À l'antenne
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#22 – La question iranienne

proposée par Isabelle Kortian

Diffusée le 16 mars 2020


#22 – La question iranienne
Le monde en questions

 
 
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En plateau :

Spécialiste de l’Iran, Clément Therme est chercheur post-doctorant au sein de l’équipe « Savoirs nucléaires » du CERI à Sciences Po Paris. Il est également membre associé de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et l’auteur des Relations entre Téhéran et Moscou depuis 1979 (PUF, 2012). Il a également dirigé la publication d’un ouvrage collectif, L’Iran et ses rivaux, Entre nation et révolution, paru aux éditions Passés/Composés en février 2020.

Contexte :

Le 11 février 1979, la Révolution chassait du pouvoir le chah d’Iran et instaurait une République islamique. Cela se passait 41 ans auparavant, mais la question de l’intégration de l’Iran dans son environnement régional et dans la communauté internationale des États n’est toujours pas réglée aujourd’hui. Le pays qui avait adhéré en 1955 au pacte de Bagdad et jouait le rôle de gendarme du Golfe, renverse son alliance stratégique avec les États-Unis en adoptant une posture clairement anti-américaine, se traduisant notamment par des actes tels la prise d’otages à l’ambassade américaine à Téhéran en novembre 1979 et les attentats à Beyrouth contre l’ambassade américaine et les marines en 1983.

L’Iran (le pays ou le régime des Ayatollahs ?) est depuis perçu comme une puissance déstabilisatrice menaçant l’ordre et la sécurité internationales ainsi que la plupart de ses voisins arabes et Israël. Les fluctuations entre nationalisme et exportation de la révolution ne facilitent pas, par ailleurs, la lisibilité de la politique étrangère de Téhéran. Il est notamment reproché à l’Iran de vouloir enrichir l’uranium à des fins non pacifiques afin de se doter de l’arme nucléaire (en violation du TNP, traité de non-prolifération nucléaire), ce qui aurait pour conséquence de bouleverser la donne nucléaire dans la région, comme lui sont reprochés ses ambitions régionales, à travers ses puissants réseaux d’influence, ainsi que son programme de missiles balistiques de plus en plus longue portée.

Des sanctions américaines et internationales de plus en plus sévères se sont mises en place au cours des années. Elles isolent chaque fois davantage le pays, aucun des partenaires de l’Iran n’ayant la volonté ou la capacité de laisser se détériorer sa relation avec les États-Unis, quelle qu’elle soit par ailleurs, en s’opposant trop ostensiblement au régime des sanctions.

Quel est le coût humain de ces sanctions frappant toute l’économie et la société iraniennes ? Avec une inflation de 43% en 2019, l’annonce de la suppression de la subvention du prix de l’essence par le gouvernement iranien, a provoqué, en novembre 2019, un mouvement de contestation dans les principales villes du pays. Cette fois, même les couches les plus populaires de la société, et pas seulement les classes moyennes, sont descendues dans la rue. Pour dénoncer la pauvreté, la corruption, et demander que l’amélioration des conditions de vie de la population soit la priorité du gouvernement. Les manifestations furent violemment réprimées par les autorités, de même que les réseaux d’influence de l’Iran dans la région intimidèrent et /ou réprimèrent les mouvements de protestation populaire au Liban et en Irak fin 2019.

Résumé :

Assiste-t-on à l’émergence d’un patriotisme économique par le bas ? Quelle est l’ampleur de la crise de confiance qui semble s’être instaurée vis-à-vis des autorités, accusées d’avoir nié l’émergence de l’épidémie de covid-19, puis d’en avoir minimisé l’ampleur, comme d’avoir menti sur l’origine du tir de missile qui a abattu l’avion de l’Ukraine Airlines International, le 8 janvier dernier ?
Quelle(s) sont les hypothèses de sortie(s) de crise ? Quels sont les risques de chaos, de déflagration, de guerre, au-delà du chantage au chaos ? Comment et à quelles conditions l’antagonisme entre les Etats-Unis et l’Iran, dont la longévité n’est pas sans rappeler celui opposant les Etats-Unis à Cuba, peut-il être dépassé ?

Et que veut la jeunesse iranienne, généralement diplômée et hautement qualifiée ? De quoi rêve-t-elle à la veille de Norouz, fête célébrant, au premier jour du printemps, le Nouvel an dans le calendrier persan ?

À l’oreille :

  • Dastacho Mosht Karde (Il a serré les poings »), texte de Hichkas, chanteur de rapp iranien exilé à Londres depuis 2009, et composé après la répression en Iran des manifestations de novembre 2019. Le chanteur dénonce la pauvreté, la corruption, le népotisme, la répression et la servitude dans laquelle la société est maintenue.
  • Googoosh – Talagh (la chanteuse Googoosh évoque la question du divorce)
  • « Gentleman », chanté par Sasy, le chanteur rappeur iranien exilé aux États-Unis depuis 2010. Un tub pop qui connaît un grand succès auprès des jeunes iraniens et iraniennes.

Pour aller plus loin :

  • Clément Therme (sous la direction de), L’Iran et ses rivaux. Entre nation et révolution, éditions Passés/Composés, 2020. Avec les contributions d’Annick Cizel, Thierry Kellner, Clément Therme, Hayk A. Martirosyan, Massoud Sharifi Dryas, Michel Duclos, Élisabeth Marteu, François Nicoullaud, Louis Blin, Élodie Brun, Marc-Antoine Pérouse de Montclos.
  • Clément Therme, Les relations entre Téhéran et Moscou depuis 1979, Préface de Mohammed-Reza Djalili et Farhad Khosrokhavar, The Graduate Institute Geneva, PUF, 2012
Et :
  • Voir et revoir les chefs d’œuvre du cinéma iranien, d’une grande richesse et une fenêtre pour comprendre le pays, la société, son histoire, sa culture.
  • Sans oublier la musique traditionnelle d’Iran.