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#65 – Deux espions sur un plateau

proposée par Isabelle Kortian

Diffusée le 19 avril 2021


#65 – Deux espions sur un plateau
Le monde en questions

 
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En plateau :

Sergueï Jirnov, ancien officier traitant du KGB, membre de la célèbre et redoutée direction « S », co-auteur avec François Waroux de KGB/DGSE, 2 espions face à face, publié aux Éditions Mareuil.

François Waroux, ancien officier traitant du SDECE, puis de la DGSE, co-auteur avec Sergueï Jirnov de KGB/DGSE, 2 espions face à face, publié aux Editions Mareuil.

Contexte :

L’espionnage est l’un des plus vieux métiers du monde, avec la prostitution. Mais il s’exerce dans le plus grand secret, généralement. On ne parle pas ou très peu du succès de ses activités et missions. Quant à leurs opérations, sauf exception, elles ne sont pas revendiquées. Leurs échecs font davantage de bruit, quand il est impossible de cacher le désordre provoqué ou l’embarras suscité. On sait, par conséquent, peu de chose de la réalité du métier d’espion au quotidien, de sa routine en particulier et de sa discipline. Cette méconnaissance explique sans doute une part des fantasmes entourant l’univers des agents de l’ombre. Elle ne contribue pas peu à renforcer, sinon l’attractivité du métier, du moins la fascination qu’il peut exercer, à en croire les nombreuses productions cinématographiques ou séries cultes dont il fait l’objet.

C’est dire à quel point il est rare de pouvoir écouter deux espions face à face parler librement de leur métier ! L’occasion en est fournie grâce à la parution du livre que signent ensemble Sergueï Jirnov et François Waroux, KGB/DGSE, 2 espions face à face, aux Editions Mareuil. C’est la première fois qu’un ouvrage d’échanges entre deux membres de ces deux services est publié. Sergueï Jirnov est un ancien officier supérieur du KGB, diplômé de l’Institut Andropov, opérant pour l’URSS, de 1984 à 1992, au sein de la direction du service dit des « illégaux » : il a principalement opéré en France afin notamment de pénétrer des cercles de décision et d’infiltrer l’ENA. Il est réfugié en France depuis 2001. François Waroux, ancien élève de l’École supérieure militaire de Saint-Cyr, après un début de carrière militaire,  a été officier traitant du SDECE, puis de la DGSE, de 1977 à 1995. Il a agi sous couverture à l’étranger pour la France, aux États-Unis, en Éthiopie et au Pakistan, où il a été chef de poste. Après avoir longtemps œuvré dans l’ombre pour deux camps opposés, durant la guerre froide et après la chute de mur de Berlin, ces deux officiers supérieurs ouvrent un dialogue inédit, sans tabou, sur leur carrière au sein des services secrets. Ils confrontent leurs expériences, leurs analyses et les méthodes utilisées par leurs pays respectifs. Travail sous légende, techniques de surveillance, manipulations, honorables correspondants, agents d’influence, angoisses quotidiennes et cas de conscience. La face cachée et complexe qu’implique leur profession, au service de ce qu’on appelle la raison d’État.

Sachant que les opérations clandestines de la guerre froide sont toujours couvertes par le secret en Russie comme en Occident, comme le remarque Eric Denécé dans sa préface au livre, les échanges entre ces deux hommes n’en sont que plus passionnants. Même si, dans le domaine du renseignement, le KGB semble un outil d’information, de surveillance et de propagande au service du Parti communiste de l’Union soviétique bien plus puissant que le SDECE et la DGSE, lesquels, soumis la plupart du temps à des impératifs économiques pragmatiques, se concentraient surtout dans le renseignement économique. Ces deux anciens officiers traitants sont-ils d’accord sur certains points et lesquels ? Sur quoi sont-ils en désaccord ? Pourquoi ont-ils choisi ce métier ? Qu’est-ce qui, selon eux, motive un individu à livrer des informations sensibles à un agent traitant et trahir le camp auquel il est supposé appartenir ? Qu’est-ce qu’informer ? Qu’est-ce que renseigner ? Quels rapports les services secrets entretiennent-ils entre eux ? Sont-ils adversaires, concurrents ? Jouent-ils « collectivement » entre services réputés amis ? Sont-ils jaloux de leurs prérogatives respectives ?

Si Sergueï Jirnov et François Waroux rejettent tous deux les clichés des films hollywoodiens concernant leur profession, ils reconnaissent volontiers avoir choisi la vie d’espion pour fuir l’ennui d’une existence de bureaucrate. Ils en ont pourtant écrit des fiches durant leur carrière ! et reconnaissent avoir attendu avec impatience d’être envoyés sur le terrain, loin de la maison-mère. L’adrénaline, ils connaissent. Ils en parlent presque avec nostalgie. De la guerre froide à la guerre technologique, en passant par les nouvelles menaces qui frappent le monde et les nouveaux enjeux stratégiques, ils n’éludent aucun sujet dans leurs échanges. Le stress, la solitude, les liens qui se tissent patiemment et se défont en un rien de temps, les ordres, la loyauté. Ils parlent, sans être bavards, se taisent, sans en avoir vraiment l’air. Ils ont servi une cause, un pays, ils ont pris des risques. En cas de pépin, aurait-on remué ciel et terre pour les sauver ? La question se pose-t-elle ? En tout état de cause, ils sont l’un et l’autre convaincus que la richesse de leur expérience et leur témoignage constituent en soi une école de la vie, digne objet de transmission aux jeunes générations.

À l’oreille :

Pour aller plus loin :

  • Sergueï Jirnov et François Waroux, KGB/DGSE, 2 espions face à face, Editions Mareuil, 2021. Préface et postface d’Eric Denécé, Directeur du Centre de recherche sur le renseignement (CF2R)
  • François Waroux, James Bond n’existe pas. Mémoires d’un officier traitant, Editions Mareuil, 2017