À l'antenne
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#19 – La mère morte

proposée par Isabelle Kortian

Diffusée le 24 février 2020


#19 – La mère morte
Le monde en questions

 
 
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Invités :

  • Blandine de Caunes, auteure et ancienne éditrice, attachée de presse
  • Daniel Arsand, écrivain et ancien éditeur de littérature étrangère chez Phébus

Contexte :

Il y a des mots qu’on prononce et qu’un jour on ne prononcera plus. Ils sont peu nombreux. Ainsi en va-t-il du mot « Maman ». (Ou « Papa »).

On s’habitue à son tour à s’entendre appeler « Maman ». Il arrive que dans des circonstances tragiques il ne reste plus personne pour vous appeler ainsi.

Il arrive que les jeunes partent avant les moins jeunes.

Dans La mère morte, Blandine de Caunes raconte comment elle s’est retrouvée confrontée, pour ainsi dire simultanément, à la double disparition de sa mère et de sa fille unique. Lent dépérissement de sa mère, Benoîte Groult, atteinte de la maladie d’Alzheimer, mourant à 96 ans. Violente mort de sa fille Violette, tuée dans un accident de voiture, à l’âge de 36 ans. Existe-t-il un mot, et dans quelle langue, pour décrire l’état de celle qui n’a plus de mère et n’est plus mère à la fois ?

Femme libre, romancière, travailleuse acharnée, amoureuse de la pêche et de la mer, Benoîte Groult a marqué de nombreuses générations de femmes depuis la publication, en 1975, de son livre Ainsi soit-elle, un texte fondateur dans lequel elle incarne la voix de l’émancipation féminine. Son engagement pour les droits des femmes en France et dans le monde s’est manifesté de plusieurs façons. Elle a lutté pour le droit à l’avortement. Elle fut l’une des toutes premières personnalités à dénoncer les mutilations sexuelles infligées aux petites filles. Elle a porté le combat pour la féminisation des noms de métiers.

Devenue icône du féminisme, Benoîte Groult militait aussi pour le droit de mourir dans la dignité. En 2006, elle publie La Touche étoile, où elle s’attaque aux tabous de la vieillesse et de la mort librement consentie. Convaincue que « le refus de la naissance choisie et de la mort choisie, c’est la même idéologie contre la liberté », elle s’engage en faveur de l’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité). Lorsqu’elle meurt en 2016, sa fille Blandine de Caunes déclare à la presse : « Elle est morte dans son sommeil comme elle l’a voulu, sans souffrir ». Aujourd’hui, dans La mère morte, la fille revient sur les circonstances de la mort de sa mère.

Daniel Arsand, qui partage avec Blandine de Caunes la passion de l’écriture et de la littérature, comme l’atteste leur longue collaboration aux éditions Phébus, souligne la grande liberté dans laquelle Benoîte Groult a élevé ses trois filles ainsi que la transmission du goût de l’écriture qui caractérise quatre générations de femmes dans la famille Groult.

Dans l’histoire de la littérature, ce n’est pas toujours le cas. L’auteur des Amants et de Je suis en vie et tu ne m’entends pas, constate à propos de La mère morte, que très peu d’auteurs possèdent le don de dire le plus grave, sans pesanteur. Sans larmoyer. Sans dérision ni autodérision, mais avec une pointe d’humour.

À l’oreille :

  • Léo Ferré – Vingt ans
  • Maria Callas, Norma – Casta Diva – Bellini
  • Gundula Janowitz, Vier letzte Lieder, « Beim Schlafengehen », le 3ème des 4 derniers Lieder de Richard Strauss (9 :10 – 15 : 10)

Pour aller plus loin :

  • Blandine de Caunes, La mère morte, Stock, 2020
  • Blandine de Caunes, L’involontaire, réédition Phébus, 2015 et Libretto, 2020<
  • Benoîte Groult, Journal d’Irlande, Carnets de pêche et d’amour, 1977-2003. Texte établi et préfacé par Blandine de Caunes, Grasset, 2018.
  • Benoîte Groult, La touche étoile, Grasset, 2018
  • Benoîte Groult, Ainsi soit-elle, Le livre de Poche, 1977 ; réédité en format broché par Grasset en 2000, précédé d’une préface intitulée « Ainsi soient-elles au XXIème siècle ».
  • Et

  • Daniel Arsand, Je suis en vie et tu ne m’entends pas, Actes Sud, 2016
  • Daniel Arsand, Un certain mois d’avril à Adana, Flammarion, 2011 – Libretto, 2015
  • Daniel Arsand, Les Amants, Stock, 2008, édition poche Babel, 2017
  • Daniel Arsand, La Province des ténèbres, Phébus, 1998 – Libretto, 2001
  • Radio Cause Commune, Le monde en questions, émission n°5, avec Daniel Arsand
  • Et

  • La Boîte de Pandore, un très beau film franco-turc réalisé par Yeşim Ustaoğlu en 2008, sur la maladie d’Alzheimer. (Distribution France Bodega Films, 2009 – DVD chez Tiglon)