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#73 – Une histoire des gauches en Israël

proposée par Isabelle Kortian

Diffusée le 7 juin 2021


#73 – Une histoire des gauches en Israël
Le monde en questions

 
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Thomas Vescovi, enseignant dans le secondaire, chercheur indépendant en histoire contemporaine, auteur de nombreux articles publiés dans le Middle East Eye, Le Monde diplomatique, Moyen Orient, publie aux éditions La Découverte, dans la collection des Cahiers libres, L’échec d’une utopie. Une histoire des gauches en Israël.

Contexte

En s’appuyant sur de nombreux entretiens réalisés au cours des dernières années avec des cadres et des militants politique israéliens, et sur les travaux les plus récents au sujet d’Israël et de sa société, Thomas Vescovi nous offre une plongée au sein de l’histoire politique du pays.

Remontant aux sources du mouvement sioniste, dont l’aile gauche cherchait à bâtir en Palestine un État pour les juifs sur des bases socialistes, il raconte l’histoire des mouvements progressistes et révolutionnaires juifs et israéliens. En 50 ans, ce qui était au départ une utopie aboutit à la création d’un État : Israël. La gauche a joué un rôle déterminant dans la création de cet Etat et un rôle central dans les trois premières décennies de la vie politique du pays, jusqu’en 1977, avant que la droite israélienne, alliée à différents mouvements et partis politiques religieux, ne domine désormais la scène politique du pays.

Comment, depuis l’assassinat d’Itzhak Rabin en 1995, la gauche israélienne a-t-elle entamé un déclin qu’elle semble avoir les plus grandes difficultés à surmonter ? Comment la droite israélienne est-elle devenue hégémonique, culturellement et politiquement ? Peut-on expliquer ce phénomène en se focalisant uniquement sur l’État d’Israël ou bien doit-on tenir compte du recul global des forces de gauche et de la droitisation des sociétés dans le monde ? Quelle part de responsabilité les forces de gauche portent-elles dans leur recul ici et là ?

Thomas Vescovi interroge la nature profonde de la crise que traverse la gauche ou les différents courants de la gauche en Israël, qu’ils aient été au pouvoir ou non, et quelle que soit ou fût leur représentativité dans la société. Quel est l’impact de la crise sur le Camp de la Paix et sur les processus de paix ? Une partie des débats qui ont animé les mouvements progressistes et révolutionnaires juifs à leurs origines animent encore d’une certaine façon leurs héritiers. Ces débats riches, intenses et dramatiques se développent à la fin du XIXème siècle et au début du XXème dans des situations impériales où les minorités (nationales, ethniques, religieuses, culturelles) s’interrogent afin de savoir si la question de la défense de leurs droits en tant que minorité dans un cadre majoritaire est soluble dans la seule question sociale. Quelle garantie offrent d’autre part les États-nations, marqués par la montée des nationalismes et le rejet de plus en plus violent de celles et ceux qu’ils considèrent comme des citoyens de seconde zone, auxquels il est reproché non pas tant de ne pas s’assimiler que de ne pas être assimilables ? Que faire quand les 32 États représentés à la conférence d’Evian, réunie à huis clos du 6 au 14 juillet 1938 (à la demande de F. D. Roosevelt, inquiet de la montée de l’antisémitisme en Europe), confirment le refus des pays participants d’ouvrir leurs ports aux juifs allemands chassés par Hitler ? Que faire quand, dès décembre 1942, les Alliés disposent d’informations incontestables sur la destruction en cours des Juifs d’Europe par le régime nazi, et ne font rien par impuissance ou indifférence ? Sans oublier que dès 1933, le juriste Raphaël Lemkin avertissait sans succès de l’imminence du danger, en demandant que le droit international prenne les dispositions nécessaires afin d’empêcher et de condamner le crime des crimes qu’on qualifiera par la suite de génocide ?

C’est dans ce contexte effroyable que la question des Arabes de Palestine fut l’impensé du sionisme, comme le remarque l’historien Walter Laqueur. Et c’est toujours dans ce contexte inoubliable que prennent sens les questions de Thomas Vescovi telles que comment peut-on être sioniste et de gauche ? Existe-t-il encore une gauche en Israël ? Comment construire une société juste et égalitaire avec les Palestiniens ? Est-ce possible et réalisable ? Comment contrer les assauts de la droite sioniste et des mouvements religieux ? Comment construire durablement la paix ?

À l’oreille

  • Mohammad AssafDammi
  • HK et les SaltinbanksJerusalem
  • YoussouphaMenace de mort

Pour aller plus loin

  • Thomas Vescovi, L’échec d’une utopie. Une histoire des gauches en Israël, Cahiers libres, La Découverte, 2021. Préface de Michel Warshawski
  • Thomas Vescovi, La mémoire de la Nakba en Israël, L’Harmattan, 2015
  • ET :

  • Walter Laqueur, Histoire du sionisme, Tel, Gallimard. Poche, tomes 1 et 2
  • Amos Oz, Rien n’est encore joué. La dernière conférence. Traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen. Gallimard, 2020