À l'antenne
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#16 – Vers la fin du contrat social en Syrie ?

proposée par Isabelle Kortian

Diffusée le 3 février 2020


#16 – Vers la fin du contrat social en Syrie ?
Le monde en questions

 
 
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Contexte :

Politiste à l’Institut de recherche pour le développement, Laura Ruiz De Elvira est spécialiste de la Syrie. Ses recherches portent essentiellement sur la sociologie de l’action collective, de l’engagement et sur les pratiques d’aide et les politiques sociales.

En Syrie de 2006 à 2010, doctorante à l’Institut Français du Proche Orient de Damas, elle effectue ses recherches sur les associations caritatives, confessionnelles ou non, et leur maillage territorial. Ces associations de bienfaisance, durant la décennie qui précède le soulèvement populaire de 2011, jouent un rôle de plus en plus important au moment où l’État syrien en voulant se moderniser se décharge de certaines fonctions et missions sociales qu’il accomplissait traditionnellement en faveur des plus démunis. Dans un contexte de paupérisation, n’excluant pas la constitution de quelques grandes fortunes affichant un luxe tapageur inaccessible à la plupart de la population, ces associations sont en première ligne pour faire face à l’exode rural faisant suite à la grande sécheresse de 2007, à l’afflux de réfugiés en provenance d’Irak à partir de 2003, à la défaillance des secteurs publics de la santé et de l’éducation.

Après l’éphémère printemps de Damas, l’État policier resserre son contrôle social et politique sur la population, mais il devient de plus en plus évident qu’il ne dispose d’aucun levier d’action pour faire fonctionner les institutions, moderniser les infrastructures du pays, redistribuer les richesses, protéger les plus faibles.

Laura Ruiz de Elvira publie chez Karthala, Vers la fin du contrat social en Syrie. Associations de bienfaisance et redéploiement de L’État (2000-2011). Un ouvrage qui nous permet de comprendre comment le désengagement de l’État a rendu possible l’émergence progressive de nouveaux acteurs sociaux, ainsi que celle des aspirations au changement, au niveau local et national, accélérant la perte de contrôle par le régime d’une partie de son territoire.

Les premières manifestations pacifiques sont l’expression de cette forte demande de démocratie.
Comment ensuite, lors de la militarisation du conflit, la survie s’est organisée dans les régions échappant au contrôle du régime de Damas ? Comment des manifestants de la première heure se transformeront en acteurs humanitaires. Comment les populations déplacées à l’intérieur du pays et les réfugiés à l’extérieur du pays parviennent ou non à créer les conditions de leur survie ?

Dans les zones ou les quartiers assiégés par le régime et bombardées, des conseils locaux tentent d’organiser les villes (ramassage d’ordures, scolarisation des enfants, projets agricoles pour nourrir la population, projets culturels, etc. ). Le succès de ces expériences de démocratie participative dépend souvent des forces rebelles, des multiples milices ou de l’État islamique, contrôlant les régions en question. Il dépend aussi de l’évolution des combats sur le terrain.

À l’oreille :

  • Abo Alool Alsory – Come Out And Let Us Hear Your Voice
  • Samih Choucair – What A Shame
  • Sameer Ataa – Révolution de la liberté Heidi

Pour aller plus loin :

  • Laura Ruiz De Elvira, Vers la fin du contrat social en Syrie. Associations de bienfaisance et redéploiement de l’État (2000-2011), Editions Karthala, Paris, 2019
  • Majd al-Dik, À l’est de Damas, au bout du monde. Témoignage d’un révolutionnaire syrien, (traduction Nathalie Bontemps), éditions Don Quichotte, 2016. Le témoignage bouleversant d’un jeune activiste pacifiste ayant vécu le chaos des 4 premières années de la révolution syrienne.
  • Le site The creative memroy of the Syrian revolution, dédié à la mémoire de la révolution syrienne.