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#41 – Le Rassemblement national en France aujourd’hui : état des lieux

proposée par Isabelle Kortian

Diffusée le 3 août 2020


#41 – Le Rassemblement national en France aujourd’hui : état des lieux
Le monde en questions

 
 
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En plateau :

Nonna Mayer, sociologue, chercheuse en sciences politiques au Centre d’études européennes et de politique comparée à l’UMR Sciences-Po/CNRS, spécialiste du comportement électoral.

Contexte :

Quel bilan dresser au lendemain du deuxième tour des élections municipales de juin 2020 dans lequel le Rassemblement national (RN), anciennement Front national (FN), a obtenu des résultats en demi-teinte ? S’il garde l’essentiel des villes conquises, s’il a gagné la ville de Perpignan, le RN n’a pas progressé. Il présentait moins de candidats, alors qu’il a besoin d’élus locaux pour prouver sa capacité à gérer des villes de plus en plus grande importance, et renforcer sa crédibilité dans une stratégie de conquête du pouvoir.

Alors que le RN se voyait encore volontiers sur un schéma de 2017, comme l’unique et seul opposant au candidat Emmanuel Macron, au second tour des élections présidentielles de 2022, la percée des écologistes aux dernières municipales (juin 2020) vient compliquer la donne.
Retour sur ce parti depuis sa création par Jean-Marie Le Pen et l’arrivée de sa fille, Marine Le Pen, à sa tête. Quel fut l’impact de la « dédiabolisation » initiée par le père et poursuivie par la fille ?

Si pendant longtemps, et à bien des égards, la formation politique de Jean-Marie Le Pen joua un rôle précurseur en Europe, incarnant un modèle à imiter pour les droites radicales populistes émergentes en Union européenne, demeure-t-il emblématique des droites radicales se multipliant en Europe ? On observe que chacune d’entre elles, outre leurs spécificités respectives, est jalouse de son indépendance vis-à-vis des autres, voire garde ses distances vis-à-vis du RN, donnant à penser, dans ce dernier cas, que le processus de dédiabolisation a davantage fonctionné à l’intérieur des frontières de la France qu’à l’extérieur.

Qui vote RN aujourd’hui en France ? Quel est l’électorat de ce parti nativiste et ethnocentriste, adepte de la préférence nationale, qui ne dédaigne pas le recours à un discours populiste simplificateur ? Qu’est-ce que le « Radical Right Gender Gap » (RRGG), expression forgée par la chercheuse américaine Terri Givens, pour désigner le phénomène observé chez les droites radicales populistes, et en particulier en France, selon lequel le genre était avec le diplôme le facteur le plus prédictif d’un vote en faveur du RN : les femmes ne votaient pas ou votaient peu pour le FN, et, d’autre part, plus les individus étaient diplômés, moins ils avaient tendance à voter pour cette formation politique. Or, si effectivement pendant longtemps l’électorat de Le Pen fut majoritairement masculin, ce n’est plus le cas depuis les élections présidentielles de 2012. Comment s’explique ce fait qui se confirma en 2017 ?

La 29ème édition du rapport sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, publié le 18 juin 2020 par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), montre que plus de trois quarts des Français adhèrent à la lutte contre le racisme. L’indice longitudinal de tolérance (ILT), en hausse constante depuis 2013, se stabilise en 2019 après avoir atteint son plus haut point en 2018. Le renouvellement générationnel et une population de plus en plus diplômée sont des facteurs explicatifs de cette évolution de la société où les normes antiracistes, antisémites, anti-xénophobes prévalent de plus en plus. Les questions d’ordre économique et social sont les premières préoccupations des Français, loin devant les questions d’immigration, de racisme et d’intégrisme religieux, qui sont au plus bas. Toutefois, si l’indice de tolérance est bon, il reste un noyau de gens racistes. Nonna Mayer qui a contribué à ce rapport de la CNCDH, souligne que les enquêtes et les interviews révèlent que plus on se situe sur la gauche de l’échiquier politique, plus l’indice longitudinal de tolérance est élevé, et inversement plus on se situe sur la droite de l’échiquier politique, plus s’exprime un rejet des autres. Ce qui indirectement témoigne de l’existence et de la persistance d’un clivage droite/gauche.
Nonna Mayer interroge enfin la pertinence de l’idée selon laquelle il existerait un vote ouvrier en faveur de Le Pen, père et fille.

À l’oreille :

Pour aller plus loin :

  • Nonna Mayer, « So close, yet so far : the French Front National and Les Républicains (2007-2017). » In Trumping the Mainstream. The conquest of democratic politics by the populist radical right, ed. Lise Herman and James Muldoon, 222-245. London: Routledge (avec F.Haegel), 2018
  • Nonna Mayer, 2018. « The Radical Right in France. » In The Oxford Handbook of the Radical Right, ed. Jens Rydgren, 433-451. Oxford: Oxford University Press, 2018
  • Nonna Mayer, « L’ impact du genre sur le vote Marine Le Pen » dans la Revue française de science politique, 67 (6): 1067-1087.(avec A. Amengay et A. Durovic), 2017
  • Le rapport 2019 de la CNCDH
  • Les essentiels du rapport de la CNCDH
  • ET :

  • Radio Cause commune, Le monde en questions, n°36, La lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie : le rapport 2019 de la CNCDH