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#77 – Lutter contre les discriminations : une urgence et un défi de tous les jours !

proposée par Isabelle Kortian

Diffusée le 5 juillet 2021


#77 – Lutter contre les discriminations : une urgence et un défi de tous les jours !
Le monde en questions

 
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En plateau

Jean-Michel Dupont, militant altermondialiste et formateur en matière de lutte contre les discriminations.

Contexte

Lutter de manière efficiente contre toutes les formes de discriminations est un défi national, européen et international. C’est aussi un défi que chacun chacune doit relever dans son environnement quotidien, professionnel ou personnel, dans la rue ou dans les transports, dans ses relations sociales, car il concerne les rapports à l’autre, à autrui.

A titre d’exemple, deux rapports ou études illustrent l’ampleur du défi et l’urgence d’agir. Citons pour commencer le Défenseur des droits qui, après avoir lancé une enquête en 2016 sur « le profilage racial dans les contrôles policiers », souligne, dans son rapport du 22 juin 2020, qu’une partie de la population est surexposée aux contrôles policiers et à des relations dégradées avec les forces de l’ordre, que cette surexposition est de nature discriminatoire, et que « l’expérience répétée des discriminations et leur nature systémique ont des conséquences délétères et durables sur les parcours individuels, les groupes sociaux concernés et la cohésion de la société française. » En second lieu, mentionnons le baromètre de la perception des discriminations dans l’emploi qu’en décembre 2020 le Défenseur des droits et l’Organisation internationale du travail (OIT) ont publié conjointement, comme chaque année. Cette 13ème édition explore les enjeux d’interdépendance des attitudes hostiles au travail et met en lumière de manière inédite leurs conséquences sur les individus et leurs parcours professionnels. L’enquête s’intéresse à quatre types de comportements hostiles au travail :

  • les préjugés et stéréotypes, certaines catégories de personnes apparaissent particulièrement stigmatisées : les personnes transgenres (17% des personnes interrogées sont moins à l’aise avec des collègues transgenres), issues des gens du voyage (13%) ou atteintes d’une maladie grave (13%) ;
  • les situations de dévalorisation au travail (sous-estimation des compétences, attribution de tâches inutiles, ingrates ou dévalorisantes, tentative d’humilier ou de ridiculiser, sabotage du travail…) sont rapportées par près de 80% des personnes actives au cours de leur vie professionnelle ;
  • les propos et comportements stigmatisants : 41% des personnes interrogées déclarent avoir déjà été victimes d’au moins un propos ou comportement sexiste, homophobe, raciste, lié à l’état de santé, au handicap, à la religion ou à d’autres caractéristiques personnelles au travail ;
  • et les discriminations et le harcèlement discriminatoire dans l’emploi, vécues par près d’un quart de la population active.

Qu’est-ce donc qu’une discrimination ? Est qualifié comme discriminant un traitement défavorable envers un ou plusieurs individus, certaines catégories sociales, groupes ou minorités s’il remplit deux conditions cumulatives : il doit être fondé sur un critère défini par la loi (sexe, âge, handicap, origine, religion, etc. : la loi définit 25 critères) et relever d’une situation visée par la loi (accès à l’emploi, aux services, au logement, etc.). Or, un traitement défavorable constitue une rupture d’égalité qui n’est pas sans conséquences. C’est pourquoi, la lutte contre les discriminations est indissociable de la promotion de l’égalité. Pour rappel, l’égalité est au cœur de l’article premier de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen du 26 août 1789 : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ; les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. » La Déclaration de 1789 est inscrite dans le préambule de la Constitution de 1946 et la double référence à l’une et l’autre est reprise dans le préambule de la Constitution de 1958 fondant la Vème République. Quant à la Déclaration universelle des droits de l’Homme du 10 décembre 1948, son article premier stipule :

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Le cadre normatif dont s’est doté la France protège l’égalité des droits et sanctionne les diverses manifestations de discrimination, de racisme et d’antisémitisme. Adossé à des normes internationales et européennes, il constitue un corpus juridique parmi les plus complets qui soient. Indispensable, il ne suffit toutefois pas à garantir son application, et sa mise en œuvre rencontre de nombreux obstacles. D’où l’importance d’une sensibilisation à la lutte contre les discriminations.

Jean-Michel Dupont présente les enjeux de la lutte contre les discriminations et ceux de leur prévention. Ils ne sont pas uniquement d’ordre juridique mais aussi d’ordre social et économique. Citant une étude récente de France Stratégies (2017), il précise ainsi le coût économique des discriminations, chaque année, en France : il est évalué à 150 milliards d’euros. Il faut ajouter aussi le coût des discriminations sur la santé des personnes victimes de discriminations, de harcèlement dans le monde du travail (d’ordre sexiste, raciste, anti-syndical, etc.) dont la dégradation de l’état de santé a un impact certain sur le budget de la sécurité sociale. Sans oublier non plus les conséquences sur la cohésion sociale et l’inquiétant divorce entre la théorie et la pratique quand il s’agit de « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Comment cependant chaque personne peut-elle jouer un rôle actif, être acteur et préventeur dans la lutte contre les discriminations ? Jean-Michel Dupont explique que pour sensibiliser à la question des discriminations, il est important de savoir comment se construisent nos représentations individuelles et collectives et comprendre l’impact qu’elles ont sur le collectif humain auquel on appartient. Selon quels mécanismes se fabriquent nos préjugés, à partir de stéréotypes que chacun forge de façon quasi spontanée sans s’en rendre compte ? Comment ensuite glisse-t-on des préjugés aux discriminations, qu’elles soient directes ou indirectes ? Pourquoi est-il important de prendre conscience de ces processus de fabrication ? Que nous apprend l’analyse de la fameuse rumeur d’Orléans (1961) ? Comment la passivité, loin d’être neutre, peut sinon provoquer, du moins entériner, renforcer, démultiplier les discriminations, parfois sans intention exprès de nuire, stigmatiser, harceler, persécuter ? Pourquoi l’absence d’intention explicite de discriminer ne signifie pour autant qu’il n’y a pas discrimination dans les faits ? Pourquoi, par conséquent, doit-on prendre en considération les conséquences d’une attitude, d’une pratique, d’une politique, pour juger s’il y a, ou non, discrimination ? Pourquoi est-il important de distinguer la discrimination systématique de la discrimination systémique, l’absence de la première ne suffisant pas à réfuter l’existence de l’autre ou sa possibilité ?

La paresse intellectuelle a un coût et des conséquences. Raison pour laquelle il est indispensable d’apprendre à penser par soi-même. Penser par soi-même, penser en se mettant à la place de tout autre, penser toujours en accord avec soi-même de manière conséquente, les trois maximes du sens commun telles qu’énoncées par le philosophe Emmanuel Kant dans la Critique de la Faculté de juger (1790) renvoient pour la première à la pensée sans préjugés et à l’autonomie de la raison qui ne doit jamais être passive, la seconde renvoie à la pensée élargie (faire en soi l’expérience de l’autre), la troisième est celle de la pensée conséquente. Ces trois maximes, idées régulatrices qui orientent notre pratique, sont au fondement du vivre ensemble et de la possibilité d’une cohésion sociale.

À l’oreille

  • Georges Moustaki – Le Métèque
  • Lynda Lemay – J’t’ai pas frappée
  • HK & Les Saltimbanques – Danser encore

Pour aller plus loin