À l'antenne
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#24 – Le Hirak en Algérie

proposée par Isabelle Kortian

Diffusée le 30 mars 2020


#24 – Le Hirak en Algérie
Le monde en questions

 
 
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En plateau :

Ancien haut fonctionnaire algérien, ancien Président de la Banque publique d’Algérie, Omar Benderra est économiste de formation. Il fut en charge, de 1989 à 1991, de la renégociation de la dette nationale. Exilé en France depuis 1992, il exerce actuellement les fonctions de consultant économique et financier.

Contexte :

Avec François Gèze, Rafik Lebdjaoui et Salima Mellah, il a dirigé la publication d’un ouvrage collectif intitulé Hirak en Algérie, L’invention d’un soulèvement, aux éditions La fabrique.

Qu’est que le Hirak ? Il y a maintenant treize mois, le 22 février 2019, débutait en Algérie un soulèvement populaire prenant la forme de manifestations et de marches se déroulant, à l’échelle nationale, chaque vendredi. Déclenchées par l’annonce, le 11 février, de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat présidentiel, malgré son état physique et mental fortement dégradé, elles ne s’arrêtèrent pas pour autant, lorsque le général Gaïd Salah devint l’homme fort du pays, après la démission du Président Bouteflika, ni après le décès du premier le 23 décembre 2019. La foule demandait et demande en effet le départ de tous les généraux, soit la fin de l’État militaire et policier et l’instauration d’un Etat civil, avec des institutions démocratiques jouant pleinement leur rôle dans le respect de la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.
Comment les Algériens sont-ils parvenus à « casser le mur de la peur » ?

Que s’est-il passé entre 1962, date de l’indépendance, et 2019, pour que resurgisse dans le pays la revendication d’« indépendance » (« istiqlal »), idée phare qui avait structuré la lutte contre le colonialisme, et qui traduit aujourd’hui le désir du peuple algérien de retrouver sa dignité, sa fierté, sa liberté et sa souveraineté ?

Comment les Algériens se sont réapproprié leur histoire afin de redevenir maîtres de leur destin, en s’opposant aux généraux aux commandes de l’État, qui non contents d’avoir confisqué l’héritage de la révolution en détournant ses symboles, vivaient de la rente mémorielle comme de la rente pétrolière du pays, sans considération pour le peuple ?

Quelles sont les caractéristiques du Hirak, un mouvement aux racines profondes, un soulèvement pacifique, parvenu à déjouer les tentatives de division, les intimidations, les manœuvres dilatoires, la désinformation ? Comment les manifestants sont partis à la reconquête de l’espace public ? Refus de l’Etat prédateur, policier, militaire, mais aussi lancement d’un vrai débat sur l’avenir de la nation, tel que le pays n’en avait pas connu depuis le premier congrès du FLN en 1957, en Kabylie, durant lequel la primauté du civil sur le militaire avait été affirmé.

Mouvement intergénérationnel, comment s’est joué la passation mémorielle entre générations ? Une jeunesse défilant sur les traces d’une autre jeunesse qui s’est battue et sacrifiée pour l’indépendance de 1962. Des manifestations où jeunes et anciens se côtoient, auxquelles les femmes participent pleinement et s’expriment. Quel fut le rôle de ces femmes, dont l’alphabétisation massive ne commence qu’après l’indépendance, dans la transmission de la mémoire, et d’une mémoire différant du discours officiel sclérosé ?

Comment le Hirak a exprimé la rupture entre les Algériens et les médias privés ou publics, qui, soutenant le régime et ses manipulations contre le mouvement populaire, n’ont pas couvert les manifestations du vendredi ou celles des étudiants le mardi ?

Quels sont les précurseurs du Hirak ? Dans son discours testament du 12 mars 2012, le dirigeant historique de la révolution algérienne, Hocine Aït Ahmed (1926-2015), avait compris que tous ceux et celles qui, au nom d’une autre Algérie, et durant des décennies, ont osé bravé la peur de la répression (notamment les familles des disparus et les familles des victimes du terrorisme), rendraient un jour possible l’avènement du Hirak et auront contribué, par leur courage et détermination, à l’émergence d’une nouvelle conscience politique.

Quel avenir pour le Hirak alors que le pays, dépendant de ses exportations de pétrole, est confronté à la chute des cours de ce dernier ainsi qu’à la crise du Covid-19 ?

À l’oreille :

  • « Les généraux à la poubelle wa al djazaÏr teddi l’istiqlal » (la première partie du slogan en français, la seconde en arabe : « les généraux à la poubelle et l’Algérie aura son indépendance »)
  • La jeune rappeuse Raja Meziane, très populaire, et sa chanson  » Allo le système ».
    Exilée depuis 2015 en République tchèque, parce qu’il lui était devenu impossible de travailler en Algérie, en raison de ses chansons exprimant la révolte et les frustrations de la jeunesse algérienne, elle compose dans l’urgence et à distance « Allo le système », disponible sur youtube dès le 4 mars 2019. Succès phénoménal de la chanson.
  • Le chant emblématique, véritable hymne du Hirak, créé par les jeunes de Bab El Oued/Casbah : « La casa d’El Mouradia ».
    L’initiative de cette chanson dont le titre s’inspire d’une célèbre série espagnole (Casa del papel) revient aux supporters du club de foot algérois, l’USMA.
  • « Un État civil et non Militaire » (en arabe dialectal : dawla madania, machi askariya).Slogan scandé par la foule des manifestants

Pour aller plus loin :

  • Sous la direction de Omar Benderra, François Gèze, Rafik Lebjaoui et Salima Mellah, Hirak en Algérie, éditions La fabrique, 2020. Avec une chronologie des événements, un lexique du Hirak et une bibliographie.
Et :
  • Le site Algeria-Watch. Association de défense des droits humains en Algérie créé en 1997.
  • Le film culte de Benamar Bakhti, Le Clandestin, dont le personnage d’El Bombardi figurait sur les pancartes des manifestants du Hirak, et dont certaines répliques du film étaient reprises modifiées.
  • Amine Lartane, L’Envol du faucon vert, Métaillé, 2007, réédité en poche en 2019. Un polar plongeant dans les arcanes du régime algérien contre lequel s’est dressé le Hirak depuis le 22 février 2019.