Etats-Unis, le journaliste obtient la nationalité américaine et tient une chronique dans le Washington Post. Il est assassiné dans les locaux du consulat d’Arabie saoudite, à Istanbul, le 2 octobre 2018, dans de sordides conditions, dégradant passablement l’image du pays à l’étranger. Si l’affaire fit grand bruit dans le monde occidental, elle eut aussi ses répercussions dans le monde arabe. Ainsi, en Irak, pays dépendant de l’argent saoudien pour sa reconstruction, on ne traita pas l’affaire Khashoggi de la même façon qu’au Liban. La rivalité entre l’Iran et l’Arabie saoudite dans le pays du Cèdre se refléta dans la façon dont les médias locaux couvrirent l’affaire, selon leur proximité ou leurs affinités politiques avec l’Arabie saoudite ou bien avec l’Iran. Comment, de son côté, la presse tunisienne a-t-elle couvert l’événement ?

Quelles sont en France les cibles du lobby saoudien ? Si l’opinion publique lui importe assez peu, les hommes politiques, les décideurs, les acteurs économiques, les faiseurs d’opinion, les élites des communautés musulmanes concentrent en revanche toute son attention. Demain, après avoir racheté Newcastle, l’Arabie saoudite parviendra-t-elle à acheter l’Olympique de Marseille (OM) ?

À l’oreille

Pour aller plus loin

  • Pierre Conesa, Sofia Farhat, Haouès Séniguer et Régis Soubrouillard, Le lobby saoudien en France. Comment vendre un pays invendable, éditions Denoël, 2021
  • Pierre Conesa, Hollywood, arme de propagande massive, éditions Robert Laffont, 2018
  • Pierre Conesa, La Fabrication de l’ennemi, Robert Laffont, 2011

ET :

  • Radio Cause commune, Le monde en questions, n° 67 et n°12